Petit poème Dada en hommage à Isidore Ducasse
Lettre à Lautréamont
L’incendie passé s’était réveillé,
L’un sentit passer le grand danger,
L’autre, à mon avis, creva brûlé.
Lautréamont, mon ami, dévore ses années !
Tu es tarentule de peine et de transe.
Alors danse, danse tant qu’il, tranquille,
Ne saura que valser les tarentelles.
Tu seras tutelles des gardiens de
Ses terreurs…
Celui qui vit, laisse le moi, il respire tant.
Sa transpiration, je la boirai et en ferai sang
Sa tante prie à son chevet, c’est attendrissant.
Lautréamont, mon ami, laisse m’en un sur cent !
Tu es trop maladroit pour ne pas être poète.
Moi je suis malade, trop droit pour l’être,
Un malandrin qui pisserai sa sueur sur leurs têtes.
Peut-être, je pourrais être… Petite tête je t’ôterai
Tes terreurs…
Que faire de la tante ? Elle sent le thé.
Alors subissons l’attente et si j’étais tenté.
D’y attenter. Tenté en bonne entente de la tuer ?
Lautréamont, mon ami, tu es trop jeune pour elle !
L’eau des amants ne se mêle aux jaunes parcelles
Du pus de ta haine. Ne tue pas, tu n’serais pas…
N’es-tu pas, n’est-ce pas, le Ducasse céleste ?
Elle n’est du zeste qui épargne les bas incestes
Par terreur.
Voici mon cœur, offert à tes abstractions
Vois, ici, mon corps ouvert à tes adorations
Voue les six porcs qui crèvent ma déraison!
Lautréamont, mon ami, regarde à l’horizon
Entends Maldoror qui me déteste et me fuit
Entre le mal d’aurore et l’abandon des nuits
Moi qui n’ai d’honneur que l’or de tes écrits
Et qui ne vis ces heures que pour jeter au puits
Tes terreurs…