| MaxenceGrugier |
A part d'un point de vue chronologique, Danielewski n'est pas plus successeur de Coupland ou Ellis que Mitchell ne l'est de Pynchon ou Coover (!!!).
Complètement d'accord, je ne dis d'ailleurs pas que c'est le cas. Si tu relis bien ma phrase, tu verras que l'allusion serait plutôt que (pour moi) Danielewski est le successeurs de cette génération post-moderne incarnée par Thomas Pynchon ou Robert Coover, même s'il pousse le bouchon expérimental bien plus loin.
De son côté, Mitchell serait plutôt de l'école Coupland, Ellis...
Non ?
C'est déjà plus cohérent. Ma phrase est pourtant clairement bâtie pour que cela se suivent dans cet ordre et pas celui que tu évoques, après on est d'accord ou pas c'est vrai.
Donc, si l'on est pas d'accord, l'argument devrait être : Danielewski n'a rien à voir avec Pynchon ou Coover. Ce à quoi je répond : Faux. Danielewski joue de la langue comme Pynchon a pu le faire, par exemple, dans Mason & Dixon. Danielewski joue avec le temps, comme Pynchon l'a fait dans l'Arc en ciel de la gravité. Danielewski joue avec les genres (fantastique dans la maison des feuilles, road movie ici, comme tous les auteurs post-modernes l'ont fait très souvent.)
Comme le lui disait dans mon second interview (jamais envoyé par denoël, c un scoop !) :
A - Ok, so let's start (or "continue" ) if you want, with a "definition"of post-modernisme in literature. As you know, it's hard to define. Formally, "post-modern literature" can be understood as "literature process reacting against modern literature", but it's more complicated of course. Post-modern literature is, in fact, a reaction against the sense of history of modern literature and against these moral values. Do you agree with this definition?
B – In this case, I supposed that "O Revolutions" in its “revolutionary” structure was an attempt to reinvent the literature, or (but I'm wrong) the post-modern literature...
C – For example, in "O Revolutions", you turn the world, and the book, upside-down in 360°, don't you think it can be a post-modern strategy? And, if it's not, maybe it's simply an experimental strategy?
D - Post-modern literature use also inter-textuality, parody and sometimes irony. Let's forget the two last, and let me point on the first one : Don't you use inter-textuality in "O Revolutions", to connect you two characters ? Clairement, l'auteur nie toute affiliation avec la génération post-moderne de Coover, Gass et Pynchon. Je trouve ça gonflé.
Maintenant concernant le rapport Danielewski/Mitchell.
Contrairement à ce que tout le monde voudrait nous faire croire, OR a une histoire. C'est une histoire évidente, mais le "fil" de cette histoire est très compréhensible. En filligrame derrière la saga de Sam et Hailey, on peut voir le monde qui devient plus dur, la nature qui meure, la vie et sa liberté qui devient de plus en plus restreinte.
Ce sont des thémathiques que l'on retrouve dans les deux livres, celui de MZD et celui de Mitchell. Ils tendent tous les deux à montrer combien en 200 ans, le monde a perdu. Comme je l'écris :
"Aux alentours de 1865-75, l'humanité bénéficiait encore largement de toutes les aubaines que notre planète pouvait lui offrir. Malgré les injustices et les guerres, l'homme était libre. Ou du moins pouvait s'approprier une liberté, parfois chèrement payée, mais souvent couronnée d'aventure, de découvertes et d'expériences. Le champ des possibles était sien. On pouvait prendre une goélette, "emprunter" une voiture et voguer à l'aventure sur les mers/routes du monde d'alors.
Pour Danielewski et Mitchell, l'amour était encore un grand sentiment, la jeunesse était folle et dangereuse, le monde semblait plus vaste, tout restait à découvrir, l'homme vivait vite, mourrait jeune, l'économie s'inventait au jour le jour.
Tout n'était pas encore que "stratégies marketing", "contrôle des masses", "mathématiques", "technologies", "statistiques" et "analyses de données". Cette vision, bien évidemment romanesque de l'histoire, est aussi celle qui alimente nos mythologies.
Pour Danielewski et Mitchell, au fil du temps, l'histoire humaine est devenue le récit d'une irrémédiable perte. Perte de la liberté, perte de la volonté, perte de la détermination et au final, perte du libre arbitre, au profit de ceux qui, sans scrupule, vampirisent la volonté, le courage, la générosité et l'amour d'autrui. Mais pour exprimer cette longue marche de l'humanité vers un destin forcément funeste, l'Américain et l'Anglais empruntent des chemins bien différents.
Voilà pour moi, ce qui les rapproche et ce qui les éloigne. Une même vision du monde, mais une façon différente de l'exprimer. Après, c'est aussi un parti pris journalistique... |