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n°2185
failorn
...
Profil : Légende
Posté le 19-07-2007 à 01:08:25  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
chantal est québequoise?


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peut-être une autre fois...
ici ou ailleurs...
n°2186
marmitte
membre pro-éminent de flu
Profil : Légende
Posté le 19-07-2007 à 01:18:37  profilanswer
 

Oui ils ont des lois là bas qui sont bien mise à mal sur le langage...


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"L'obligation de produire aliène la passion de créer" un belge
n°2187
failorn
...
Profil : Légende
Posté le 19-07-2007 à 01:26:59  profilanswer
 

j'y avais été assez surpris...


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peut-être une autre fois...
ici ou ailleurs...
n°2188
CrimsonPer​manent
Misteur Flu
Profil : Légende
Posté le 19-07-2007 à 08:15:36  profilanswer
 

marmitte a écrit :

Tu vois tu vas dans notre sens, tu prend que des traducteurs poètes crimson, si c'est bon, c'est justement qu'ils étaient poètes...
D'ailleurs, la traduction de poète se fait par des poètes (même s'ils ne connaissent pas la langue)


:lol: Mais celle de romans ne se fait que rarement par des poètes. Ils investissent l'univers du créateur et le recréent, dans leur langue me semble-t-il.
Un excellent exemple est selon moi la saga de Pratchett sur le Disque-Monde, excellement traduit, que je lis indifféremment en français ou en anglais suivant les volumes. Je peux t'assurer que le traducteur a parfaitement retranscrit le style et l'imaginaire de l'auteur, ce qui n'est pas si fréquent...
Qu'il y ait une part de création (ou re-création plus exactement) dans la traduction, je ne le dénie pas. Mais cela n'a rien à voir avec une aliénation à sa propre langue, bien au contraire, cela implique d'en connaitre parfaitement les règles qui la sous-tendent et l'imaginaire qu'elle véhicule


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Stultorum Numerus Est Infinitus
 
L'inspiration, ce n'est peut-être que la joie d'écrire : elle ne la précède pas.
n°2189
marmitte
membre pro-éminent de flu
Profil : Légende
Posté le 19-07-2007 à 11:53:22  profilanswer
 

Biensûr.
Mais ça n'est pas ce que veux dire étranger dans sa propre langue.
Ca veut dire que ton langage est un langage propre (on peut même parler de style mais ça va plus loin).
Ce n'est pas qu'une question de traduction, mais le poète a une sensibilité dans l'utilisation de la grammaire et de la conjugaison qui fait souvent de lui un bon traducteur sur des oeuvres poétiques souvent ou même d'ambiance.
Générallement, c'est le poète qui connaît le mieux les outils de la langue puisque c'est son boulot (contrairement au romancier)
Je vois certains poètes si mal traduits comme Brautigan... que je susi sûr qu'il n'a pas été traduit par un autre poète (où un poète de Montmartre...)
Sur les romans, c'est une autre histoire biensûr.


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"L'obligation de produire aliène la passion de créer" un belge
n°2190
g@rp
Profil : Habitué(e)
Posté le 19-07-2007 à 18:19:42  profilanswer
 

A propos de la traduction, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ce qui suit.
Attention : lunettes nécessaires pour cause de long texte.
[citation]
Assises de la Traduction (Arles) - Conférence inaugurale  
 
[Voici le texte de la conférence inaugurale, "prononcé" par Claro lors des assises de la traduction, à Arles, le 11 novembre 2006:]
 
ARLES / ASSISES DE LA TRADUCTION
- CONFÉRENCE INAUGURALE -
 
« EN TOUTE VIOLENCE… »
(à Yves Pagès)
 

Curieusement, les rares fois où il m’a été donné de prendre la parole en public, une sorte de réflexe m’a poussé à relire Artaud, Antonin Artaud — à y chercher matière à parler plutôt qu’à citation, avec cette envie contagieuse de lire, je veux dire, à haute voix, des phrases d’Artaud. Ce réflexe, je n’ai jamais vraiment cherché à le questionner, à le décomposer, mais, en apprenant qu’Artaud allait figurer parmi les points forts de ses Assises, je me suis dit que le moment était venu, peut-être, de savoir ce que je cherchais dans ce recours à cet écrivain, écrivain sans lequel je ne serai pas là aujourd’hui, puisque sa lecture m’a aidé à aller de l’avant dans le métier de vivre, d’écrire et de traduire.
Bien sûr, quand je prononce, en amorce d’un discours, des phrases d’Artaud, il est évident que je ne contente pas de rendre hommage à une influence essentielle dans ma trajectoire ; il se peut aussi que me revienne en mémoire cette fameuse séance du Vieux Colombier, cette terrible séance du Vieux Colombier, qui a fait couler tellement d’encre et qu’il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici brièvement : suite à sa sortie de l’Asile de Rodez, activé par Paulhan et quelques amies, dont la précieuse Paule Thévenin, Artaud est rentré à Paris, plus précisément à Ivry, et sa force d’écriture semble intacte. Dans le souci de le remettre au premier plan d’une certaine vite intellectuelle, dans celui, également, de l’aider, je veux dire financièrement, une « conférence » est organisée, qui, malgré la grande confusion des témoignages, tourne mal, c’est-à-dire qu’Artaud, qui doit faire alors autant pitié que peur, et je pèse mes mots, s’emporte, panique, on ne sait pas trop, selon certains ses papiers lui échappent des mains, il se met à quatre pattes, tente de les rassembler tels les membres d’Osiris, après tout est confus, mais l’impression qui surnage est celle d’un naufrage, le naufrage d’une vie, d’une parole, certainement pas celle d’une écriture. Longtemps cette vision d’Artaud éructant –excusez le cliché, mais si vous l’avez entendu grâce à des document sonores, cela se tient –, d’un Artaud ne parvenant plus à maîtriser les démons qui ne cessent de le revendiquer lui et sa parole depuis des années et des années, bref, cette vision est si indissolublement liée pour moi à la prise de parole en public qu’il est fort possible que ma relecture systématique d’Artaud dans des conditions similaires soit en partie générée par l’association parler/paniquer.  
Cela pourrait simplement faire sourire, s’il n’était tout aussi évident qu’Artaud joue ici un autre rôle. Car ce que j’ai retenu d’Artaud, ce qu’il me rappelle quand j’ose l’oublier, c’est combien toute cette histoire de parole, prise, interdite, trahie, lancée, piétinée, est avant tout l’histoire d’une violence fréquentée. (Ici j’ouvre une parenthèse — Jean Genet donnait cette sentencieuse, mais belle, définition de la violence, qui se trouve dans Le Journal du Voleur : « Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. ») Mais laissons pour l’instant Genet, sur lequel je reviendrai, et revenons à ce étrange réflexe Artaud, qui ne me sauve de rien, et surtout pas de mes devoirs aujourd’hui. Je dois donc sacrifier à cette tradition à tout le moins intime qui me pousse, me force, me persuade – et l’occasion s’y prête particulièrement ici – à dire un peu d’Artaud – après quoi, n’en doutons pas, tout ira mieux :
 
