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| Sujet : Votre opinion sur mon roman: confessions d'un assassin malgré lui | |
| Jamiti | TROIS ! DEUX ! Un ! Zéro !!! Je m'en rappelle comme si c'était hier. On entrait de plein pied dans un nouveau millénaire et je sentais autour de moi grandir une petite appréhension. Bien sûr, cette appréhension n'est en rien comparable à celle que l'on a pu vivre lors des terreurs de l'an mille. A priori, nous n'avions nullement peur d'une quelconque crise spirituelle ou bien même de ce que les philosophes appellent l'angoisse existentielle. C'était plutôt une crise de nature matérielle qui nous mettait sur les nerfs: LE BUG DE L'AN 2000 ! Finalement, la belle mécanique était bien huilée et une fois que les douze coups de minuit avaient retenti, les hommes se mirent à chanter, danser, boire comme des fous : oui, leurs belles montres venaient de leur déclarer que le progrès qui menait vers le bonheur se profilait à l'horizon. ONZE SEPTEMBRE. Il aura fallu un peu plus d'un an avant de déchanter. Enfin, je parle du point de vue des quelques rares humanistes qui demeuraient éparpillés sur terre. La plupart s'en foutait pas mal de la guerre, peut-être parce que les gens étaient tellement submergés d'informations qu'ils risquaient de devenir fous si seulement ils prenaient à coeur ce qui était écrit sur des bouts de papier. Cette drôle d'époque coïncidait avec mon entrée dans la vie active. J' étais assez fier de moi car j'avais enfin atteint mon but, c'est-à-dire exercer ce que j'avais mis tant d'années à assimiler en travaillant avec un grand acharnement. Très jeune, j'étais complètement fasciné par le milieu médical et surtout par la psychiatrie qui demande beaucoup de sang-froid. Je suivais logiquement cette voie et j'appris vite les ficelles du métier. En quelques mots, mon rôle consistait à répertorier ce que le patient me disait. Pour généraliser, je vous dirais que mon rôle est de laisser s'exprimer le patient. Si l'interlocuteur se laisse aller, le praticien a beaucoup plus de chance de voir ce qui ne marche pas. Oui, il est de notre devoir de traquer de manière prudente la maladie si l'on veut cerner le problème. Malheureusement, il faut savoir que la plupart du temps, il est impossible de guérir les maladies psychiques: les statistiques le prouvent. C'est d'ailleurs pour cela que l'on a de plus en plus recours à toutes sortes de médicaments. J'étais moi-même quelqu'un qui militait en faveur d'une approche exclusivement scientifique de la maladie mentale. N'était-il pas de notre devoir de juguler l'hygiène mentale au sein de notre société? Quand j'étais étudiant, certains de mes professeurs n'hésitaient pas à me reprocher mon soi-disant manque de sensibilité. Moi, j'appelais cela de la lucidité. D'ailleurs, à cette époque, mes camarades me surnommaient "le robot". Peu m'importait. En vérité, j'étais le meilleur dans mon domaine car je savais diagnostiquer plus vite que tous les autres. Je pensais tout naturellement que l'on me jalousait. A présent, je sais bien que ma priorité a toujours été de me payer une belle bagnole et une maison confortable plutôt que de secourir les malades. Je comprends mieux le reproche que l'on me faisait. Mais bon, je crois que j'étais tout de même un honnête citoyen payant ses impôts sans rechigner et ne faisant de mal à personne. J'exerçais dans la région où j'avais vu le jour et j'étais pleinement satisfait par mon train-train quotidien. La banalité me suffisait largement, et ma vie ne valait pas la peine que l'on s'y attarde. Tout était donc en ordre...jusqu'au jour…jusqu'au jour où ce type me fut amené. Comme d'habitude, on m'exposa brièvement son cas. C'était une affaire criminelle assez complexe et le juge d'instruction voulait avoir un portrait détaillé sur la personnalité de l'accusé. Je m'exécutai. D'emblée, un malaise me prit lorsque je vis pour la première fois l'individu en question. Il semblait me défier du regard. Ses grands yeux mélancoliques scintillaient comme deux étoiles perdues au beau milieu d'un ciel obscur. Il avait le physique de Monsieur Tout-le-monde et rien ne pouvait laisser