Bonjour à toutes et à tous. Voici un extrait de mon troisième livre-témoignage intitulé : "CONFESSIONS D'UN INTERMITTENT DU SPECTACLE"-"Chroniques ordinaires d'un acteur indépendant", aux éditions du Cygne. (En vente dans toutes les bonnes librairies et sur le net.) Merci pour vos réactions...
Epilogue ?
Pendant près de six années, lié à un lymphome (cancer du sang), je consacrai mon temps essentiellement à l’écriture.
Néanmoins, le désir de continuer à faire l’acteur de temps en temps continuait à me tarauder. Bien décidé à ne plus courir le cachet, il me fallait donc peaufiner de vieux projets qui me tenaient à cœur, convaincu de ne pouvoir me livrer totalement à un rôle, à un but, que si j’en maîtrisais la teneur. Moins jouer, pour mieux jouer. Au risque de ne plus jouer souvent, voire plus du tout.
Je me suis promis de ne plus être malheureux sur scène. Je ne sais combien le sont, violentés par des contraintes financières les réduisant parfois au rôle de simple rasoir dans les mains d’un singe, beaucoup plus rarement à celui de la fine aiguille, dans les doigts de fée d’une couturière subtile.
Bref, j’affinai mon vieux projet « Charles Juliet », qui devait déboucher sur une lecture intégrale des trois premiers tomes de son journal, que je portais en moi depuis une décennie. Quand j’aime, je ne compte pas. Après tout, il m’avait bien fallu sept années pour mener à bien « Herculine », pourquoi pas dix pour celui-ci, d’une toute autre ampleur.
Je présentai donc ce dossier à différentes personnes susceptibles de le produire. Je savais J.B. porteur d’une nouvelle folie dont il a le secret – en co-production avec « Lille 2004, capitale européenne de la culture » – qui avait pour appellation « Banquet du faisan » et pour objectif artistique des « festins de mets et de mots ».
Il m’appela, sans doute moins intrigué par le projet que je lui avais soumis, que par le titre qui figurait en bas de la première page et que je m’étais octroyé pour me définir : comédien-paysagiste.
Pour moi, davantage une boutade, la question de l’acteur raffiné concernant cette dénomination fut des plus sérieuses. Il était alors en résidence à Wallers-Arembert, sur le site minier où fut tourné « Germinal », et préparait ce qui devait être le lancement de la série des « Banquets », le thème de celui-ci étant le vélo et ses ramifications ouvrières.
J.B. serait présent sur plusieurs fronts, avec notamment son fameux « 54X13 », mais également dans un grand espace extérieur, réservé à un jardin ouvrier spécialement aménagé pour la circonstance. Il souhaitait y faire évoluer le personnage de « Cafougnette », qu’on ne présente plus. A ses côtés, il désirait que des comédiens explorent d’autres textes, poétiques, évoquant davantage l’évolution du paysage, aujourd’hui.
Je lui confirmai donc que j’avais effectivement suivi des études d’ « aménagements paysagers ». Il me demanda, alors, si j’avais l’envie de rechercher et rêver sur des textes allant dans le sens de ce projet. J’acceptai.
Dans un premier temps, très enthousiaste, j’entamai des recherches tous azimuts, me replongeant dans des lectures quelque peu délaissées, sans parvenir pour autant à sélectionner utilement quelques écrits sur le sujet.
Je me rendis vite compte que, finalement, la demande avait été très vague, nécessitant un tête-à-tête indispensable avec J.B., afin de préciser comment m’inscrire au mieux à l’intérieur de son dessein.
Près de deux heures à discuter dans un café, qui nous servirent principalement à nous découvrir artistiquement et à échanger sur cette belle folie annoncée de Wallers-Arembert, dont je ne suis pas sûr qu’il en eût à ce moment-là une idée très précise.
L’euphorie que j’éprouve toujours lors des belles premières rencontres, était là renforcée par la présence fantomatique de La Salamandre, Godard, Rivette, et autre Tacchella.
Après avoir écouté des témoignages enregistrés dans les bistrots sur le tracé du Paris-Roubaix, il me laissa me raconter, tant sur ma pratique théâtrale passée, que sur mes connaissances sur le plan paysager.
Je ressortis du café, heureux de cet échange limpide et de la poignée de main que nous échangeâmes en guise de signature de contrat, qui nous unissait désormais, jusqu’au jour de la course mythique. J’étais loin d’imaginer alors, et lui non plus, les diverses péripéties qui allaient jalonner le parcours qui devait nous mener jusqu’à la grande fête.
Le réveil du lendemain fut étrange. Je regardai de plus près les devoirs que le grand J.B. m’avait inscrit au dos d’une de ses cartes de visites. L’ampleur du travail me parut considérable, compte tenu de la diversité des sujets à traiter et du peu de temps réservé aux répétitions sur le lieu de l’évènement : une semaine.
Je me replongeai à nouveau dans mes lectures végétales, buissonnières et vivaces, reprenant contact avec un vocabulaire peu usité, comme « feuilles linéaires, alternes, ovalaires, bipennées, pennées paires ou impaires, lancéolées ou spatulées. Inflorescence, ombelle, phyllode, rhizome, spathe. » Les auteurs dont les textes retenaient le plus souvent mon attention étaient signés Gilles Clément, John Brooks, A. Rogier.
Tout cela était passionnant, mais à chaque fois que je me représentais la phase d’achèvement de cet ouvrage, j’en arrivais toujours à la conclusion qu’il était décidément bien difficile d’entrer dans la folie d’un autre, et songeai déjà à comment j’allais aborder l’ami J.B. pour lui signifier une fois de plus que des informations complémentaires s’imposaient...