Citation :
Donc pour moi l'art et la culture touche la société de plein fouet, c'est logique, vu que la société, quoi qu'on en pense, s'y réfère intégralement.Toute la philosophie des lumières, par exemple, s'est référé à l'art Antique (malheureusement).
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Je nie en aucun cas la fonction sociale de l'art. Est-il seulement possible d'imaginer une société sans Art ?! Càd sans oeuvre d'art ? ou sans le "faire" artistique ? ou sans "l'expérience esthétique" ou de pensée ?! Je crois que tu as parfaitement raison de défendre la fonction sociale de l'art comme tu le fais. Il y a quelque chose, dans l'art, qui échappe à la société, à sa superstructure, au pouvoir (au foyers de pouvoir dirait Foucault). L'Art a ce pouvoir de mettre, en un instant, les marges de la société en son plein centre (centre géographique ou centre d'art). Cependant, les artistes d'avant-garde, peut pourvu en capital symbolique, ont peu d'écoute et doivent déjà lutter, symboliquement, contre les artistes établis pour se pourvoir à leur tour de capital symbolique. Cette "lutte", tout à fait symbolique, les places en bonne place dans le champ, et ils perdent ainsi cette dénomination d'avant garde. Dans un contexte historiquement déterminé, les artistes peuvent avoir un pouvoir fort: tu as cité l'art dégénéré de la Neuesachlichkeit et d'autres plus récents auquels on pourrait rajouter Gianni Motti, et tant d'autres (Barbara Kruger, par ex.). Cette fonction peut se retrouver dans l'art minimal, qui interroge souvent la science, de réappropriation qui interroge la structure du monde de l'art, etc. Le mouvement punk, les situs, les beats, les hippies ont eu aussi représenté qqch de majeur. Mais un seul a-t-il seulement changé radicalement et durablement la société ?! Dans les faits, les groupes se sont multipliés, ont apporté énormément à l'Art, bcp à la société de leur temps et assez peu à nous, en fait... On revient tjs à cette question de la contre-culture. Je crois qu'elle est absolument nécessaire artistiquement et intellectuellement. L'Art est, pour moi, le parangon de l'existence humaine et de la société (pense à Malraux: "L'Art, c'est ce qui résiste à la mort", magnifique, non ?!). Mais son pouvoir révolutionnaire, l'Aufhebung contre-culturelle, je n'y crois plus. Il me semble pouvoir distinguer que, sur le fond, nous sommes d'accord. J'accorde énrmément de crédit à l'Art (et un important crédit de réfléxivité), mais plus celui de changer le monde.
Citation :
Cage et Debussy c'est peut être moins evident, John Cage est tout de même le Marcel Duchamps de la musique. Difficile pour moi de le juger sur les mêmes critiques que Debussy surtout si tu prends une oeuvre tel que 4'33
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Je cite juste ce bout là, mais je réponds à ce qui vient au-dessus.
Quels questions posent Debussy et Cage à l'histoire de la musique ? Debussy remet en question la structure de composition, jugée trop rigide. Il faut se défaire du contrepoint, etc... En ce sens, sa position est majeur dans l'histoire de la musique, avec d'autres sur ce point précis du contrepoint. Puis après lui, débarque Schönberg. Qu'elle est son idée à Schönberg ?! Remettre en question la structure même de la musique tonale pour lui substituer le dodécaphonisme. Le point commun entre ces deux compositeurs est qu'il continue d'interroger la technique musicale (le contrepoint et la tonalité). Puis viens Cage, qui fut l'élève de Schönberg, et qui nous balance 4'33''. Càd à peu près 5 minutes de silence. Si on peut penser qu'il reprend à son compte les révolutions de Debussy et Schönberg (il serait bien en mal de les renier, elles ont permis sa rupture à lui), Cage amène autre chose. Il interroge non pas la structure de la musique mais la musique elle-même, càd sa fonction (nous faire entendre qqch) et sa physicalité (le son). En ce sens, 4'33'' ressemble au grands monochromes de Mosset ou à Rothko qui interrogeaient, entre autre, la physicalité du peint. Avec Cage, on a pas seulement un rupture artistique, comme avec Schönberg (tonalité vs dodécaphonisme) mais une révolution ontologique (musique vs silence), qui décentre le concept de musique pour lui assigner un nouveau névralgisme (Boulez, la musique sérielle, Luc Ferrari, George Aperghis et la grande aventure de l'IRCAM). Duchamp, c'est le même truc. Il s'agit d'une révolution ontologique, à différents niveaux du concept d'Art, certes.
Et quand tu écris
Citation :
Géricault n'a pas rompu ontologiquement avec l'art, il a seulement redéfini certains critique esthétique, c'est à dire l'introduction des corps en putréfaction, ce qui n'est pas nouveau dans l'art puisqu'avant Géricault, il y avait Caravage qui s'y était risqué, avant Caravage il y a le peintre du retable d'Issenheim (peut être Mathis Gothart Nithart), et avant lui il y avait Jérôme Bosch...
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et bien c'est exactement ça !! Il n'y a pas de rupture ontologique entre Guéricault et Caravage, mais entre Duchamp et tout ce qui est venu avant lui. Et cette révolution est perverse, et Duchamp ne s'en est pas rendu compte, changer le concept d'Art à un moment, revient à insérer une nouvelle catégorie logique pour analyser l'ensemble de l'histoire de l'Art. D'où les haussements de voix de certains: une fontaine vaut-elle un Caravage ?! Du point de vue de la mimésis, en aucun cas, du point de vue de l'histoire, absolument !!
Et j'en viens au dernier point.
Citation :
Justement là où Duchamps a été très malin, mais là c'est une interprétation très personnelle, c'est que justement il a créé le comble de l'art figuratif. Et oui, qui y'a-t-il de plus ressemblant que l'objet lui même directement exposé. C'est pour cela que pour Duchamps il s'agit toujours d'une peinture, l'objet ainsi exposé dans un musée n'est pas l'objet mais la représentation de l'objet, dans le sens où l'objet perd son statut d'objet et devient une oeuvre d'art
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Souviens-toi de ce que nous disions au début de cette réponse: l'art sans le "faire" artistique. Duchamp a provoqué ce coup de génie de produire de l'art sans faire artistique. Je veux dire par là que, si l'envie lui aurait pris de faire plusieurs fontaines, ou si toi ou moi voulions faire du Duchamp (nous parlons de l'objet, pas du concept ici), il nous suffirait de nous rendre dans une usine de production d'urinoir et de nous servir. Certes, présenter l'objet même est le paroxysme de la mimésis, mais Duchamp fait autre chose avec ses ready made. Vouloir parler de paroxysme de la mimésis avec les ready made, correspond à parler de paroxysme du mars dans le snickers (tu m'excuses la comparaison un peu triviale). Cela ressort de ce que l'on appelle un erreur de catégorie (les mars ne sont pas des snickers). La mimésis et les ready made sont deux concepts de l'Art différents, reliés entre eux par l'histoire de l'art, mais qui ne ressortent pas des même catégories logiques. Alors certes la fontaine a une valeur non plus fonctionnelle mais plastique, mais d'une plasticité au regard du concept d'art comme Duchamp l'a défini (càd mimésis vs contextualisme) !! Et on pourrait encore parler de la fonction indendificatrice que joue le lieu d'exposition pour une oeuvre d'art après Duchamp, mais c'est une autre histoire et il faut que je bosse, moi, nan de Dieu !!