J'aimerais savoir s'il y a des lecteurs attentionnés de Roger Zelazny. Je veux dire par là que Zelazny peut avoir plusieurs niveaux de lecture ; tout d'abord le plaisir de l'évasion et du roman d'aventure, comme pour la SF en général (et même le roman de façon encore plus générale).
Mais une deuxième lecture révèle inévitablement que Zelazny, ce n'est pas tout à fait de la SF, mais quelque chose plus proche du fantastique peut-être. Les influences avouées de Zelazny sont parfois ouvertement reconnaissables (celle de Lewis Carroll, celle de Tolkien, celle de Freud) mais parfois très discrètes (une seule allusion explicite à Marcel Proust, par exemple, dans les 10 volumes des Princes d'Ambre, une seule allusion à Clausewitz, une seule allusion à Schopenhauer, une seule allusion à Bertholt Brecht). Il y a des allusions plus discrètes encore (le théorème PCT, pour ceux qui connaissent, dans La Pierre des Etoiles, le personnage de Dworkin qui évoque bien sûr Zworikine, inventeur historique de la télévision). Sans parler des nombreuses références musicales tirées notamment du jazz. Et des demi allusions historiques (Hasan dans Toi l'Immortel est-il autre chose que le Vieux de la Montagne?) philosophiques ou littéraires (à Joyce).
Ce qui me frappe c'est que ses caractères sont tous parfaitement bien sculptés, (Random, joueur de cartes, de jazz, Jasra, femme intéressée par le pouvoir, Fiona, femme intéressée par le savoir, la connaissance, etc.) même les personnages de second ou troisième plan sont des caractères.
Rien à voir avec la SF classique : pas ou peu de grosses machines, les gens vont dans les étoiles... à cheval et quand on se promène à cheval, on a tout le temps d'avoir des conversations au clair de lune, si bien que les personnages n'ont jamais ce caractère de techniciens apprivoisés par des machines qu'on trouve presque partout dans la SF.
Pour moi Zelazny a donc la trempe d'un écrivain presque classique, ses romans sont de la vraie littérature psychologique qui questionne le besoin humain d'immortalité (tous ses héros sont mortels même s'ils vivent très longtemps, ce qui leur donne l'allure de demi-dieux, au sens de la Grèce antique). Il ya plus encore, j'y vois du roman philosophique, au sens du siècle des Lumières. Et même peut-être du roman politique (mais pas au sens habituel de la politique fiction qui extrapole le meilleur ou le pire) mais au contraire, une peinture des ressorts cachés de la politique, telle qu'elle est.
Si donc quelqu'ujn a ressenti tout cela, ça m'intéressera assurément d'échanger quelques vues.