Là où d’autres proposent des œuvres je ne prétends pas autre chose que de montrer mon esprit.
La vie est de brûler des questions.
Je ne conçois pas d’œuvre comme détachée de la vie.
Je n’aime pas la création détachée. Je ne conçois pas non plus l’esprit comme détaché de lui-même. Chacune de mes œuvres, chacun des plans de moi-même, chacune des floraisons glacières de mon âme intérieure bave sur moi.
Je me retrouve autant dans une lettre écrite pour expliquer le rétrécissement intime de mon être et le châtrage insensé de ma vie, que dans un essai extérieur à moi-même, et qui m’apparaît comme une grossesse indifférente de mon esprit.
Je souffre que l’Esprit ne soit pas dans la vie, je veux qu’il soit mordu par les choses extérieures, et d’abord par touts les soubresauts en cisaille, toutes les cillations de mon moi à venir.
Toutes ces pages traînent comme des glaçons dans l’esprit. Qu’on excuse ma liberté absolue. Je me refuse à faire de différence entre aucune des minutes de moi-même. Je ne reconnais pas dans l’esprit de plan.
Il faut en finir avec l’Esprit comme avec la littérature. Je dis que l’Esprit et la vie communiquent à tous les degrés. Je voudrais faire un Livre qui dérange les hommes, qui soit comme une porte ouverte et qui les mène où ils n’auraient jamais consenti à aller, une porte simplement abouchée avec la réalité.
Et ceci n’est pas plus une préface à un livre, que les poèmes par exemple qui le jalonnent ou le dénombrement de toutes les rages du mal-être.
Ceci n’est qu’un glaçon aussi mal avalé.
 
Ça va déjà mieux, enfin, si on peut dire. J’aimerais dire, maintenant, comment Artaud m’a amené, m’a guidé à cette violence de la langue, et ce par la porte à peine entrouverte de son approche de la traduction. Comme vous le savez, il est arrivé à Artaud de traduire, essentiellement Lewis, ou plus précisément le Lewis du Moine, et Lewis Carroll, du moins celui du Jabberwocky. Pourquoi deux fois Lewis, voilà un sujet de réflexion que je laisserais aux lacaniens, mais j’ai comme idée que l’idée de « loi » n’y est sans doute pas étrangère. Ce qui me frappe dans la démarche de traducteur d’Artaud, c’est son absence absolue de théorisation, cette « audace » visiblement elle aussi amoureuse des périls, cette absence en apparence totale de scrupules traductants, pour parler très laidement. J’ai longtemps eu envie d’écrire sur le traitement qu’il a infligé au Moine de Lewis, ayant l’intuition qu’il y avait là un versant correspondant de cette violence d’écrire qui lui faisait dire : « toute l’écriture est de la cochonnerie ». La peur de gloser m’en a empêché, et surtout cet aveu fait par Artaud dans une lettre à Paulhan, quand il dit : « J’ai raconté le ‘Moine’ comme de mémoire et à ma façon. » Cette déclaration, qu’on n’hésitera pas à qualifier d’audacieuse, devient, dans la préface qu’il rédige pour l’édition Denoël, tout autre chose, puisqu’il écrit ceci : « La présente édition n’est ni une traduction nu une adaptation – avec toutes les sales privautés que ce mot suppose avec un texte – mais une sorte de ‘copie’ en français du texte anglais original. »
Voilà. Puisque soudain, par un étrange tour de passe-passe, écrire et traduire se confondent, comment toute la violence qu’on sait à l’œuvre parvient-elle à se loger dans cet humble terme de « copie ». Il y a là un mystère que j’ai mis un certain temps à percer, et surtout, à expérimenter.  
C’est quoi, cette histoire de copie, de texte raconté de mémoire, de sales privautés dont on se méfie ? Artaud, dans le même temps qu’il fait violence au texte de Lewis, qu’il violente son moine et le lecteur avec, nous parle de copie. Et visiblement, il ne s’agit pas de cette copie qu’on associe aux scribes ou même à la simple tradition littéraire qui veut que les écrivains s’honorent et se renouvellent en se copiant. Aussi la question se pose peut-être de comprendre ce qu’est cette violente copie qu’effectue Artaud, et qui, je crois, je l’espère, doit parler à pas mal d’entre vous.
Mais avant de gratter la croûte de cette dérangeante « copie », je voudrais faire un rapide détour par Milton et son Paradis perdu, ou plus précisément, plus nommément, par Chateaubriand, qui affirmait, à propos de sa traduction de Paradise Lost : « Ce travail est l’ouvrage entier de ma vie, car il y a trente ans que je lis, relis et traduis Milton. » Or que dit par ailleurs Chateaubriand de son travail, de sa démarche, fruit de trente ans de compagnonnage ? Il nous dit ceci : « J’ai calqué le poème de Milton à la vitre. »
A la vitre.
Et Chateaubriand de faire violence au vers Miltonien, de le plier à l’épreuve de la prose, de le tordre superbement. On est assez loin, convenons-en, de Eugène Onéguine traduit par Falen ou Johnston. Ou du Moine rendu en français par Léon de Wailly.
Je voudrais maintenant que nous allions voir plus près, ou plus loin, que nous tentions de traverser cette fameuse vitre dont parle l’auteur des Mémoires d’Outre tombe et derrière laquelle est posté, tel un spectre, cet inquiétant copiste de mémoire dont Artaud revendique la posture.
Seulement voilà, à peine ai-je évoqué cette mystérieuse vitre, à peine ai-je avancé l’hypothèse, un peu confondante j’en conviens, d’une violence de la vitre que je me trouve renvoyé à la terrifiante fenêtre de William Gass, écrivain dont je suis en train de traduire le livre intitulé Le Tunnel. Encore une digression, direz-vous, mais la violence qui m’occupe ici procède, je crois par rhizome, bifurcation, fourches.
Cela fait maintenant près de deux ans que je peine sur la traduction du Tunnel. Ceux d’entre vous qui connaissent le texte me comprendront, les autres aussi j’en suis sûr. Tom Robbins a dit de Gass qu’il écrivait comme s’il était le saxophoniste de Dieu. J’avoue que parvenu à un certain de stade de mon travail, j’en perdais un peu jusqu’à mon plus rudimentaire solfège. Alors pourtant que j’avais hésité trois ans avant d’entreprendre ce travail et que je croyais, enfin être prêt. Mais curieusement, malgré mon engouement et mon obstination, quelque chose ne prenait pas. Je ne vais pas vous raconter l’histoire du Tunnel, mais sachez, ou rappelez-vous, qu’il est question à un moment de fenêtres. Oui. De vitres. Le narrateur, maître absolu du logos, historien, aime les fenêtres. Voilà ce qu’il dit :
 