présager qu'il était un meurtrier en puissance. Cependant, je ne savais que penser de son sourire. Etait-ce le signe de la bienveillance ou au contraire de l'ironie ? Pour être tout à fait franc avec vous, je pressentais plutôt une intelligence à l'affût. Paradoxalement, ce simple patient eut une grande influence sur ma vie privée. Sa philosophie de la vie tout comme sa personnalité m'ont fasciné à tel point que mon comportement en fut affecté. Je suis psychiatre de vocation et si je prends la plume pour écrire cette histoire, mon histoire, c’est pour me soulager de ma colère et de ce lourd fardeau qui me poursuit tant d'années après cette rencontre fatidique. Au cours de l'un de nos entretiens, j'avais demandé à ce dernier de me communiquer tout ce qu'il écrivait. Il m'apporta des carnets où il notait ses réflexions mais très peu de choses sur sa propre vie personnelle. J'ai donc décidé de me mettre dans sa peau pour tenter de retracer sa vie telle qu'il a pu la vivre de l'intérieur. Ma capacité d'empathie et ma connaissance des hommes me permettront, je l'espère, de rester fidèle à l'esprit de vérité. Pour des raisons qui sont liées au secret professionnel, j'ai choisi d'appeler cet individu par un prénom qui n'est pas le sien. De plus, j’ai écrit cette oeuvre de telle manière qu’elle sera à l’image de la « vie embêtante » qui poursuivait celui qui m'entraîna dans sa chute. Malgré tout ce qui s'est passé, je n'arrive toujours pas à passer le cap de cette descente aux enfers. Je n'arrive toujours pas à m'avouer que j'avais réellement affaire à un malade mental. En écrivant, j'espère parvenir à faire le deuil. Grâce à cela, je soignerais mes propres contradictions et deviendrais peut-être papillon. Chapitre 1 La Rencontre Il traversa la route sans même savoir qui il était. Au plus profond de lui-même, il se savait si différent. Il faut dire que l'esprit l'arrachait du courant de la vie ordinaire. L'esprit est reptilien: il s'immisce de façon sournoise dans la chair où il a élu domicile. Entre autre, il agissait avec une autonomie déconcertante. Faits et gestes étaient guidés par cette force supérieure qui le transformait en pantin désarticulé. En revanche, cette force lui enseignait les beautés qui présidaient chaque chose et en particulier celles qui se manifestaient dans l'imperturbable instinct de la nature. L'esprit qui l'habitait désirait s'extirper de la chair pour rêver, s'évader. Cependant, c'était un pari impossible à réaliser, d'autant plus qu'il n'existait aucun mode d'emploi efficace pour rompre avec l'humanité. L'être humain avait acquis à ses yeux un caractère subversif. Un adage, quelque peu révélateur sur sa prise de position vis à vis la société lui servait de philosophie. D'après lui, l'homme est un surhomme pour l'homme mais il est peu de chose dans le cosmos. Il était revenu à un état naturel, sauvage; ce qui porterait à croire qu'il était dangereux pour l'ensemble de la société. Mais bon, de quoi pouvait-on bien soupçonner un enfant perdu au plein milieu de la beauté des choses ? Adam gardait en toute circonstance une mine décontractée comme s'il était capable de se détacher de la vie. C'était un voyant qui s'élevait tel un phare pour tenter de contrôler les phénomènes. En réalité, il était difficile de vivre au beau milieu de la tour de Babel. Il savait au fond de lui que le défi qu'il s'était lancé était voué à l'échec. Malgré tout, il n'en démordait pas. La terre où reposaient ses pieds avait beau menacé de s'effondrer, il ne voulait pas prendre en compte le danger qui le guettait. Ainsi, jour après jour, la tentation devenait plus forte.Comme tous, il désirait le jouir. Cette tension, il la rendait responsable tout comme ses rêves qui lui appartenaient et dont il n'arrivait pas à calmer les ardeurs. Le froid l'obligea à accélérer le pas. Il ne prenait pas même la peine d'éviter les quelques flaques d'eau qui obstruaient son chemin. De nature plutôt stoïque, il ne portait aucune attention au climat et marchait d'une manière réglée, tel un automate. Sa mine et son regard qui balançait tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche, et, quelquefois