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Corpus Christi Extraits

 


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Corpus Christi Extraits

n°960
corinne021​40
Profil : Novice
Posté le 16-03-2011 à 18:50:49  profilanswer
 

Bonjour, je viens vous présenter Corpu Christi et vous en livrer quelques extraits (prologue, chapître 1 et début du chapître 2). J'en profite pour vous signaler que je serai présente sur le stand (D11) au Salon du Livre de Paris, le dimanche 20 mars de 14 à 16 heures.
http://corinne-philippe-livres.over-blog.com
 
PROLOGUE
 
La soirée était déjà bien avancée lorsqu'on frappa à la porte.
 
L'homme reposa la bière blonde qu'il venait de décapsuler, baissa le son du téléviseur qui diffusait un western des années 70, et se leva du fauteuil sur lequel il était affalé. La chaleur était encore lourde malgré le ventilateur qui brassait l'air dans un ronron régulier. Il essuya ses mains moites sur son tee-shirt à l'effigie d'une meute de loups hurlant à la lune, et se dirigea vers la porte en faisant grincer le vieux parquet, tout en se demandant qui pouvait bien lui rendre visite à une heure aussi avancée. Cela l'intriguait d'autant plus que rares étaient les personnes qui se donnaient la peine de venir jusque chez lui.
 
Il jeta un regard au travers de la fenêtre qui jouxtait l'entrée, puis, rassuré, il ouvrit.
 
- Bonsoir, fit-il, que faites-vous ici aussi tard ? Je peux vous aider ?
- Je ne voulais pas vous déranger, je passais par là et j'ai vu que c'était encore éclairé. Avec cette chaleur, j'ai du mal à trouver le sommeil et j'ai pensé que pour vous c'était la même chose, alors je me suis dit : "si on buvait un verre ensemble". J'espère que vous me pardonnerez mon audace.
- Pourquoi pas après tout, entrez, je viens juste de m'ouvrir une bière bien fraîche, je vous sers la même chose ?
- Ce n'est pas de refus, merci.
 
L'homme se dirigea vers la partie de la pièce qui lui servait de cuisine, sortit la boisson du réfrigérateur, et retourna vers son hôte.  
 
La stupeur le figea net. L'autre, qui avait pris sa place dans le fauteuil, braquait un revolver dans sa direction. Il leva instinctivement les bras, une canette de bière embuée dans une main, un verre dans l'autre.
 
- Mais qu'est-ce que….
- Avance, pose ça sur la table et approche.
 
L'homme obéit, oscillant entre la peur, la surprise et l'incompréhension.
 
- Retourne-toi.
 
Il obtempéra sans un mot et sentit le contact froid du canon de l'arme appuyé sur sa nuque.  
 
- On va dans ta chambre.
- Mais pourquoi ? Qu'est ce que je vous ai fait ? Qu'est-ce que vous me voulez? Je n'ai pas d'argent, il n'y a rien a voler ici…
- T'ai-je dit que je voulais de l'argent ? Allez, avance et ne discute pas.
 
L'homme s'exécuta. Ils pénétrèrent dans la chambre poussiéreuse. D'une main, l'autre sortit de sa poche un rouleau d'adhésif et le balança devant lui.
 
- Allez, ramasse et attache-toi les chevilles, et ne fais pas semblant, autrement…
 
La menace resta en suspens dans l'air qui se faisait de plus en plus lourd. L'homme transpirait maintenant à grosses gouttes, ses doigts glissaient sur le collant. Il s'assit sur le matelas pour parvenir à atteindre ses chevilles et s'appliqua à serrer ses liens.
 
- Bien, fit l'autre en lui lançant une paire de menottes, accroche-toi aux barreaux du lit.
 
Il suivit l'ordre, toujours sous la menace de l'arme. L'autre s'approcha, vérifia la solidité des liens et sortit de la pièce.
 
L'homme n'eut pas le temps de ressentir un quelconque espoir ou même du soulagement, que son hôte était déjà de retour, une solide batte de base-ball en main.
 