Depuis cette fenêtre je peux voir le poil rêche de notre jardin sous la neige, et plus loin, derrière une haie nue, l’étendue plate et gelée du pré où parfois mes enfants font du patin ; puis, assez loin, telle une brume grise, des arbres. Nous habitons loin de la rivière. Il y a des kilomètres de champs de blés entre nous et la Wabash, laquelle est à cette époque de l’année dure comme de l’ardoise, ses rives boueuses toutes caillées et pierreuses, les troncs pelés des sycomores luisant tels des os léchés. Autour d’eux, les tiges des herbes, raides et cassantes, et aussi négligées que la barbe d’un cadavre, s’amassent en fourrés si froids qu’on n’y trouve souvent aucun oiseau. Je ne vais jamais là-bas. J’ai une bonne vue et il m’arrive encore de promener ma masse pour le simple plaisir ; mais c’est toujours une fenêtre qui me permet de voir. Les fenêtres, donc, sont importantes pour moi. Mon université m’en a accordé une grande, très haute, située à l’angle du campus où l’hiver a figé les balançoires dans le jardin public et où l’herbe, l’été, se mêle au sable. Ces fenêtres sont les porches de l’apparence. Derrière elles s’agitent les seuls messages codés que je reçois.
 
J’avais moi-même l’impression que le texte de Gass me narguait derrière une vitre, et que les reflets sur le verre ou l’épaisseur de la vitre, m’empêchaient de toucher la matière même de sa langue. Briser la vitre me paraissait un peu expéditif. Et je voyais mal avec quoi la nettoyer, d’autant plus que les traces de doigt qui la maculaient semblaient faire partie intégrante du tableau. Et puis, tout d’un coup, ou presque, j’ai eu le sentiment, très violent, non pas de passer derrière la vitre, non pas de franchir le miroir, mais de devenir la vitre. Un processus de vitrification, donc, qui je crois nous ramène au « glaçon mal avalé » d’Artaud.  
Aussi je me demande si le texte, non par sa violence (celle-ci est et reste le secret de son auteur), mais en toutes violence, comme on dit en toutes lettres, ou en toutes circonstances, n’agit pas de telle sorte qu’il transforme celui qui veut le traduire, « le copier », en vitre, en verre – et contre tous, ajouterais-je au risque d’un mauvais jeu de mots, mais là je laisserai le soin aux lacaniens de décider si le vrai est, oui ou non, la vérité du verre.
Ce pourrait être une simple métaphore, et nous ne nous en porterions pas plus mal. Mais traduire n’est pas se porter bien ou mal, vous le savez, et j’ai bien peur que cette vitrification soit une épreuve d’ordre physique. Autant l’impossibilité d’écrire peut s’apparenter assez aisément à un processus de minéralisation, autant cette mystérieuse copie dont je parle oblige à s’imaginer une transparence. A s’imaginer transparent, ou du moins assez poreux et point trop opaque. Sûrement pas à s’imaginer auteur.
Voilà où, je crois, ou plutôt j’en suis sûr, s’élance la vraie violence, l’évidence qui luit. L’acte de traduire s’apparenterait à un comportement étrange, qui n’est pas faire le singe (quoique…), mais plutôt faire la vitre, c’est-à-dire renoncer définitivement à la contemplation des miroirs, laisser le paysage situé à l’extérieur devenir reflet et le regard du lecteur se poser sur ce reflet. Oui, que le lecteur prenne plaisir à poser ses pattes et écraser son nez contre cette vitre qu’il faut devenir. Que le lecteur s’y cogne aussi, bien sûr, soit que la netteté du verre ait gommé son existence, soit que la résistance du matériau ait agacé sa patience.
Mais pour cela il faut sans doute remonter aux sources d’une autre violence, et dire, re-dire, ce que disait Céline quand il disait, pour expliquer le style, qu’un bâton plongé dans l’eau paraît tordu et que donc, si l’on veut qu’il paraisse droit, il faut le tordre. La surface de l’eau est donc notre vitre première, même si nous ne sommes pas sûr que le bâton dont il s’agisse soit vraiment la langue (je pense qu’il s’agit d’autre chose, et le dirai tout à l’heure, après le départ des lacaniens). Mais comment tordre ce bâton qui est le langage, ou la langue, et qui, peut-être, est autre chose. A peine nous voilà imbus d’un devenir-vitre qu’il nous faut considérer les modes de torsion du bâton. Sale boulot. Et pourtant, pas moyen de faire l’impasse, comme on dit avec un peu trop de légèreté. Ce bâton, quel qu’il soit, il faut le tordre. Mais qui le tordra ? Nous ? Nos mains. Et comment tordre quoi que ce soit si nous sommes vitre ? Ça devient compliqué, n’est-ce pas ?.Eh bien, et là je crois qu’il faut user d’un mot que j’ai évité jusque-là, et qui est autre que celui de corps.  
Artaud pensait, de tout son corps pensait qu’on écrit, qu’il faut qu’écrire, qu’il écrivait pour se faire un corps. Et de préférence sans organe. Cette idée – ce projet – a suffisamment été décliné par Deleuze et d’autres pour qu’on puisse douter à bon escient qu’il s’agisse, là aussi, d’une simple métaphore. Ecrire est l’activité la plus physique qui soit : cet énoncé peut prêter à rire, surtout prononcé par quelqu’un qui passe une bonne partie de sa vie assis et, en outre, s’exprime lors d’assises. Soit. Mais ce rire fait partie intégrante de l’activité d’écrire, de même qu’Artaud est drôle à ses moments. Ce que je veux dire, c’est que si l’on veut bien admettre, comme Fitzgerald, que « toute vie est bien entendu un processus de démolition » (trad. Aury & Mayoux), on ne démolit que pour inventer autre chose, une autre anatomie. « Je n’ai plus qu’une occupation, me refaire », écrivait Artaud dans Le Pèse-Nerfs. Mais sûrement pas refaire la même chose. Et cette violence, qui passe par une vitre, qui est comme une eau gelée, un glaçon mal avalé, un corps vitrifié en attente de devenir, qu’a-t-elle à dire au bâton, au bâton tordu ? Autrement dit : si jamais il advenait que nous devenions vitre, quel bâton pourrions-nous désirer, et pourquoi ?
Parvenu à ce point délicat, je citerai Jean Genet, et plus précisément un texte datant de 70 intitulé L’Ennemi déclaré — déjà une répons en soit :
J.G. cherche, ou recherche, ou voudrait découvrir, ne le jamais découvrir le délicieux ennemi très désarmé, dont l’équilibre est instable, le profil incertain, la face inadmissible, l’ennemi qu’un souffle casse, l’esclave déjà humilié, se jetant lui-même par la fenêtre sur un signe, l’ennemi vaincu : aveugle, sourd, muet. Sans bras, sans jambes, sans ventre, sans cœur, sans sexe, sans tête, en somme un ennemi complet, portant sur lui déjà toutes les marques de ma bestialité qui n’aurait plus – trop paresseuse – à s’exercer. Je voudrais l’ennemi total, qui me haïrait sans mesure et dans toute sa spontanéité, mais l’ennemi soumis, vaincu par moi avant de me connaître. Et irréconciliable avec moi en tout cas. Pas d’amis. Surtout pas d’amis : un ennemi déclaré mais non déchiré. Net, sans faille. De quelles couleurs ? Du vert très tendre comme une cerise au violet effervescent. Sa taille ? Entre nous, qu’il se présente à moi d’homme à homme. Pas d’amis. Je cherche un ennemi défaillant, venant à la capitulation. Je lui donnerai tout ce que je pourrai : des claques, des gifles, des coups de pieds, je le ferai mordre par des renards affamés, manger de la nourriture anglaise, assister à la Chambre des Lords, être reçu à Buckingham Palace, baiser le prince Philip, se faire baiser par lui, vivre un mois à Londres, se vêtir comme moi, dormir à ma place, vivre à ma place : je cherche l’ennemi déclaré.
 