même vers le ciel, trahissaient sa nature rêveuse. Des nuages, vêtus de gris, menaçaient de faire éclater leur colère. Le vent léchait délicatement son visage et ses lèvres esquissaient un sourire de contentement. Mais ce sourire ne reflétait pas le drame qui se déroulait en son for intérieur. Sa physionomie semblait prêcher la joie et la bonne humeur. Quant à ses pensées... Ah! Les pensées! Elles étaient toutes tournées vers un profond défaitisme. Une averse s'était effectivement abattue sur la ville prise au dépourvu. Surpris, Adam fut très rapidement trempé jusqu'aux os. Néanmoins, il trouva refuge à l'intérieur d'un magasin de lingerie masculine. Pendant près d'une heure,il déambula entre les allées sans tomber sur quoi que ce soit d'intéressant. Entre temps, il s'amusa à contempler son propre reflet devant un miroir. A l'inverse d'Alice, il refusa de le traverser parce qu'il comprit aussitôt que ce n'était qu'un miroir déformant. Or, tout ce qui déforme nous ramène au multiple et aux passions. Il n'alla pas plus loin. Il ne voyait pas la nécessité de poursuivre les pérénigrations où nous emporte l'imagination. C'était ainsi qu'il avait irrémédiablement perdu la foi. On ne sait comment et par quel miracle, le voile qui recouvrait la maya avait été enlevé et les portes de la perception avaient été nettoyées. L'influence de livres mystiques sur son développement spirituel n'expliquait pas tout. Comment un individu pouvait-il assimiler que la maya est une illusion qui nous faisait croire en la nécessité qui résidait dans l'action, sans sombrer dans la folie? L'hypersensibilité tout comme le dérèglement des sens n'étaient peut être pas étrangers à cette prise de conscience. En jetant un coup d'oeil vers l'extérieur, Adam se rendit compte que les nuages étaient beaucoup moins énervés. Il sortit du magasin et allait tranquillement traverser la route quasiment déserte quand.... brusquement..... il se sentit aspiré par une force magnétique. Il était physiologiquement certifié d'origine étrangère; on l'interpella donc: «Vos papiers? -Monsieur? -Oui? -Non, vous avez oublié de me dire, s'il vous plaît, Monsieur» L'imprudence de notre narrateur fit qu'il se vit empoigné par les forces de l'ordre et qu'il vit soudainement le macadam se rapprocher dangereusement de son visage. Les représentants de la justice le relevèrent brusquement afin de l'interroger: «Nous nous demandions, cher monsieur, les raisons qui vous justifient? - Euh... je suis innocent... - Jusqu'à preuve du contraire... -Qu'ai je donc fait, monsieur l'agent? -Cela suffit, reprit son confrère, nous allons vous fouiller» La justice fit mal son travail puisqu'elle laissa échapper ce jeune brigand qui avait malicieusement caché un tout petit bout de résine de cannabis. Heureux de s'être tiré à si bon compte, notre héros se jura de fêter son état de grâce une fois qu'il serait arrivé à bon port, chez lui. Dès qu'il ouvrit la porte, il prit juste le temps de reposer son trousseau de clefs au dessus d'une petite table avant de s'asseoir sur une vieille chaise en bois. Une fois l'ordinateur allumée,, il accéda au forum principal auquel il participait plus ou moins activement. L'obsession était telle qu'il oubliait même de ranger ce qui traînait ça et là: pull-over, papier toilette et barres de chocolat s'entrelaçaient sans que cela le fit réellement sourciller. Adam s'impatientait. Le vieil écran mettait du temps à afficher les pages tant attendues. Enfin, il put accéder aux nouvelles du forum. Des passionnés de mangas s'y retrouvaient pour y échanger leurs conceptions. On allait parfois jusqu'à s'invectiver, mais Adam n'aimait pas participer à des débats houleux qui selon lui, ne menaient jamais à rien. Il préférait discuter sur la pertinence de certains scenaris ou évoquer le génie ainsi que le remarquable travail de ses dessinateurs préférés. Pourtant, à ce moment précis de son existence, mon patient s'intéressait davantage à une jeune femme du forum et avait presque oublié sa passion première. Les mois précédents, les deux internautes partageaient rires, douleurs et confidences. Le jeune homme appréciait la douceur de sa