Il ouvrit la bouche pour hurler, mais son cri fut brisé net par un violent coup à l'arrière de la tête. Il vit la pièce tourner sur elle-même, une douleur aiguë lui traversa le crâne, puis plus rien, il venait de perdre connaissance.
 
Combien de temps était-il resté inconscient ? Il n'en avait pas la moindre idée et de toute façon, il n'était plus en état de réfléchir à quoi que ce soit. Il ouvrit péniblement les paupières, la douleur était toujours là, lancinante, il se sentait nauséeux, la chambre dansait toujours autour de lui, comme entraînée dans une folle ronde.
 
Il était à présent allongé sur le lit, de l'adhésif avait remplacé les menottes autour de ses poignets, il tenta d'appeler au secours et s'aperçut qu'on l'avait également bâillonné. Dans un ultime effort, il se redressa, le temps de voir qu'il était nu comme un vers, et retomba lourdement.
 
Puis il vit entrer dans la ronde une sorte d'ombre noire, tournoyant autour de lui comme un vautour.  
 
Soudain, une douleur atroce lui déchira le ventre, l'envie de vomir devint insoutenable, et cette impression qu'une main fouillait ses entrailles…Tout se mélangeait, la douleur, la peur, le vertige et les mots qu'il percevait : " Tu es un être impur, tu dois te repentir de tes péchés", lui murmurait-on à l'oreille. Lui parlait-on réellement ou bien n'était-ce que le fruit de son imagination en proie à un délire fiévreux ?
 
Quelques secondes plus tard, il n'entendait plus qu'un bourdonnement, ne ressentait plus aucune souffrance, il était presque bien, comme sorti d'un mauvais rêve. Si seulement il n'avait pas eu si froid…
 
Une larme roula le long de son visage, tout devint noir, le rideau de la vie venait de se baisser sur son dernier acte.  
 
L'ombre noire repartit aussi silencieusement qu'elle était arrivée. Tout redevint calme et tranquille, la chaleur enveloppait la ville endormie sous un duvet d'étoiles.
 
CHAPITRE 1 : THOMAS JACKSON
 
 
La rédaction du Daily Times était en effervescence en ce dimanche après-midi de juillet. L’actualité du week-end avait été dense, entre la visite d’un sénateur, un important vol d’explosifs dans une base de l’armée d'Annaville et les résultats sportifs, les sujets à boucler pour l’édition du lendemain ne manquaient pas.
 
Thomas Jackson terminait la rédaction d’un article concernant la saisie d’un important stock de marijuana à Falfurrias, à quelques kilomètres de la frontière mexicaine, non loin des rives du Rio Grande.
 
Il décida ensuite de s’accorder une pause cigarette dans la salle réservée aux fumeurs. A l’extérieur le mercure affichait 38°. Il préféra donc de loin la pièce climatisée, spécialement conçue pour les employés du journal qui, comme lui, ne parvenaient pas à se défaire de cette fâcheuse habitude.
 
Il regrettait le temps où il pouvait griller sa cigarette en toute liberté devant son clavier d’ordinateur, ça l’aidait à réfléchir, disait-il. Maintenant il devait faire comme les autres, et se contenter de la salle réservée qui lui donnait l’impression d’être parqué comme un pestiféré mis en quarantaine.
 
Thomas avait intégré l’équipe du Daily Times depuis déjà cinq ans. Il était spécialisé dans les faits divers en tout genre, et n’avait pas son pareil pour transformer une simple histoire de chien écrasé en article palpitant. C’était un bon, un très bon journaliste, qui jouissait de la reconnaissance de ses supérieurs.
A quarante ans révolus, ce célibataire endurci au regard aussi sombre que sa chevelure, aurait pu convoiter un poste de rédacteur en chef, mais cela ne l’intéressait pas, il se trouvait bien à la place qu’il occupait et comptait y rester.
 
Malgré ces qualités journalistiques, on ne pouvait pas dire que ses collègues l’appréciaient particulièrement.
 
Avec son caractère indépendant et solitaire, il avait peu de contact avec les autres et, depuis son arrivée à Corpus Christi, il n’était lié d'amitié avec qui que ce soit dans son entourage professionnel. La seule personne pour qui il semblait montrer un peu d’intérêt était l’Inspecteur Gavin Barnes, qu’il avait eu l’occasion de côtoyer à de nombreuses reprises sur le terrain.
 