Genet met l’accent sur quelque chose de très fort, d’excessivement précieux, de probablement dangereux, d’éventuellement irremplaçable. Quelque chose qui pourrait toucher à la grâce mais qui a l’instinct de l’éviter. L’ennemi-bâton que brandit Genet sous la vitre de notre nez ressemble moins à ce style qu’il s’agirait de tordre qu’à ce corps indécidable que l’écriture s’efforce, sans mobile apparent, de recommencer, d’inventer. On a beaucoup parlé, à une certaine époque, de la mort de l’auteur, puis, humanisme triomphant et utopie crevante aidant, on a beaucoup décrié ces hâtives funérailles, mais le fait est qu’écrire me semble le plus pitoyable des moyens pour consolider une éventuelle personnalité. Ou alors c’est le plus rapide et le plus pathétique. Si écrire n’est pas devenir deux, puis, trois, puis mille, puis plus rien qu’une surface qui épouse ce qu’elle laisse voir et dissout ce qui regarde au-delà d’elle, alors autant passer à la télévision ou boire de l’eau. Pas besoin d’ennemi. Pas besoin de bâton – ou de Totem, comme dirait Artaud –, pas besoin de la vitre de Milton. Pas besoin, même, de besoin.  
La violence à l’œuvre dans l’écriture m’a toujours paru si évidente – merci Fitzgerald, merci Deleuze – que pendant longtemps, pas trop quand même, je ne l’ai pas crue possible et nécessaire (voire souhaitable) dans la traduction. Et peut-être était-ce tant mieux, comme on dit. Cela dit, je me souviens très bien du jour où j’ai tendu à William Gass mon exemplaire du Tunnel afin qu’il le signe. Sans trop d’hésitation, il a écrit au stylo ces quelques mots qu’il m’a fallu, décalage humain oblige, n’entendre que trois ans plus tard : « May it be not too onerous ». Quand la leçon a porté ses fruits, je suis jusqu’à allé chercher le sens de ce mot, « onerous », qui jusqu’alors me semblait un fruit tout gonflé d’un riche jus. Le dictionnaire, dans toute sa suffisance qui ne nous la fait plus, n’est-ce pas, à nous autres traducteurs, m’offrait le sens apparemment inéluctable de « pénible ». Il ne me disait pas : complexe, épuisant, odieux, vicieux. Juste : pénible. Mais ça ne m’empêchait pas bien sûr d’entendre, du fond de mon oreille maternelle, le mot « onéreux ». Comme si Gass avait voulu me dire : attention, tu paieras cher cette entreprise. Or il me disait juste : ça va être pénible, or, en lecteur d’Artaud, j’aurais dû comprendre ce qu’un lecteur de Rilke entend quand il emploie le mot « pénible ». Vous cueillez une rose, elle vous pique, ça s’infecte, la gangrène prend le relais, il est trop tard, c’est fini. Ou vous ne la cueillez pas. Ça se joue à rien, comme on dit.
Si je devais donner à entendre ce rien, et puisque visiblement Artaud est à l’honneur, Antonin Artaud, donc, et pas la bienséance, je ne vois pas comment je pourrais passer sous silence ce texte, d’Artaud, intitulé « Insulte à l’Inconditonné » et qui fait que je suis ici, et là, et aussi, rassurez-vous, ailleurs, ce texte qui est pour moi le plus beau de la langue française, comme on dit, mais comme on dit finira bien par crever, donc :
 
C’est par la barbaque
la sale barbaque
que l’on exprime
le
qu’on ne sait pas
que
se placer hors
pour être sans,
avec,—
 
la barbaque
bien crottée et mire
dans le cu d’une poule
morte et désirée.
 
Désirée, dis-je,
mais sans juter
des esquilles
blanches, lapées,
(mornes de morve
la salive)
 
la salive
de son dentier.
 
Avec la barbaque
qu’on se débarrasse
des rats de l’inconditionné
 
Qui n’ont jamais senti
que
la non-forme
le hors-lieu
de la rogne sans condition
appelée le sans-condition,
l’interférence de l’action,
le transfert par déportation ;
le rétablissement hors coupure,
la coupure des colmatations ;
l’assise enfin
dans le non-hors,
l’imposition du dehors qui dort,
comme un dedans, éclaté des latrines
du canal où l’on chie la mort,
 
ne valent pas les desquamations
du con d’une moniche morte
 
quand la boniche qui le porte
pisse en arc-boutant
son pis
 
pour traverser
la syphilis.
 
