La littérature, le lecteur et moi
La littérature : celle qui nous transmet Homère en héritage et qui poursuit son petit bonhomme de chemin avec des auteurs tels que Cervantès, Shakespeare, Diderot, Sade, Lautréamont, Rimbaud, Baudelaire, Breton, Kafka, Brecht, Beckett, Bernanos, Bataille, Ionesco, Perec, René Char, Dario Fo, Sollers...
Plus de deux mille cinq cents ans de littérature. Ca pèse et ça oblige. On se sent redevable.
La littérature et puis, l'écriture bien sûr puisque sans écriture, pas de littérature. Alors, diable ! Que dit-on, comment, pourquoi, et à qui le dit-on ?
Le lecteur : à son sujet, je n'ai qu'une envie : le déstabiliser, le manipuler, le flatter, le séduire, le surprendre, ce lecteur et pourquoi pas, créer le malaise.
Le sens à donner à la lecture (pourquoi je lis ? Qu’est-ce que je lis... là, maintenant ?) doit pouvoir faire l’objet d’une création et re-création permanentes ; dans le fait de lire un texte, inutile d’y chercher - à l’instant même où on le lit - un sens établi une fois pour toutes, un sens certifié par son auteur ou qui que ce soit d'autre (un critique littéraire ?).
Que l’interprétation et la compréhension d’un texte soient donc aussi et surtout, la projection des certitudes et des préjugés du lecteur ! Que le texte rencontre les lacunes, les insuffisances et les interrogations de ce même lecteur ! Lecteur qui, parfois, pourra échouer à donner un sens au texte qu’il lit et par voie de conséquence, au fait même de lire... mais qui... opiniâtre, mènera l’expérience de cet échec jusqu'à son terme car, cette expérience est tout aussi digne d‘être vécue que l’autre expérience - bien connue celle-là : celle d’une compréhension totale d‘un texte et du pourquoi de sa lecture ; compréhension et certitude tout aussi illusoires que la découverte de n’importe quelle vérité sur quoi que ce soit : vérité prétendument globalisante et irréversible.
Je n'ai qu'un souhait : que mon projet d'écriture, une fois arrivé à son terme, se transforme en un véritable projet de lecture de la part du lecteur.
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En tant qu'auteur, on n'a pas à s'excuser. La littérature est notre confesseur et elle nous absout. Et puis, n'écrit-on pas pour autrui dans le souci de l'alerter et d'envisager ce qui aurait pu lui échapper ? Et cet altruisme-là nous absout une fois encore, une fois de plus.
Seul importe ce que le lecteur, en me lisant, sera capable de se dire à lui-même car, c'est au lecteur de rendre tangible et vrai ce qu'il lit : tangible et vrai pour lui seul. Et là, ça ne me regarde pas. C'est une affaire entre lui et le texte. Je lui donne simplement du grain à moudre.
La réalité psychologique de l’écriture est très complexe : tactique et stratégie y occupent une place importante. L’inspiration n’est pas tout : le but que l‘on s‘est fixé importe aussi.
Comme un poisson dans l'eau... dans le vrai comme dans le faux, dans le bien comme dans le mal jusqu'à brouiller leurs frontières... pourquoi pas ? Tout en sachant comme nous le savons maintenant, que nous avons tous de bonnes raisons d'être ce que nous sommes et de le penser aussi (que nous avons de bonnes raisons, justement !) et bien malin ou présomptueux qui saura opposer La Vérité - et toute la vérité ! - au mensonge et exalter le Bien comme pour mieux conjurer tout le Mal qui est en nous et ce, sans sourciller et douter une seule seconde, insoucieux du fait suivant :
Ce qui est... n'est pas ! Car il s'agit toujours d'autre chose ; autre chose et autre part... et puis, ailleurs aussi.
Et si aujourd'hui, nous ne sommes sûrs de rien ni de personne, c'est que nous sommes infiniment plus nombreux qu’hier à chercher à savoir ; et plus nous serons nombreux à trouver et moins les évidences auxquelles il nous a si longtemps été demandé d'adhérer s’imposeront à notre esprit.
Ainsi va la recherche ! Vers un savoir de plus en plus complexe mais sans surprise car, ce savoir doublé d'une compréhension dévastatrice nous renverra fatalement à ce que nous sommes aussi - d'aucuns ajouteront -, et surtout : à cette nature en trompe l'oeil, dissimulatrice, accapareuse et rétentrice qu'est la nôtre.
Porteuse de tous les dangers, cette recherche expansionniste toujours plus performante et exigeante : le danger de nous laisser sans évidences et sans certitudes.
Serge ULESKI
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Mes synopsis : http://sergeuleski.blogs.nouvelobs.com
ULESKI Ursula : sans titre - acrylique sur toile - 100 x 80

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