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Discussion : L'ethique de Spinoza permet-elle à l'homme de se réaliser librement ? |
| proproche |
Sandra_ a écrit :
Ce qu'il faut savoir, c'est que le mot Nature pour Spinoza, c'est le système des lois qui régissent et expliquent le monde. La "nature naturante" s'identifie à Dieu en tant que créateur et conservateur de toutes choses. La "nature naturée" désigne l'ensemble des choses crées.
Par sa critique des religions révélées, et par sa défense de la démocratie et des libertés individuelles, Spinoza ouvre la voie au rationalisme, au déisme (Doctrine qui adment l'existence d'un dieu dans la nature tout en rejetant les religions révélées et les dogmes) et à la pensée politique des Lumières. Le système hégélien lui doit également beaucoup. Dans une autre perspective, Spinoza ouvre la voie de la psychanalyse. En effet, son analyse du désir comme moteur fondamental de nos actes et son insistance sur la nécessité de connaître les causes de nos passions annoncent les théories de Freud.
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Je ne sais pas si l'on peut parler de "déîsme" chez Spinoza. Schopenhauer (cf. Le monde comme Volonté et comme représentation" n'y voit qu'un "théïsme nominal". Et Roland Omnès (cf Alors l'un devint deux, NBS Flammarion) dit qu'un raccourci fréquent veut y voir un panthéïsme. Mais peu importent les noms et les étiquettes des doctrines. L'intérêt profond que je trouve à la pensée de Spinoza est qu'elle ne referme pas les questions par des réponses hâtives, que son Ethique donne peu de directives (ou elles sont surtout circonstanciées et liées à son époque, à son besoin de se positionner en son époque de troubles). Pour le reste, Spinoza exhorte à reconnaître les lois de la nature comme les seules avérées, indéniables, indiscutables (encore qu'il nous dise aussi dans le Traité théologico-politique que c'est seulement par métaphore qu'on emploie le nom de "lois" pour des lois naturelles ; mais quel autre nom employer ?). Je vois volontiers dans Spinoza un précurseur de Freud (comme dans Schopenhauer, avec le pessimisme radical en plus, tandis qu'un optimisme modéré subsiste toujours chez Spinoza, où il reste toujours un coin de ciel bleu). Je suis beaucoup plus réticent à voir dans Hegel un continuateur de Spinoza. Certes Schopenhauer ne répond pas directement (ni essentiellement) à Spinoza, mais à Kant. Hegel aussi mais en répudiant toute la logique classique. Dès lors que reste-t-il chez Hegel de Spinoza qui s'inspire directement d'Euclide? Si l'on veut connaître les lois de nature, au vingt et unième siècle, je suis enclin à suivre Roland Omnès qui nous incite à tenir la physique pour leur quintessence, et le débat physique du vingtième siècle (entre Einstein, Bohr et Heisenberg) s'inspire centralement de Kant. L'absence de libre arbitre ne résulte plus de la né"cessité... mais du hasard.
J'espère que c eci éclaire un peu le débat... |
| proproche |
Sandra_ a écrit :
Ce qu'il faut savoir, c'est que le mot Nature pour Spinoza, c'est le système des lois qui régissent et expliquent le monde. La "nature naturante" s'identifie à Dieu en tant que créateur et conservateur de toutes choses. La "nature naturée" désigne l'ensemble des choses crées.
Par sa critique des religions révélées, et par sa défense de la démocratie et des libertés individuelles, Spinoza ouvre la voie au rationalisme, au déisme (Doctrine qui adment l'existence d'un dieu dans la nature tout en rejetant les religions révélées et les dogmes) et à la pensée politique des Lumières. Le système hégélien lui doit également beaucoup. Dans une autre perspective, Spinoza ouvre la voie de la psychanalyse. En effet, son analyse du désir comme moteur fondamental de nos actes et son insistance sur la nécessité de connaître les causes de nos passions annoncent les théories de Freud.
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Je ne sais pas si l'on peut parler de "déîsme" chez Spinoza. Schopenhauer (cf. Le monde comme Volonté et comme représentation" n'y voit qu'un "théïsme nominal". Et Roland Omnès (cf Alors l'un devint deux, NBS Flammarion) dit qu'un raccourci fréquent veut y voir un panthéïsme. Mais peu importent les noms et les étiquettes des doctrines. L'intérêt profond que je trouve à la pensée de Spinoza est qu'elle ne referme pas les questions par des réponses hâtives, que son Ethique donne peu de directives (ou elles sont surtout circonstanciées et liées à son époque, à son besoin de se positionner en son époque de troubles). Pour le reste, Spinoza exhorte à reconnaître les lois de la nature comme les seules avérées, indéniables, indiscutables (encore qu'il nous dise aussi dans le Traité théologico-politique que c'est seulement par métaphore qu'on emploie le nom de "lois" pour des lois naturelles ; mais quel autre nom employer ?). Je vois volontiers dans Spinoza un précurseur de Freud (comme dans Schopenhauer, avec le pessimisme radical en plus, tandis qu'un optimisme modéré subsiste toujours chez Spinoza, où il reste toujours un coin de ciel bleu). Je suis beaucoup plus réticent à voir dans Hegel un continuateur de Spinoza. Certes Schopenhauer ne répond pas directement (ni essentiellement) à Spinoza, mais à Kant. Hegel aussi mais en répudiant toute la logique classique. Dès lors que reste-t-il chez Hegel de Spinoza qui s'inspire directement d'Euclide? Si l'on veut connaître les lois de nature, au vingt et unième siècle, je suis enclin à suivre Roland Omnès qui nous incite à tenir la physique pour leur quintessence, et le débat physique du vingtième siècle (entre Einstein, Bohr et Heisenberg) s'inspire centralement de Kant. L'absence de libre arbitre ne résulte plus de la né"cessité... mais du hasard.
