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Discussion : nouveau sujet ; le sujet
@bstr@it Plus simplement et une phrase, mais peut être que je me trompe (donc ne me crois pas sur parole), la transcendance ne provient pas d'un sujet (qui choisit son existence), mais d'un corps (qui cherche son devenir) dans l'expérience immanente de ses désirs - donc dans son inconscient -. Tu vois la différence?
 
C'est dans le fait que le corps peut se laisser guider par l'inconscient que Deleuze trouve une dimension transcendante à l'humanité. Alors que la psychanalyse et Freud disent le contraire : il ne faut pas écouter son inconscient et retrouver son moi. Beau paradoxe n'est ce pas? Mais c'est peut être bien que la psychanalyse s'inscrit dans la dualité corps esprit. Même pire une trinité : Le moi, le çà et le surmoi (on est presque dans un dessin animé avec le démon à gauche et l'ange à droite) Deleuze non, évidemment, tout ne forme qu'un : le corps, le moi et l'inconscient.

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@bstr@it Plus simplement et une phrase, mais peut être que je me trompe (donc ne me crois pas sur parole), la transcendance ne provient pas d'un sujet (qui choisit son existence), mais d'un corps (qui cherche son devenir) dans l'expérience immanente de ses désirs - donc dans son inconscient -. Tu vois la différence?
 