Je disais plus haut, avant Artaud, « Ça se joue à rien », eh bien ce rien de la violence qui ne devrait rester qu’un mot, qu’un prétexte, le vase dans lequel disposer les fleurs d’un discours, je voudrais essayer de vous le dire plus sincèrement, et pour cela il me faut vous tutoyer, nous serons ainsi plus proches, tu redeviendras lecteur, et quand tu n’en pourras plus tu me le diras, mais pas tout de suite, pas maintenant, seulement une fois que tu as admis que ces charmantes toupies baptisées désir et volition ne sont que des muscles surajoutés au squelette de ta lâcheté. Nous sommes nous-nous compris ? es-tu prêt à déambuler avec moi dans le noir ? Maintenant, regarde moi. Je suis ce que tu veux. Je suis l’Etat, le somnambule, la mouche sur la nappe. Je suis le chèque, la croûte, le réflexe de survie, la hanche de ta mère. Je couche mes fils et j’arrive. Je ferme la porte. J’ouvre la porte. Je ferme la porte. Les crabes m’imitent. Du miel coule de mes oreilles. A chaque sonnerie je décroche. Cela ne peut pas durer. Qu’as-tu fait de ta journée ? Rien. Lui as-tu dit ? Non. D’où vient ce bruit ? De toi. Pourquoi n’as-tu pas protesté quand, après avoir reçu des plaintes, la compagnie aérienne Virgin Atlantic a décidé d'annuler l'installation d'urinoirs en forme de bouche de femme dans l'aéroport John F. Kennedy? Où étais-tu ? Est-il vrai que tu as ri en apprenant que dans le langage des signes on pouvait faire un geste mimant un nez crochu pour signifier "juif" ? Demain tu pars. Aujourd’hui tu saignes. Un rien t’épargne. Quand l’ennui te sonde, tu te déguises en douanier et saisis une cargaison de huit cent pattes d'ours destinée à la Chine. Ou bien tu pénètres le corps de Donald Trump et tu demandes à acquérir les droits de la phrase "Vous êtes viré!". Repose-toi. Regarde la télévision. Sans une femme l'homme gémit et va à la dérive, chante l’Ecclésiaste à la radio, tu t’ouvres les veines il n’y a personne, tu refermes tes veines, la radio monte le son, Donald Trump aussi, qu’est-ce à dire ? Je t’avais prévenu. Tu as un projet. Un jambon. Il pleut. Eminem a tort. Eminem a raison. Hier en te réveillant tu as senti une minuscule bille en palpant ton sein. Ce vin possède une belle robe rubis aux reflets cuivrés. Le pare-brise est sale. Ton père, s’il était vivant, n’en serait pas moins mort. Assez. Dénoncé par tous les énoncés, tu plies les genoux, zip, la braguette est coincé, dommage. Et je ne parle pas des trahisons, des vexations, de toutes les amusantes humiliations qui pourrissent dans ta pomme d’Adam . Je ne fais en aucune façon allusion à ce mensonge farci de conscience que tu ressers chaque fois que sonne la clochette de la justification. Je passe même sous silence le jet de foutre qui saute au visage de l’écran de ta trop intime télévision quand tous tes invités sont partis et que la vaisselle peut attendre. Quant aux mille et une pirouettes qui te permettent de te souiller sans jamais en déduire que tu pues, n’en parlons pas. Tu le dis toi-même : il est temps de percer la poche plastifiée dans laquelle baigne ton engouement pour le vain, le cuit, la lie. Schwab Soundview a relevé sa recommandation sur Lucent à Surperformance, ainsi que son objectif de cours de 3,5$ à 5$. Tu as pourtant compris que tes véritables organes, tes impayables et faramineux organes ne sont pas ces ribambelles vésiculées qui s’entre-noyautent entre la graisse et l’os, mais bien plutôt ces sentinelles sonores que tu déposes via le canal buccal sur toute choses. Tu le dis toi-même. Cet hôtel est trop cher. Tu as un projet. Des dents. Des dettes. Il pleut. Cela fait longtemps que tu ne les as pas invités. En bouche il est élégant avec des tanins aux bons grains. Une chienne va mourir. Tu crois que c’est facile ? Si tel est le cas, regarde-toi au-dessus de l’évier, quand, à trois heures du matin, quelque chose de l’ordre du dégoût te somme de cramponner à deux mains l’émail où s’égalisent toutes tes déjections : sous le néon merdoyant, des parcelles de visagéité s’agitent, sourcils, pommettes, dents, points noirs, possibles souvenirs. C’est toi. Tu es ceci. Ces yeux finis. Ces yeux atteints par rien, et que tout écarquille. La non-reconnaissance de soi. Le dépit du moi. L’imprévisible vidange de toutes ces joies soutenues à bout d’effroi. Et ne fais pas comme si regretter allait de soi. Soucieuse de l’exactitude de ses méthodes, PRO-ADN Diagnostic n’utilise que des marqueurs