J'espère que c eci éclaire un peu le débat... |
| Sandra_ |
Cher @bstr@it,
j'aime votre insolence , en effet si dire (heu ma grande, tu crois pas que tu t'emmèles les pédales!). C'est être insolent pour ne pas induire en erreur. on n'a beaucoup à apprendre des autres, c'est ce que je pense.
En effet j'ai développé la thèse, mon erreur et de n'avoir pas développé aussi l'antithèse. je vous là soumet.
Spinoza nie le libre arbitre;
Contrairement à Décartes, Spinoza rejette le rôle essentiel de la volonté: L'homme ne dispose pas de libre arbitre. Il n'a pas d'autre choix que de conformer ses idées à l'ordre des choses. Il n'y a pas de morale transcendante, pas de récompense ni de punition après la mort.
Le fatalisme de Spinoza s'oppose au progrès
Pour Spinoza, l'éthique consiste à appprécier les évènements de la vie à leur juste valeur, et non à les modifier. Une telle attitude confine au fatalisme et s'oppose au progrès. Aquoi sert de connaître la nature si l'on ne peut rien y changer? Pour la mentalité moderne, il ne suffit pas de mettre en lumière les maux dont souffrent les hommes dans la société. Comme dit Marx, ce n'est pas assez de connaître le monde, il faut le transformer.
Le spinozisme lutte contre une certaine forme de désespoire.
Spinoza dit que pour être heureux, il suffit d'avoir une vision intellectuellement juste du monde. N'est-ce pas là être heureux à bon compte? Comprendre que la mort est une nécessité de la nature ne soulage pas forcément d'un sentiment d'absurdité. Peut-être le système spinoziste cache t-il une tentative pour lutter contre ce désespoir...
Il ne suffit pas d'accepter l'ordre du monde après l'avoir compris pour atteindre à la liberté. La liberté passe par un refus de la soumission de l'ordre naturel.
" Nous ne savons avec certitude rien qui soit bon ou mauvais, sinon ce qui conduit réellement à comprendre, ou ce qui peut nous empêcher que nous ne comprenions." Spinoza
je renouvelle mes plus plates excuses, auprès des lecteurs.
au plaisir de vous lire,
Cordialement Delphine
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| Sandra_ |
Bonjour Didier,
Merci pour votre réponse. En effet j'ai beaucoup apprécié ce passage.
Ce qu'il faut savoir sur l'Ethique de Baruch Spinoza, C'est que c'est une recherche du bonheur individuel et collectif. Elle pose comme premier principe que la liberté réside dans la connaissance de la nature, dont Dieu est l'ordonnateur.
Pour Spinoza, le désir est l'essence de l'homme;
Le principal moteur de l'homme, c'est le désir. Mais la plupart des hommes sont ignorants des mécanismes qui les gouvernent parce qu'ils sont soumis à la nature. Ils vivent donc passivement, impuissants face à des forces et à des passions dont ils ne connaisssent pas la cause. Pour agir librement, il importe donc de suivre sa raison plutôt que ses passions. La raison nous permet de comprendre les mécanisme du monde; ainsi que le voulait Descartes, mais pour accorder nos désirs à l'ordre des choses et ainsi atteindre le bonheur.
L'existence de lois naturelles ne contredit pas notre liberté.
Il est évident que la vie humaine est soumise à certaines contraintes (tout homme est soumis à la loi de la chute des corps). Ces contraintes déterminent le cadre de notre liberté. Pour Spinoza, agir librement c'est connaître la nécessité qui nous régit, penser en accord avec la nature des choses, et non selon notre imagination.
C'est parce que je veux, par ignorance, m'opposer à l'ordre des choses que je me prive de vivre librement.
La liberté vraie conduit à connaître la béatitude.
Pour Spinoza, le bonheur suprême consiste à connaître Dieu, c'est-à-dire aussi les lois de la nature, éternelles et immuables. Une fois qu'il y est parvenu en se débarrrassant des illusions de la passion, de l'imagination, Le philosophe accède à la béatitude, connaissance vraie de l'ordre des choses.
Spinoza a eu le mérite d'avoir mis en lumière l'idée selon laquelle la libération progressive de l'homme se fait à partir d'une connaissance rationnelle sans cesse plus grande de la nature, de l'homme, de la société. Ayant vécu dans un siècle de dogmatisme religieux, Il a voulu libérer l'humanité du joug des dogmes et des croyances. C'est la raison pour laquelle il a été condamné pour athéisme. A la notion de Providence divine, il substitue la notion de nécéssité accessible à la raison. Cependant, il ne suffit pas d'établir que le remède au malheur réside dans la connaissance rationnelle de l'ordre nécessaire des choses. Il faut encore utiliser cette dernière pour transformer le monde et permettre à l'humanité de se réaliser.
"L'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation, non de la mort, mais de la vie." Baruch Spinoza.
j'espère avoir éclairé votre lanterne, ça reste un livre puissant pour moi.
Cordialement, Delphine.
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