Quelques-unes de ses collègues féminines n'étaient pas insensibles à son charme, mais il n'y prêtait guère attention. D'autres le trouvaient trop macho pour s'attarder sur son physique avantageux.
 
Il aspira sa dernière bouffée à pleins poumons et retourna à son box où une pile de courrier l’attendait depuis la veille. Il prit une lettre au hasard ; une lectrice lui adressait ses félicitations pour un article qu’il avait pondu sur sa fille avocate, à l’occasion d’un procès.  
 
Il la jugea sans intérêt, et la lettre termina son parcours dans la corbeille à papier.
 
Il méprisait les critiques, mais ne raffolait pas plus des compliments. A vrai dire, il se moquait éperduement de ce que les gens pouvaient penser de lui. Il faisait son travail comme bon lui semblait, et qu’on l’aime ou non, était le dernier de ses soucis.
 
Après avoir fait subir le même sort aux quatre premiers courriers, une lettre finit par retenir sa considération. L’enveloppe se dénotait des autres par sa grande qualité, on devinait aisément que la personne qui écrivait y avait apporté un soin tout particulier.
 
Jackson ne l’arracha d’ailleurs pas d’un coup sec, façon dont il procédait habituellement pour l’ouverture du courrier, mais se donna la peine d’utiliser son coupe-papier.
 
La page était de même facture. Des lettres capitales, visiblement appliquées au porte-plume, lui conféraient un caractère ancien. Le contenu n’en était pas moins surprenant :
 
A L’ATTENTION DE THOMAS JACKSON
 
AU 1080 LAKE STREET CORPUS CHRISTI
 
DIEU EST AMOUR
 
Aucun doute, cette lettre lui était bien personnellement destinée, mais dans quel but ? Une simple adresse, pas de signature, mais ces quelques mots avaient suffi à aiguiser sa curiosité.
 
Il était encore tôt, il décida donc de se rendre sur place.
 
Par principe, il en avisa son rédacteur en chef, coiffa son casque avant même d’avoir franchi la porte, et, lunettes de soleil bien calées sur le nez, sauta sur son scooter noir.
 
Moins de dix minutes plus tard, il stationnait son engin contre un poteau électrique de Lake Street, juste devant le numéro 1080.  
 
C’était une de ces maisons de bois du bord de mer, comme il en existe des centaines à Corpus Christi, une petite maison peinte en blanc, sans prétention, entourée d’un jardin à l’herbe jaunie par le soleil brûlant des bords du Golfe du Mexique.
 
Un rapide coup d’œil à la boîte aux lettres lui apprit qu’un certain Stuart Marlowe habitait là. Dans un grincement aigu, il poussa la barrière de métal bringuebalante, et en quelques enjambées, se retrouva devant la porte d’entrée.
 
Un carillon suspendu faisait office de sonnette. Il l’actionna énergiquement à plusieurs reprises, mais personne ne semblait décidé à venir l’accueillir. Avant de repartir, il fit le tour de la maison et se hissa sur la pointe des pieds jusqu’à ce que ses yeux arrivent à hauteur d’une fenêtre. De l’endroit où il se trouvait, il distingua un homme allongé nu sur un lit. Il tapa au carreau crasseux mais n’obtint pas plus de réponse, l’homme nu restait sourd et immobile. Il insista encore quelques instants, en vain.
 
Trouvant cela relativement intriguant, il songea à appeler Gavin Barnes, puis jugea qu'il serait plus facile pour lui d'expliquer la situation de vive voix, avec la fameuse lettre à l'appui. Sans perdre plus de temps, il décida donc de rendre une petite visite à son unique "ami ".
 
Les hommes du commissariat étaient habitués à le voir débarquer à toute heure du jour ou de la nuit, à l’affût de la moindre information. Il était loin de faire l’unanimité au sein de l’équipe, notamment à cause de son arrogance, disons qu’on le tolérait du fait de son entente avec Barnes.
 