correspondante, mais il n'avait jamais osé avouer ses sentiments parce qu'il faisait une nette distinction entre réel et virtuel. Il essayait tout de même de la séduire sur le ton de la plaisanterie. En surfant sur la toile, il fut agréablement surpris en constatant qu'elle lui avait transmis son numéro de téléphone portable en message privé. Il souffla à plusieurs reprises et prit une grosse bouffée d'oxygène avant de composer le numéro. Elle répondit au bout de la troisième sonnerie: « Allo ? - Allô ?" répondit une toute petite voix « Oui allô ! C'est Adam... - Ah oui ! Salut ! Comment vas-tu Adam? - Je vais plutôt bien. En tout cas, cela me fait bizarre d'entendre ta voix. - Moi aussi, je trouve cela plutôt...piquant...de t'avoir au bout du fil. En ce moment, je ne décroche pas de mon ordinateur. Je m'ennuie tellement, tu sais » lui souffla t-elle à travers le combiné du téléphone. Adam se mit à rire. Il fit preuve de beaucoup d'esprit. Petit à petit, ils se laissèrent aller à des confidences. Chacun contait des épisodes qui avait marqué sa vie. L'un tout comme l'autre était à l'écoute du partenaire qui se voulait être l'idéal. Adam lui raconta pour la mille et unième fois ses déboires conjugaux. Une passion commune pour tout ce qui touchait de près ou de loin les mangas les rapprochait encore plus. Leur discussion prit fin au bout d'une heure et demi. Mais pour eux, ce temps passé au téléphone avait défilé bien trop rapidement. C'est à contrecoeur que chacun dû interrompre la communication téléphonique. Adam demeura un long moment sur son canapé à se remémorer le fil de la conversation. Il se demanda si la mayonnaise avait pris. Y avait-il encore une place dans son coeur pour contenir de l'amour? A partir de ce jour, les deux deux jeunes gens gardèrent l'habitude de se rappeler assez souvent. Tout naturellement, deux mois après ce premier entretien téléphonique, ils prirent la résolution de se voir en chair et en os. Vous avez beau faire et tenter de vous opposer aux lois: deux aimants s'attirent. C'est ainsi que le 20 mars 19.. ,Hélène descendit les marches du TGV numéro 42837 Marseille-Nice avec une démarche qui marquait l'assurance. De haut en bas, elle était habillée en blanc. Adam eut l'impression qu'un ange était descendu sur terre pour redonner sens à son existence. Il était quelqu'un d'entier et de tellement extrême dans ses relations avec autrui qu'il avait un mal fou à contenir ses débordements sentimentaux. Il hésita longuement avant de l'interpeller car elle était si somptueuse dans son apparat qui dénotait son originalité et un tempérament d'artiste. Mais non, il ne devait pas reculer maintenant qu'elle était face à lui: « Bonjour, Mademoiselle, puis-je vous aider ? » lança t-il en se rapprochant puis en faisant mine de se saisir de ses bagages. Elle le reconnut immédiatement car ils s'étaient échangés des photos sur internet. D'ailleurs, elle se prêta de bonne grâce à ce petit jeu et Adam reprit confiance en la voyant sourire: «Je ne vous imaginais pas aussi sublime» se risqua t-il à déclarer «Et vous, je ne vous imaginais pas aussi ....fou.» dit elle en éclatant de rire. Reprenant une mine sérieuse, Adam s'informa sur le déroulement de son voyage. Très souriante, elle répondait brièvement à ses questions. Elle avoua qu'elle avait été anxieuse durant tout le trajet. Ils se dirigèrent vers un café situé juste en face de la gare. C'est là qu'ils allaient entamer une discussion quelque peu passionnée. Adam était séduit par la sérénité qui se dégageait de son invité. Le romantisme, qui, autrefois, laissait place au cynisme quand il avait affaire à des femmes qu'il trouvait bien trop prosaïques, transmigrait vers une réelle sincérité et une rare spontanéité. Quant à elle, elle le trouvait drôle et...plutôt mignon. Avant de quitter les lieux, elle brisa un peu l'atmosphère romantique de cette rencontre et troubla légèrement Adam quand elle s'exclama: «Attends moi...juste deux secondes....je reviens....je vais aller pisser.» Après cet intermède, Adam l'emmena faire le tour de la ville. C'était la première fois qu'elle venait à Nice et elle exprima à plusieurs reprises son