génétiques reconnus et validés internationalement, soient les mêmes que le FBI. Il pleut. Un chevreuil a traversé la route. Nettoie tes ébats de toutes scories esthètes. Il en découle accessoirement une philosophie. Tu le sais, tu l’a appris de tes pères titubants et de tes mères complices, l’assouvissement est ton nom, ton credo. Certes, le son de sa voix te dresse, il t’apprend l’à-côté d’une servilité que tu souhaites opportune. Même si tu as compris que le langage ne servait qu’à t’essuyer. Passion. Lésion. Un peu de saucisson, hop, et te voilà rassasié, projeté sur l’écran à plasma qui te sert de platine, tu mixes, tu mixes, à raison d’un bonbon par cadavre. Une ration de pixels pour que ton ventre crie. Normal. Vendredi tu as fait maigre, samedi le dernier tendon du dernier effort a lâché et c’est à genoux que tu t’es rendu au confessionnal. Pardon. A moitié soûl tu n’as bu que le dépôt, détends-toi c’est presque fini. Ton chien s’appelle Ulysse, Madrid, Alcatel, il tourne comme un satellite autour de ta queue avant d’enterrer l’os de la guerre, salue-le. A ce jour tu n’as toujours pas digéré le cachet versé par ton employeur à ton successeur – qui n’est pas toi, mais te ressemble, comme le printemps ressemble à New York. Prends ton temps. Allume-le, éteins-le : tu fonctionnes toujours. Cet appareil est appelé aux plus hautes fonctions, il résistera aux déluges électroniques, aux tsunamis ethniques, au chant des oiseaux. A ta nièce. Jusqu’à la fin des temps, lis-tu sur l’étiquette à moitié arrachée, n’appuie pas sur le bouton, elle est en retard, elle s’est fait écraser. Position. Neutron. Lève-toi et dresse ta langue, son goût est toujours le même, à quoi bon tailler tes ongles si tu ne griffes que le coton, la graisse, le temps de te retourner le décor lui aussi s’est retourné, rien n’a changé. Trucage. Répit. Instabilité des marchés financiers mercredi dernier après l’annonce du rachat de Ferrari par Berlusconi. Que leur faire ? Qui inviter ? C’est un produit dangereux, à base de départ et d’arrivée, de mélatonine et de viande avariée. Une aubaine. Un pari. Il ne repousse pas, ce genou écorché sur le gravier, que recouvre aujourd’hui le tweed plissé. A l’étage supérieur, le magicien d’Oz n’en finit pas d’éplucher les comptes de la MGM pendant que Dorothée se shoote au phénobarbital. Actif, passif, agressif. If ! C’est comme ça, plus personne n’y croit. Allume tes bougies. Souffle-les. Ce ne sont pas des bougies, ce sont des prothèses, de toutes petites allumettes enfoncées dans de ta pâte à modeler et à nier, des tentatives pour articuler la gélatine de ta complaisance : qui les frotte s’embrase. Mange. Saute. Ta dernière tentative pour lui faire comprendre qui des deux souffrait le plus s’est soldée, point final. Avec ta permission, bien sûr. Dans le secret de la confusion, derrière la grille de tes singeries personnalisées, à même la paille de ton crédit, une armée a pris feu puis s’est noyée. Convergence. Tu avais des sœurs, des cousins, des aigreurs d’estomac, c’est fini. Lavage. Lavage et rinçage. Neuf chances sur dix de t’en tirer, tu as choisi la dixième, bien placé, terrain un peu lourd mais tuyaux en acier galvanisé, merci Max. We just met and i just fucked you. Quelle apathie, ce n’est pas une question. Je ne pose pas de question. Je suis la synchronisation automatique de ton iPod, la touche “ € ” qui se bloque, je suis le régime de contrôle de la technologie des missiles, je suis bye bye daddy cool. Tu voulais parler de l’enfance ? Ne murmure point d’eau que ne verse ma flûte au bosquet arrosé d’accords. Bien sûr. Jusqu’au jour où, levé d’entre tes fadeurs, au croisement d’un couloir et d’un détestable salon, tu as vu, comme tout le monde, l’ombre pointue de ton père associée à même l’amusante silhouette de ta mère (à moins qu’il ne se fût agi du gros chien des voisins vautré sur la table basse encombrée de cendriers). This is a free oral sex cumshot site and we update our facials daily! Elections. Nitrate. Celui qui veut être un amant parfait doit révérer son seigneur, ne jamais blasphémer Dieu ni les saints, être humble envers tous et servir tout le monde, ne dire de mal de personne, ne pas mentir, ne se moquer de personne, éviter les querelles et faire son possible pour réconcilier ceux qui se sont disputés. Faux. Vrai. Je suis le cercle, la vaseline, la conclusion. Je mange des fraises, des nécrologies, du riz. Assez ! Quels