- Gavin est dans le coin ? lança-t-il à la cantonade sans même prendre la peine de se fendre d’un simple bonjour.
- Dans son bureau, répondit sèchement l’officier de garde derrière le comptoir d’accueil.
- OK je monte !
- Ben voyons, fais comme chez toi mon pote ! Toujours aussi poli celui-là, commenta Steven Reed, je me demande comment fait Barnes pour supporter ce type, rien que de le voir, j'ai l'eczéma qui se réveille.
 
Reed était également Inspecteur. Malgré ses tempes grisonnantes et une légère calvitie naissante, il conservait une allure sportive et élancée. C'était un homme de taille moyenne, toujours tiré à quatre épingles, qui mettait un point d'honneur à ne jamais sortir de chez lui sans avoir soigneusement noué sa cravate, ni s'être rasé de près.
Proche de la retraite, il lui restait deux ans à effectuer avant de pouvoir aller se la couler douce sous les palmiers d’Honolulu, comme il aimait à le répéter. Personne ne savait en quoi les palmiers d’Honolulu étaient différents des palmiers texans, ni s’il projetait réellement de se retirer à Hawaii, mais chacun connaissait cette phrase qu’il répétait au moins une fois par jour à qui voulait l’entendre, et à qui ne voulait pas également, d’ailleurs.
 
De nature bougonne, il pouvait se targuer d'inspirer le respect à l'ensemble de ses collègues. Sa franchise, souvent poussée à l'extrême, faisait de lui un homme qui ne mâchait pas ses mots, mais au pire, pouvait-on lui reprocher un manque de diplomatie, cela n'enlevant rien à sa droiture et à ses grandes qualités d'enquêteur. Il se comportait dans le travail, comme dans la vie, en homme juste et loyal, tant qu'on ne lui marchait pas sur les pieds.
 
Jackson monta quatre à quatre l’étage qui le séparait du bureau de Barnes, toqua deux ou trois coups contre la porte, et entra avant même qu’on l’invite à le faire.
 
- Salut Gavin !
- Salut Tom, qu’est-ce qui t’amène ? demanda Barnes en levant le nez du dossier dans lequel il était plongé.
 
Gavin Barnes était un jeune inspecteur d’à peine trente ans, qui avait gravi les échelons avec une rapidité étonnante. Il se disait chanceux, et en règle générale, réussissait tout ce qu’il entreprenait. La seule chose qu’il avouait avoir loupée était son mariage, qui n’avait résisté que trois ans à ses absences et retards à répétition. Sa femme, Stacey, lui avait un jour demandé de choisir entre elle et sa carrière, et la pauvre n’avait pas pesé bien lourd dans la balance face au bourreau de travail qu’était Gavin.
 
Stacey, de son côté, occupait un poste de secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats renommé de la ville, spécialisé en droits commerciaux. Elle aimait son travail, mais ne pouvait pas concevoir qu'on lui sacrifia sa vie de famille. Le moment de la séparation venu, chacun campa sur ses positions, pourtant s'ils avaient dû révéler leurs sentiments respectifs, il se serait avéré à coup sûr, qu'ils étaient encore amoureux l'un de l'autre.
 
Le divorce fut réglé rapidement, et pour simplifier les choses, il quitta leur maison et partit s’installer à l'hôtel Sea View sur le front de mer. Trois ans plus tard, il y vivait encore.
 
- Voilà ce qui m'amène, répondit Jackson, en lui tendant la lettre reçue un peu plus tôt, je me suis rendu sur place et j'ai aperçu un type au travers de la fenêtre. Il est à poil sur son lit et ne répond pas, j'ai tapé sur le carreau comme un forcené et il n'a pas bougé une oreille...
- Quand as-tu reçu cette lettre ?
- C'est certainement arrivé samedi dans la journée, je l'ai trouvée tout à l'heure dans ma pile de courrier.
- Tu connais ce mec ?
- Non, jamais vu, j'ai relevé le nom sur la boîte aux lettres et il ne me dit rien.
- Et t'en penses quoi ?
- Je pense que le type est aussi raide que la justice et que tu ferais bien d'aller y faire un tour, si tu veux mon avis.
- Je suppose que tu souhaites m'accompagner ? Tu connais la règle, pas de photo !
- Oui je sais, je me contente de l'extérieur...
- Alors, en route, on va tout de suite aller vérifier ta petite histoire !
 