émerveillement. Pendant près d' une heure, ils longèrent côte à côte la célèbre Promenade des Anglais. Au bout d'un moment, elle se sentit fatiguée et déclara que ses jambes refusaient d'avancer. Adam s'arrêta avant de lui proposer un massage. Elle se mit à rire et accepta de bon coeur. Ils se dirigèrent vers la plage qui leur faisait face et s'y reposèrent. Ah! Qu'il était agréable de rêvait debout! Notre homme se laissa emporter par son imagination. Il eut même l'impression de surprendre le soleil couchant pâlir de jalousie quand il se mit à masser les fines et gracieuses jambes de sa belle compagne. A moins que ce ne soit plutôt le soleil qui lui ait tapé sur la tête! Tous deux s'allongèrent ensuite sur le sable pendant d'éternels minutes à contempler le paysage. La nuit tomba et l'obscurité les enveloppa. Malgré une résistance héroique, les deux tourtereaux décidèrent à contrecoeur de fuir au plus vite le froid qui troublait depuis peu leur quiétude. Ils s'installèrent dans le premier taxi qui passa sous leurs yeux. Une fois à l'intérieur, Hélène abandonna sa tête sur l'épaule de celui qui l'avait séduite. Elle garda cette position durant tout le reste du trajet. Son compagnon l'observait furtivement: elle avait les paupières fermées. Mais n'était-elle pas plus belle encore quand ses yeux étaient ouverts et pétillaient de malice? Il plaça instinctivement sa main droite autour du cou de la jeune femme avant de se mettre à caresser ses cheveux légèrement humidifiés. Dieu merci, se dit-il, la vie ne m'a pas fait que des crocs en jambe. Dès que la voiture s'arrêta, Adam paya le chauffeur. Il se dirigea ensuite vers son appartement tout en essayant de ne pas faire de bruit: la belle était encore à moitié endormie. Cependant, elle sortit de sa torpeur lorsque ce dernier poussa la porte d'entrée de son appartement: « C'est vraiment pas mal chez toi!» s'exclama t-elle. « Je crois que je vais m'y habituer ! Mais non, je plaisante. Ne prends pas cet tête d'ahuri pour si peu » continua t-elle de plus belle. Adam admirait cette insouciance propre aux enfants. La spontanéité de la jeune femme contrastait avec le sérieux de ce dernier. Il lui proposa un apéritif. Elle accepta sans hésiter. Il s'assirent ensuite sur le canapé afin de discuter tranquillement devant une télé qui resta allumée toute la nuit à tenir la chandelle. Au téléphone, ils s'étaient promis de bien se tenir au cas où ils dormiraient sous le même toit. Mais une fois l'obscurité venue, des désirs, somme toute assez humains, vinrent titiller leurs instincts les plus rimaires et les poussa à jouir de quelques plaisirs érotiques. Ce fut donc le soir même de leur rencontre qu'Hélène et Adam firent l'amour. Chacune de ses caresses épousèrent idéalement les courbes féminines, ravies de se voir marquer par l'empreinte d'un désir à la fois viril et sensuel. Enfin, après avoir échangés un jeu de regards complices, ils s'abandonnèrent autour d'une dernière étreinte. Au réveil, Adam fut consterné en voyant que la belle s'était volatilisée. Les draps avaient gardé un peu de son parfum et témoignait de sa récente présence. Il eut beau l'appeler, geindre, crier: l'appartement était trop petit pour qu'il ne se rende compte de l'évidence. Où avait-elle pu aller à cette heure-ci ? Il lui téléphona et tomba directement sur son répondeur. Tant pis, se dit-il, de toute façon, la règle majeure à respecter avec les femmes est de ne pas essayer de les comprendre. Adam bailla longuement avant de s'étirer. Rêve et réalité s'enchaînaient sans tenir compte de la continuité du sens. Il n'avait plus le temps pour se poser des questions. En ce début de matinée, il devait prendre un petit déjeuner et aller travailler. Bien qu'il habitait à moins d'un quart d'heure de son lieu de travail, il arrivait toujours en retard de cinq minutes. Heureusement, on ne disait jamais rien parce qu'il était un de leurs meilleurs conseillers. Cinq minutes ce n'est peut-être rien mais si l'on veut se mettre à compter ce que cela représente dans une vie...et bien... cela fait un sacré gain de temps. Son travail consiste à faire crédit aux ménages les plus endettés et dont plus