sont tes premiers émois ? A cette question il n’existe qu’une seule réponse, un peu lourde, soigneusement moulée dans l’éternelle culotte que tu te traînes au cul chaque fois que la route de briques jaunes bifurque. Depuis le commencement on ne t’a inculqué que la promiscuité et l’impuissance des choses qui se pensent. Tes émois ? Allons, sois raisonnable, sois Apple, sois IBM, sois la puce qui rétrécit dans le cul serré de la technologie et dont les dents, au nombre de trois mille quatre cent vingt-sept au millimètre cube, mordent l’acier dont on fait les plaques qu’on greffe sur les crânes qui abritent toutes les théories de toutes les conspirations. Tes émois n’étaient donc que cela : des fables que la puberté, plus tard, moqua, un peu comme le sucre s’absente dans le café brûlant, apparemment vaincu, mais cependant vainqueur – puisque la somme cristallisée de tous tes renoncements, une fois plongée dans l’acide de la rébellion, fond, disparaît, cependant qu’elle s’amuse à multiplier sa saveur dans chaque bulle de ta gazeuse vanité. Non seulement la salive est considérée comme chargée de force vitale, mais lorsqu'elle est imprégnée de la substance de l'arec et du bétel elle devient un philtre magique de vie. Oublie-la. Conduis. Frappe. Je suis – et ne l’oublie pas – je suis la vase, l’étincelle, l’écoute téléphonique. Je suis l’indice, la foi, l’envoi sous pli discret, le temps que met le transistor pour passer du régime de sursaturation au régime actif. Devant une phrase inutile qui gâcherait l’instant fragile, je suis là, aussi. Je suis la ligne verticale, la faconde, l’ampoule qui claque, la façon dont on lave un homme mort en état d'ihrâm, la moquette qu’on arrache. Quant aux matins où tu t’éveillais en pleine marée retirée, au sein d’une huile mal épongée, ma foi, cela ne t’a jamais affecté outre mesure : il fallait bien que coagule à ton insu tout ce que tu laissais fermenter le jour durant et précédant. Tu connais l’histoire ? L’Histoire ? Charlemagne ? Attila? Caligula ? Falbala? Zu Haus! Tu as vu comment certains petits hommes ont chevauché par derrière certains gros conglomérats ? comment la Terreur a produit la Révolution avant que celle-ci n’accouche du tiers état qui se mua en paysannerie qui s’enlisa dans la famine? Décédés tous ces énoncés ? Tu en doutes. Tu es le mulâtre, la chaise, le radar, la mire, la résistance. Tu es – et ce, malgré toi – l’accolade, la balade, la bousculade, la défilade, la dégringolade, l’enfilade, l’engueulade, l’escalade, l’estafilade, le garde-malade, la marmelade, la pelade, la régalade, la rémoulade, la reniflade, la rigolade – la rime abrutie. Tu es la salade, tu passes. C’est le soir. Une fille va sortir de la mairie. Parler te semble ridicule et cela depuis quand ? Depuis qu’adolescent tu découvris ou crus découvrir la combinaison du coffre-fort adulte qui devait t’enrichir de tant d’éloignements ? Certes non. La vie t’as coincé. Tu as couiné. Ouïïïïïrkk. Tu as chopé le porc et l’a égorgé, et au moment de le saigner une voix t’a dit : “ Comment gérer les blocages de verrous? ” Et une autre t’a aimablement répondu : “ Les blocages de verrous sont un problème classique des bases de données transactionnelles, mais ils ne sont pas dangereux, à moins qu'ils ne se répètent si souvent que vous ne puissiez pas exécuter tranquillement certaines transactions. ” Satisfait. Rassuré. Démographié. Lecteur ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce à dire ? Etant bien entendu que tu n’es que de la matière rouge animée de sottes intentions, se peut-il que la trajectoire par toi accomplie depuis ton éviction première jusqu'à ton hoquet final soit plus digne que le jet de pisse grâce auquel ton méat se voit relié à ce socle que tu appelles terre et sur lequel tes pieds ne cessent de déraper ? Ce que tu lis t’as toujours trahi. Bousculé. Recalé. Maintenant je suis là. Regarde-moi. Je suis ce que tu veux. Je suis l’Etat, la confiance, le sel, la marque déposée, la visite impromptue. Je suis les verres au fond du café. Ah ! Tu as souri. Demain tu te lèveras et tu iras réveiller toutes ces choses qui n’ont pas besoin de toi. Demain tu écraseras un chat. Tu le dis toi-même. En rond tu tournes, comme un oméga de fumée qui meurt au plafond, lâché par la cigarette que tu écrases dans une autre dimension sur la main de tes maîtres. Cherche. Enfonce. Be cool. Maintenant regarde-moi. Ne ris pas. Regarde. Maintenant.
 