Barnes leva son mètre quatre-vingt-dix, ajusta sa plaque à sa ceinture, s'assura de la main d'avoir son Smith et Wesson bien en place dans le holster, passa une veste légère et s'engagea dans l'escalier.
 
- Reed, tu viens, on a peut être un macchabée sur Lake Street.
- OK, soupira-t-il, ignorant ce qui lui pesait le plus entre aller découvrir un cadavre par cette chaleur, et devoir supporter la présence de Tom Jackson.  
CHAPITRE 2 : SUE SYMMOS
 
 
Les trois hommes s'installèrent dans le véhicule de service de Barnes et traversèrent la ville à toute allure. Une fois sur place, ils se garèrent en travers de l'allée de terre qui longe Lake Street.
 
Comme l'avait fait Jackson quelque temps auparavant, Barnes fit tinter le carillon de l'entrée, puis lui demanda de désigner la fenêtre par laquelle il avait aperçu "le mort".
 
Jackson lui fit faire le tour de la maison, montra du doigt l'ouverture à la peinture écaillée et aux vitres opaques, et Barnes put à son tour constater que l'homme ne bougeait pas.
 
- On va entrer avec Reed, Tom tu nous attends ici.
- Ce mec est peut-être juste en train de cuver une bonne cuite, fit Reed, toujours optimiste quant à l'avenir de son prochain.
 
Barnes fit tourner la poignée de la porte d'entrée, qui s'ouvrit sans bruit. Jackson était resté le nez collé à la fenêtre, tentant d'apercevoir quelque chose à travers la couche de crasse qui recouvrait les carreaux.
 
Les deux inspecteurs pénétrèrent dans la maison et atterrirent directement dans une petite cuisine qui servait également de salle à manger, à moins que ça ne soit le contraire. Il remarquèrent la présence de deux canettes de bière, dont l'une était décapsulée, et de deux verres. Quelqu'un avait préparé ces boissons, mais visiblement, ceux qui devaient en profiter y avaient renoncé.  
 
- Il y quelqu'un ? brailla Reed, Monsieur Marlowe ! Vous êtes là ?
 
N'obtenant aucune réponse, ils frappèrent à la porte de l'unique autre pièce. Tout était silencieux, seuls des bourdonnements de mouches se faisaient entendre au travers de la fine cloison de bois.
 
- T'entends ça Steven ?  
- Ouais ! c'est pas bon signe, répondit-il laconiquement. Bon, allez, je me dévoue, ajouta-t-il en poussant la porte.
 
A peine avaient-ils mis un pied dans la chambre, qu'ils prirent un mouchoir dans leur poche, et se l'appliquèrent sur le nez avec une parfaite synchronisation.
 
- Pouah ! Il est bien mûr celui-là, s'exclama Reed, qu'est-ce qu'il schlingue !
 
Etendu sur le lit, raide comme un piquet, les bras bien alignés le long du corps, les yeux et la bouche grands ouverts, l'homme semblait compter les mouches qui virevoltaient autour de lui. Il baignait dans une mare de sang, les parois de bois et le parquet en étaient également maculés. Au sol, ils remarquèrent des vêtements en vrac, couverts de sang, ils avaient été lacérés puis balancés au pied du lit.
 
La température élevée accentuait tellement la puanteur de l'air environnant, que n'importe qui pénétrant dans cette pièce aurait à coup sûr été pris de nausées. Barnes et Reed semblaient supporter sans trop de difficulté l'odeur de décomposition. Il faut préciser que dans cette région du Texas, lorsqu'un cadavre est découvert, avec la chaleur ambiante, il est rarement de la première fraîcheur, et les deux hommes étaient habitués à se retrouver dans ce genre de situation.
 
Ils s'approchèrent du lit. La victime avait été éventrée, et la large ouverture qui s'étendait de l'ombilic jusqu'au sternum, laissait apparaître ses entrailles où grouillaient déjà des centaines de larves.
 