C'est dans le fait que le corps peut se laisser guider par l'inconscient que Deleuze trouve une dimension transcendante à l'humanité. Alors que la psychanalyse et Freud disent le contraire : il ne faut pas écouter son inconscient et retrouver son moi. Beau paradoxe n'est ce pas? Mais c'est peut être bien que la psychanalyse s'inscrit dans la dualité corps esprit. Même pire une trinité : Le moi, le çà et le surmoi (on est presque dans un dessin animé avec le démon à gauche et l'ange à droite) Deleuze non, évidemment, tout ne forme qu'un : le corps, le moi et l'inconscient.
wire Ok. Il va me falloir creuser un peu plus du coté de Deleuze, ça à l'air d'en valoir le coup. Je comprends mieux pourquoi on en a fait le philosophe des artistes, des "déviants", des libertaires, etc.. Difficile problème que celui du sujet en tous cas, qui ne se laisse pas cerner sur le mode du vrai/faux (un de plus !).
@bstr@it Non, c'est différent. Chez Deleuze çà n'a rien à voir avec une révolte de l'être sur sa condition d'existence, mais plutôt une "révolution moléculaire". C'est plus complexe, c'est le versant vitaliste de Deleuze donc çà devient compliqué. Il n'est absolument pas humaniste, plutôt vitaliste, voilà c'est çà, car la transcendance dont il parle dépasse l'humain conscient, il me semble (je suis pas sûr, je ne suis pas spécialiste), c'est à dire qu'elle ne concerne pas la conscience (comme il me semble que çà soit le cas chez Camus) mais plutôt la machine organe. Le corps va combattre ses organes avec des pulsions de vie. On ne peut pas enfermé le corps dans un organisme fermé : la société par exemple. Biologiquement et chimiquement (à toi de choisir) le corps le supporte mal. Et donc va développement une résistance moléculaire en ce construisant des devenirs. L'artiste est pour Deleuze un devenir animal, l'écrivain aussi... Si tu veux le "corps sans organes" ne s'adressent pas à l'intelligence de l'intellect (ce n'est pas un sentiment d'injustice) mais à l'intelligence du corps...
Tu vois, c'est très différent.
wire Je vois, c'est un point de vue assez synthétique en effet. Nous sommes sujets mais jusqu'à une certaine limite, passé laquelle le corps sans organes envoie tout bouler; de là nous nous orientons vers un nouveau devenir, le processus pouvant être répété indéfiniement. Ca me rappelle le concept de la revolte d'Albert Camus (oui oui le philosophe pour classes de terminale, j'assume  :) ), d'après lequel le dominé accepte les humiliations du dominant ici aussi jusqu'à une certaine limite, celle-ci délimitant le noyau irréductible d'humanité de chaque être. Si le dominant la transgresse, il y a révolte, et c'est aussi par la reconnaissance réciproque de ce sentiment, de révolté à révolté, que se fonde selon Camus l'universalité de l'humain. Mais alors... Deleuze humaniste??
@bstr@it Justement avec Deleuze il ne faut pas penser la binarité... Mais la multiplicité, ou plutot le un vecteur de multiplicités. Parce que dans l'immanence de Deleuze il y a, me semble-t-il un plan de transcendance avec le "corps sans organes". Si tu veux pour Deleuze - il l'explique notamment dans "L'anti-Oedipe" - on a beau programmé le corps avec les savoirs (considéré comme des vérités absolus), il y a toujours un moment où le corps va mal supporter son organisation (machine organe), lors d'une expérience quelconque. Ou il va nier le monde, ou plus précisément la réalité, va entrer dans des devenirs. Il va se positionner en "anomalie", à la limite de la raison et de la folie, c'est notamment le cas des artistes, il me semble.
Pour dire les choses plus simplement : la connaissance et la fabrication du corps sur le modèle morale en vogue sculpte la normalité de l'anatomie par un organisme corporel, vital et social. Mais celle-ci ne peut pas atteindre une certaine profondeur psycho-biologique de l'individu (un certaine zone oeuf, recherche par le "corps sans organes" ), la psychanalyse en avait conscience et a préféré diabolisé (avec les plusions de mort) cette partie de l'être : le çà (l'inconscient).  
Ce besoin de continuer à créer, cette volonté de se dépasser, cette envie de toujours expérimenter, même dans l'interdit. Cela démontre quelque chose!
 Nous avons bien vu que dans notre société policière, la désobéissance continue d'exister. Ce qui prouve bien qu'il persiste un moyen de transcender réellement notre milieu, bien sûr dans un contexte de vie très particulier. Et avec, parfois, des conséquences dramatiques. Mais voilà...
Enfin voilà, je sais pas si tu vois ce que je veux dire...
wire Merci pour ta riche intervention, @bstr@it. Il y a juste une nuance que je ne saisis pas dans ton discours. A vrai dire, je ne comprends pas comment le sujet, dès lors que dans sa conception classique il prend le monde à son compte, et qu'il adopte une position transcendante par rapport à lui (= qu'il devient Dieu), peut continuer d'exister tout en perdant cette position. C'est ce que tu expliques avec Deleuze en fait, qui "renoue avec le sujet" ; mais comment lui, qui est il me semble un partisan de l'immanence (raison pour laquelle il hait tant la psychanalyse), peut-il à la fois se placer du coté du sujet? C'est là que très binairement ma logique butte !
@bstr@it Tu as très bien poser le sujet en tout cas Wire.
Et tu as répondu toi même à ta question en quelque sorte. En effet en philosophie il existe deux écoles de pensée : le sujet transcendant(phénoménologie) et le sujet immanent (expérimentation).
A propos de Foucault tu as parfaitement raison, avec Nietzche, Blanchot et Bataille, il nie la transcendance, pour Deleuze c'est plus compliqué.
Pour le sujet transcentale, comme tu la dis, il y a les psychanalystes et les humanistes qui restent encore aujourd'hui figé dans cette position, on pense alors tout de suite à l'ouvrage "L'existentialisme est un humanisme" et en effet, Sartre était un penseur contemporain de la transcendance.
Pour ma part, je ne suis ni du coté de l'un, ni du coté de l'autre, je pense que c'est Deleuze, qui après Antonin Artaud, donne la bonne solution d'après moi, avec le "corps sans organes".
Foucault n'a pas tort lorsqu'il dit, avant les féministes et le mouvement queer, que tout est du culturel. C'est à dire que le corps, le comportement, l'opinion est pleinement dirigé par le pouvoir, c'est ce qu'il nomme le biopouvoir (qui est l'addition de ce qu'il nomme l'anatomo-politique -politique du corps- et la biopolitique -politique de la croissance démographie-).
Quelque part, à l'instar de Merleau Ponty, qui affirme que ce sont les autres qui nous constituent, on ne peut nier que notre corps se comporte en fonction d'un environnement politique et sociale particulier. Et que ceux qui refuse de "bien se comporter", ceux qui ont des pratiques "déviantes" sont des malades à soigner. Ainsi on a maltraité les femmes "trop libre" et les homosexuelles. Donc la liberté a ses limites dans un régime de penser. Certaines croyances, qu'elle soit religieuse ou sociale, refuse absolument l'idée d'une femme libérée ou de l'homosexualité. Donc nous voyons bien que le milieu intellectuel de l'individu va pleinement influencé son opinion, n'est ce pas...
Cependant... Il reste les aliénés, les anormaux, les pervers, les créatures d'hopitaux, ceux qui ne rentre pas dans la norme et que l'administration corrige à travers des dispositifs sociaux.  Dans "Surveiller et punir", Foucault décrit parfaitement ces dispositifs : l'école, les camps militaires, l'hopital, l'église et bien sûr le pénitencier.
De plus certains intellectuels qui avaient connaissance d'autres possibilités de culture, de possiblités de vivre différemment dans d'autre continent, ont commencés à se rendre compte que la civilisation occidentale et ses valeurs n'étaient en aucun cas universelles. Cà a commencé avec le surréalisme et surtout Antonin Artaud, puis cela s'est prolongé avec la figure artistique du "moderne primitif" (Fakir Musafar).
Artaud avait d'abord pensé que les autres cultures et leur rites théâtraux étaient la clé pour renouer avec soi et être le sujet de soi-même au milieu d'une culture outrée. Mais il a vite déchanté... Puis il s'est rendu compte que la répétition de certains gestes quotidiens (qui deviennent donc une règle d'existence), quelque soit la culture et le continent, anéantissait la notion de sujet et la possibilité d'être.
Il demeure néanmoins une piste intéressante pour renouer avec une certaine liberté du corps dans le choc culturel, l'inhabituel.
Seulement il faut que ce choc gagne le coeur de sa propre vie, et devienne une spontanéité.  
Alors Deleuze s'est fortement intéressé à toutes ces idées, a repris la notion de "corps sans organes" à Artaud, et a écrit ces deux grands volumes "Capitalisme et schizophrénie".
En gros Deleuze voit dans l'expérimentation la possibilité de renouer avec le sujet. IL faut "déprogrammer" l'humain, c'est à dire effacer toutes ces anciennes connaissances, et réapprendre à vivre (réapprendre à faire l'amour, réapprendre à ce comporter, réapprendre à communiquer, etc...), ainsi il s'est beaucoup intéressé aux corps drogués, aux corps masochistes, hypocondriaque, etc... pour résumer aux corps minoritaires (les homos aussi, bref tout ce qui n'est pas la majorité). Pour lui il s'agit d'organisme rebel qui refuse toute organisation de l'être dicté par la société. Seulement deuxième désenchantement, les minorités forment elle-aussi des communautés avec leur idéologie etc. Alors pour parrer çà, Deleuze a parlé du "moléculaire" (avec ces "devenir" ) : l'exception de la minorité. Le un producteur de multiplicités. Ainsi il se disait "homosexuel moléculaire", car il expérimentait une homosexualité qui lui était propre, de son coté à l'abri de ce qu'il nommait "les ghettos".
Voilà c'est intéressant, mais beaucoup voit cette manière de procéder comme étant utopique. C'est à chacun de trancher.
wire Salut à tous,
 