[/citation]


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n°2191
marmitte
membre pro-éminent de flu
Profil : Légende
Posté le 19-07-2007 à 20:18:08  profilanswer
 

Vachette Garp, tu veux nous tuer?


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"L'obligation de produire aliène la passion de créer" un belge
n°2194
g@rp
Profil : Habitué(e)
Posté le 19-07-2007 à 20:33:08  profilanswer
 

Heu...non.
Désolé, j'ai pas pu me retenir de poster ce...texte  :pfff:  
 :pt1cable:


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n°2195
marmitte
membre pro-éminent de flu
Profil : Légende
Posté le 19-07-2007 à 21:31:21  profilanswer
 

Il est très beau mais le début seulement (vu que j'ai pas pu lire en entier..., j'aime pas lire sur écran moi)


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"L'obligation de produire aliène la passion de créer" un belge
n°2197
g@rp
Profil : Habitué(e)
Posté le 20-07-2007 à 19:44:01  profilanswer
 

Je vais voir si je n'ai pas en stock un texte du même auteur, toujours à propos de la traduction. Il est vrai que celui que j'ai posté plus haut, sauf à l'imprimer... :ouch:  
Scouzi again  :(


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n°2198
g@rp
Profil : Habitué(e)
Posté le 20-07-2007 à 19:48:58  profilanswer
 

Me revoilu.
J'ai trouvé !  :bounce:  
 
[citation]
 
Traduisant le poème inédit de Vollmann, "Etoile de Paris", mes doigts censés être agiles tapent les mots croire, veine, satisfaction, et ainsi de suite. Ne jamais oublier, outre les mots, de se rappeler le sens qu'ont pris ces mots dan sla chair au fil des vies accumulées et dans la chair inscrite.  
Ne jamais écrire "satisfait" plutôt que "content", ou "rassasié ou je ne sais quoi, si l'on a pas souffert/joui de ces affects. Donc, non pas juste sentir qu'ils – tels des dés – roulent jusqu'à leur sort chiffré en bout de piste, en harmonie avec le vert feutré et la courbure de l'horizon défini par les règles du jeu verbal, mais se rappeler, comme dans un exercice d'évacuation d'urgence mentale, que ces mots ont poids, brûlure, faille, etc, dans ce mille-feuille gourd que devient notre expérience.  
Une forme de sincérité inédite: le baiser mouillé qu'on a eu avec ces sens avant qu'ils deviennent, papier oblige, mots. Parfois, c'est possible, mais pas toujours. Ce qui est sûr, c'est que traduire, dans ces cas-là, revient à passer – et, je le rappelle, à passer "vite" – par ces trous qu'on croyait pleins. Les doigts, alors, ne sont pas seulement, ne doivent pas seulement être agiles, ils doivent "conduire" la foule des perceps qui les a fait doigts (et donc agents de l'agir, du plaisir, et de pas mal d''autres choses).  
 
Dira-t-on assez, dira-t-on une seule fois qu'écrire (ou traduire) est une activité physique, pleine d'yeux et de culs, de cassages de gueule et de bras de fer, de bronze, de platine? Que le corps à corps secoue l'assis. Sinon, franchement, autant "rédiger". D'où le style "dictée" de tant de romans, depuis l'Astrée jusqu'à vous savez qui.  
 
Bien sûr, je schématise, mais comme on plie une tôle: pour que ça s'entende.
 
[/citation]
 
Et c'est toujours signé Claro.
Et ça vient de là : http://towardgrace.blogspot.com/


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n°2199
chantal310​0
Profil : Padawan
Posté le 20-07-2007 à 20:15:39  profilanswer
 

marmitte a écrit :

Il est très beau mais le début seulement (vu que j'ai pas pu lire en entier..., j'aime pas lire sur écran moi)


ha ha ha !!too laughing !! :lol:  :lol:  :lol: .Et les imprimantes la Marmitte trop moderne!!.
kiss :lol:

n°2819
lunedemiel​24
Profil : Novice
Posté le 15-01-2008 à 17:38:43  profilanswer
 

moi j'adore lire. Si j'ai pas ma dose de lecture tous les soirs, c'est sur que je pourrais pas m'endormir. Mais j'aimerais savoir écrire pour pouvoir raconter une belle histoire.Mais bon je laisse la place aux autres qui ont plus d'imagination et je lirais leurs oeuvres

n°2829
france88
humain bélier dragon 3 et moi
Profil : Novice
Posté le 17-01-2008 à 19:29:47  profilanswer
 

Pour ma part je lis beaucoup et la pluspart du temps je rajoute des personnages à l'intrigue (je fais ça aussi sur les films). Et j'ai récemment commencée à rédiger quelques textes. Ils ne sont pas en ligne donc vous n'y auraient pas droit tout de suite, mais je vous tiendrais au courant si je me décide à les metres quelque part.
La réponse est donc que j'aime autant lire et écrire.


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Sur mes papiers j'ai 19 ans, ce sont des faux, J'ai 2000 ans.
Plagiat de Sardou.
n°2885
dragon12
le feu sous la glace
Profil : Padawan
Posté le 05-02-2008 à 19:56:37  profilanswer
 

invite_mercel a écrit :

Préférez vous...  
 
...écrire?
...lire?


Bonsoir,
 
Je pratique les deux sans modération:
Je lis pour apprendre, me distraire, me relaxer et pour vivre avec les personnages
Lire, c'est pour m'inventer des rôles et m'inviter dans les rôles des autres. Me créer des histoires ou bien vivre des histoires, au choix selon mon humeur et mon imagination.
J'écris pour me libérer, pour jouer avec les mots, et pouvoir relire les pensées quelques jours ou quelques années plus tard, pour voir l'évolution de ma pensée, si j'ai développé des idées nouvelles ou bien si je me suis enfermée.
Ecrire, c'est comme une thérapie.
Je peux voir soit mon évolution soit ma régression et comprendre ainsi où j'en suis, qui je suis et pourquoi.
Très intéressantes vos questions. Merci  :D

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