- Merde ! regarde ça ! fit Barnes en désignant le mur contre lequel s'appuyait la tête de lit.
 
Une inscription, peinte avec ce qui semblait être du sang, couvrait une partie du mur. En grosses lettres, on avait inscrit : 7 - DIES IRAE, et juste en dessous, comme une signature : SUE SYMMOS.
 
- Qu'est ce que ça veut dire ? demanda Reed.
- Dies Irae, je crois que j'ai déjà entendu ça quelque part, mais j'ignore ce que cela signifie, Sue Symmos, ça ressemble à un nom... J'appelle le légiste et la scientifique, va jeter un œil dehors pour voir ce que fait Tom.
 
Pas mécontent de sortir prendre l'air, Reed ne se le fit pas dire deux fois. Il trouva Jackson assis sur le pas de la porte, patientant sagement.
 
- Alors ? demanda-t-il, qu'est ce que vous avez trouvé ?
- T'avais pas tort, il y a bien un macchabée là dedans. Tu peux entrer mais ne touche à rien et surtout pas de photos.
- Pas la peine de me le rappeler toutes les cinq minutes, je connais les règles de la maison.
- Peut-être, mais je préfère insister, avec vous les journalistes, on n'est jamais sûr de rien, répondit Reed d'un ton cassant.
 
Barnes était plongé dans l'examen du contenu d'un portefeuille trouvé sur la table de chevet.
 
- Ca m'a tout l'air d'être le propriétaire des lieux, fit-il en approchant le permis de conduire du visage de la victime. Stuart Marlowe, 27 ans, race blanche. J'ai aussi trouvé une carte de bibliothèque à son nom, une carte de crédit et un peu de monnaie.
- Merde Reed, t'aurais pu me prévenir, s'exclama Jackson avec un haut le cœur.
- Tu ne m'as rien demandé, répondit-il, fier de son effet.
- C'est bon tous les deux, arrêter de vous chamailler. L'inscription sur le mur, ça t'évoque quelque chose Tom ?
 
Sans retirer sa main de devant sa bouche, il lut le message et fit non de la tête.
 
Peu de temps après, l'équipe scientifique fit son entrée, suivie de près par le légiste, le Docteur Miguel Rodriguez, un homme d'une quarantaine d'années, diplômé de l'Université du Texas à Austin, avec une spécialisation en chimie organique, et établi à Corpus Christi depuis dix ans. C'était un original, dans sa façon de vivre aussi bien que dans ses tenues vestimentaires aux couleurs voyantes, ce qui n'ôtait rien à ses capacités professionnelles. Il avait installé sa femme et ses deux enfants sur un somptueux bateau amarré dans le port de plaisance. A ceux qui s'en étonnaient, il expliquait que quitte à vivre au bord de la mer, autant vivre dessus. En dehors de ses petites excentricités, c'était un homme d'une patience exemplaire et d'une grande bonté d'âme, toujours prêt à rendre service.
 
- Et bien, il n'est pas très frais votre client ! s'exclama le Docteur Rodriguez en s'approchant du cadavre, à première vue, je dirais qu'il marine dans son jus depuis au moins trois jours. Ah, ajouta-t-il en marquant un temps d'arrêt devant l'inscription sur le mur, je vois qu'il vous a laissé un mot doux !  
- Vous connaissez le sens de cette phrase ? questionna Barnes, avide d'en apprendre un peu plus.
- Oui, au moins en partie, j'ignore qui est Sue Symmos et le pourquoi du chiffre 7, par contre, j'ai suivi des cours de latin à la fac et Dies Irae signifie "jour de colère". Ce sont les premiers mots d'un poème appelé également la prose des morts, on le chante, par exemple, lors d'une messe de requiem.  
- Ce message a donc une connotation religieuse ? Ca rejoint le contenu de ton courrier Tom, commenta Barnes.
- On dirait bien, en effet, répondit Jackson, qui s'était enfin résolu à retirer la main de devant sa bouche.
- Qui d'autre que toi a touché cette lettre ?
- Personne, à part moi et le rédac chef, pourquoi ?
 
 
 
 

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