aucune banque ne veut en entendre parler, même à voix basse. Hypothéquer leurs biens les plus intimes. Produire bénéfices. Tout à WALL SREET. Capitalisme oblige. L'odeur d'une banque était son parfum préféré. Cela sent le blanchissement, le détournement, le vouvoiement et tout ce qui touche l'élite cultivée de la cinquième république. Mais bon, on vivait bien dans notre bonne vieille cinquième république, alors, pourquoi se poser des questions ? Adam était d'ailleurs un travailleur consciencieux. C'était le chef qui avait dit ça. Il avait pris toutes les précautions possibles et imaginables afin de ne pas avoir d'amis au sein de la banque. De toute façon, il préférait cet état des faits qui lui permettait de se cacher sous les protocoles. Ses études de commerce lui avait appris une règle majeure qui nous sortait de toutes les difficultés: le protocole. Par exemple, ne surtout pas draguer ses collègues. C'était une source d'ennuis assurés. La discrétion est mère des toutes les vertus lui avait tant répété son paternel. A l'école de commerce, on lui avait transplanté dans la tête l'importance du terme "DISPONIBILITE". Chaque chose (et chaque client faisait évidemment partie des choses) était disponible seulement et seulement si on se donnait les moyens de comprendre les besoins de cette chose pour ensuite mieux l'appréhender. Cependant, la leçon que devait retenir le bon commercial résidait dans cette formule: life is competition. Les pays anglo-saxons ont beaucoup d'avance dans ce domaine. Leur flegme cachait un certain pragmatisme qui se reflétait dans leur société. Darwin était sereinement admis et adulé comme un maître. Quant à Marx, il était désormais placé au panthéon des vieilles vieilleries. Le pragmatisme démocratique offrait avec plus ou moins d'équité du bonheur à toute la communauté qui avait compris que chaque homme offrait sa propre disponibilité (mais aussi des capacités plus ou moins grandes à servir l'état) en échange d’un bonheur personnel. Depuis peu, l'homme assumait sa propre bestialité. Le matérialisme triomphait. On n'avait plus ce besoin primaire d'imposer un leurre qui permettait de maintenir la vie loin des soubresauts où pouvait sombrer une conscience consciente d'elle même. De toute façon, il n'y avait pas à protester. L'âme est forte. Elle impose ses principes, ses lois et sa vertu parfois corrompue. Ainsi, n'animait-elle pas le monde ? Elle ruisselait avec clarté et bienveillance. Dieu ou Amour, peu nous importe sa détermination. L'important est qu'elle solidifie. Et si je suis né poussière, je n'ai pas peur de retourner à la poussière. En comprenant ceci, je n'aurai plus à affirmer un ego dérisoire. C'est ce que pensait Adam. Mais qu'il était dure de mettre en pratique une noble cause quand on est voué a être corrompu. Les voix qui s'élèvent autour de nous nous entraînent à vivre une aventure. Certains pensent qu'il s'agit plutôt d'une mésaventure. Tous y adhèrent d'autant plus que très peu assument la solitude à laquelle il sont condamnés. L'optimisme est un humanisme au sein d'une société où les plaisirs personnels sont poussés à être satisfaits. Cette société est paradoxale quand on sait que jamais, au cours de l'histoire de l'humanité, aucune civilisation n'a autant eu accès aux livres et aux philosophes sensés disposer de la sagesse. Or, que prônent la plupart de ces hommes éclairés? L'ascétisme, ou, au pire, le contrôle des passions. Adam n'a jamais su choisir. La sagesse ou la vie? Il était trop sentimental pour ne pas prendre les choses au sérieux. Et de toute façon, il savait trop bien que nous étions de passage sur cette planètete pour ne pas essayer de profiter de ce que nous offrait la vue. Mais d'un autre côté, il savait qu'il ne savait rien. Tout en réfléchissant sur ce paradoxe, Adam bossait dur. Le temps passait plus vite comme ça. Il souriait formidablement bien aux clients et les conseillait de manière courtoise et judicieuse. En réalité, il était perdu dans ses pensées et se trouvait à mille années lumières des gens qui se relayaient dans son bureau tout au long de la journée. |
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