Salut à tous. Je viens de finir "Le festival de la couille et autres histoires vraies", de Chuck Palahniuk et je voulais vous dire que c'est vraiment bien. Franchement, je le recommande ! Chuck Palahniuk a rassemblé des chroniques consacrées à des thèmes très divers, des histoires de partouze géantes, des combats de moissonneuses-batteuses, une rencontre avec Marylin Manson, un salon de l'édition amateur, des types qui passent leur vie à construire des chateaux forts en carton pâte, etc. Derrière ces histoires bourrées de freaks, Chuck Palahniuk disserte sur la littérature, la philosophie, la place de l'individu dans le monde contemporain, etc. C'est souvent très drôle et toujours passionnant. Voici un extrait du chapitre consacré aux salons dans lesquels les écrivains amateurs cherchent à vendre leurs manuscrits à des éditeurs ou des producteurs de cinéma :
"Le philosophe Martin Heidegger remarque que les êtres humains ont tendance à voir le monde comme une réserve permanente de matériel dont il faut tirer un profit. Un stock à transformer pour lui donner une valeur ajoutée. Les arbres en planches. Les animaux en viande. Il nomme cet univers de ressources naturelles brutes Bestand. Il semble inévitable que tous ceux qui n'ont pas accès aux puits de pétrole et aux mines de diamant du Bestand se rabattent sur le seul stock vraiment à leur portée - leur propre existence.
Notre propriété intellectuelle, nos idées, les aventures de notre vie, notre expérience constituent de plus en plus le Bestand de notre époque.
Ce que les gens ont l'habitude d'endurer ou d'apprécier - toutes ces bribes d'événements : l'apprentissage du pot pour l'enfant, la lune de miel, le cancer du poumon - on peut désormais le vendre après l'avoir retravaillé pour en tirer le meilleur effet. Le truc, c'est d'être attentif. De prendre des notes.
Le problème, quand nous concevons le monde comme Bestand, ajoute Heidegger, c'est que cela nous amène à utiliser les choses, à asservir la matière et les gens et à les exploiter pour notre seul bénéfice.
Dans cette optique, est-il possible de s'asservir soi-même ? Martin Heidegger remarque aussi que la présence de l'observateur modifie la réalité. D'une certaine façon, la chute d'un arbre dans une forêt sera différente si on a un témoin oculaire pour la noter, puis travailler sur les détails qui permettront de mettre Julia Roberts en valeur.
En déformant les événements, en les modifiant légèrement pour accentuer leur impact dramatique, voire en les exagérant au point d'oublier son histoire réelle - d'oublier son identité -, est-il possible de transformer sa propre vie en une fiction vendable ?"
Message édité par Profil supprimé le 09-02-2006 à 16:43:02