J'aimerai parler d'une question qui depuis un bon bout de temps déja divise le petit monde de la philosophie, de la littérature et des sciences humaines en général. C'est aussi une chose sur laquelle il me tient à coeur de me faire un avis. Cette question, c'est celle du sujet : le sujet existe-t-il? Faut-il le nier? Ou bien est-il inséparable de la notion d'humanité?
 
Mais d'abord voilà ce qu'au fil de mes recherches j'ai cru comprendre du sujet (je ne suis ni philosophe, ni psychanalyste, un parfait amateur ! ) : Ce n'est pas un scoop, nous venons tous au monde totalement ignorants de ce qui nous entoure. Dans un premier temps, nous allons donc devoir enregistrer, sans ordre précis, tous les phénomènes auxquels nous sommes confrontés ( la table, les oiseaux, les arbres...). Puis il s'agit de classer toutes ces représentations, de les rattacher à une essence. Toutes les tables que l'on a rencontées dans le champ de l'expérience sont ainsi rattachées à une Table abstraite, de même pour tous les autres phénomènes. Dernière étape, enfin : selon les valeurs, les traditions en vigueur dans notre groupe social, nous sommes amenés à privilégier une certaine fraction de tout le possible que nous nous sommes contentés de contempler jusqu'ici. Nous nous propulsons au-dessus des choses en quelque sorte. Par là même, c'est là que nous passons du stade contemplatif à l'action. la formation du sujet est achevée, nous voilà devenus des individus autonomes.
 
Le problème se situe au niveau de la dernière étape, à savoir si celle-ci, décisive à bien des égards, a lieu. C'est à dire, en gros : l'homme est-il encore la mesure de toutes choses, ou bien son point de vue est-il tombé au niveau des phénomènes? Existons-nous encore en tant que personnes individualisées?
 
La position pro-sujet est celle de l'humanisme (l'homme au centre de l'univers) tenue par exemple par Luc Ferry ou la psychanalyse, dont le sujet reste le fond de commerce.  Mais ces valeurs sont aussi celles sur lesquelles repose notre bonne république ! Ne serait-ce que pour les questions cruciales de la responsabilité, pénale ou autre, du libre-arbitre, etc. En littérature, ça donne l'idée d'auteur, à la Balzac ; celui qui surplombe son oeuvre comme dieu surplombe le monde en gros.
 
Et puis il y a eu tous les penseurs des années 1970 : Michel Foucault, Gilles Deleuze, qui eux nient carrément le sujet. Ainsi pour Foucault l'homme est avant tout le produit d'un pouvoir, le composé des forces en présence à une époque donnée ; pour Deleuze, il n'y a pas plus de sujet que d'objet, et désirer c'est avant tout créer une relation immanente entre plusieurs termes (Vélo - route - jambes - pédaler).  
On n'oubliera pas non plus les écrivains du nouveau roman, et leur conception d'un homme perdu au milieu des choses...
 
Voilà j'espère ne pas vous avoir assomés ( moi ça m'passionne !). Je soulève tout ça, parce qu'il me semble que la question est loin d'être tranchée et qu'en même temps elle contient des enjeux fondamentaux. Si certains ont déja des opinions formées à ce propos, elles sont les bienvenues : j'espère qu'un débat éclairant pourra en naître.
 
 
NB : ce topic me semble assez lié avec celui portant sur la posthumanité et les otherkinds, ces derniers semblants partir d'une définition pour le moins élargie de l'humain (de même pour ceux qui nient le sujet)... à méditer !