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Proust, la négation de l'Homme Moderne ?

 


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Auteur Sujet :

Proust, la négation de l'Homme Moderne ?

n°3024
uleski
littérature et écriture
Profil : Novice
Posté le 10-07-2009 à 17:51:54  profilanswer
 


Avoir un style...
 
 
 
Avoir du style...
 
 
 
Qu’est-ce que le style chez un auteur ?  
 
 
 
Le style n’a pas grand-chose à voir avec le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe. Le style, c’est le point de vue ; c'est le regard ; un auteur qui a un style - mais c'est un pléonasme -, on dira donc… un écrivain qui a un style, c’est un regard sur le monde qui lui est propre  ; c’est un angle de vue particulier, un angle d’attaque aussi (pour peu qu’il soit guerrier).  
 
         
 
                                             
 
                                         
 
 ***
 
 
 
 
 
Prenons Proust.
 
 
 
 
 
Parmi ceux qui lisent - comprenez : ceux qui sont encore capables de consacrer, disons une à deux heures par jour à la lecture -, nombreux sont ceux qui n'ont jamais lu Proust ou qui s'en sont détournés dès les premières pages.
 
 
 
Pourquoi ça ?
 
 
Ce qu’ils n’aiment pas chez Proust, ce n’est pas son vocabulaire, sa syntaxe, sa grammaire : c’est son style qu’ils n’aiment pas. Et son style, qu'est-ce au juste ?
 
 
 
Le style de Proust, c'est le choix de ses personnages ; le choix qu’il fait de nous parler d’un tel plutôt que d’un autre ; et plus important encore : ce qu’il en dit
 
 
 
 
 
 
 
_______________
 
 
 
 
 
Le plus grand mérite de Proust, sans aucun doute, c'est d'avoir contribué à réconcilier les humanités avec les sciences sociales : la littérature avec la sociologie.
 
 
 
Mais... reste Proust lui-même. Pourquoi a-t-il fait cette oeuvre-là et pas une autre ?      
 
                                                   
 
***
 
 
 
Proust et la fulgurance du passé. Fulgurance du souvenir - celui de l’enfance, de l’adolescence et des premières années de l’âge    adulte -, qui vient comme un boomerang terrasser Proust et le clouer au lit.
 
 
 
Que le passé puisse avoir un tel impact sur cet auteur, les lecteurs ne s’en préoccupent guère ; et pourtant, s’ils s’en souciaient un instant, cela les rapprocherait très certainement de Proust car, ils ne pourraient pas ne pas sentir concernés par cette expérience, comme nous tous, lecteurs de Proust ou pas.
 
 
 
 
 
Chez Proust, tout est passé, tout appartient au passé : ses personnages aussi - figures du passé de Proust, s’entend. Son présent ne lui sert qu’à se rapprocher du passé. Proust ne disait-il pas : " Un livre est un cimetière" ? Et ce passé, indissociable de sa personne, commence dès son plus jeune âge : à 20 ans, il est déjà dans le passé de ses 10 ans ; à 30, dans celui de ses 20 ans.  
 
   
 
Pathologiques cette situation et tous ces souvenirs qui, sans contrôle, viennent envahir sa conscience d'être au présent. Chez Proust, le moindre rappel du passé lui fait l'effet d'un événement capital, d'une importance démesurée : une importance extra-ordinaire ; chez lui, chaque souvenir est un traumatisme en puissance, car son présent et  son avenir, ne seront jamais à la hauteur de son passé, puisqu’il ne s’investit pas dans son propre avenir, faute d'en reconnaître la nécessité.
 
 
 
 
 
En tant qu’être humain - être humain au sens moderne du terme : s’entreprendre et advenir -, Proust a cessé d’avoir un avenir, très tôt. Pour cette raison, Proust ne peut que se retourner sur lui-même. Et plus il se retourne, plus il souffre, ou bien, plus ses souvenirs le terrassent d’émotion : ce qui revient au même.
 
 
 
 
 
Proust est né très vieux dans un monde très jeune. C’est le paradoxe. N’oublions pas que Proust a 29 ans en 1900 ; et ce siècle qui arrive est le siècle d’avenir par excellence, quand on sait ce qu’il adviendra. A l’entrée de ce nouveau siècle qui grandira très très vite, Proust est déjà un homme du passé dans sa manière de conduire son existence, de l’acheminer, en ne donnant… justement, aucune direction à cette existence, sinon une seule : celle qui le renvoie à son passé ; alors que l'avenir est la seule direction envisageable pour un individu de son âge - normalement constitué.  
 
   
 
De là à penser que Proust (rentier-boursicoteur) serait la négation même de "l’Homme Moderne" : s’entreprendre, advenir, mettre en échec tous les déterminismes...  
 
 
 
D'autre part, on ne manquera pas de noter que l'oeuvre de Proust est le plus souvent une oeuvre-refuge pour ses admirateurs inconditionnels ; un rempart, l'oeuvre de Proust, contre ce monde moderne dont la nécessité historique leur échappe : tout ce qui nous y a conduit et continuera de nous y conduire ; même si l’on se gardera bien de leur demander d’y adhérer.  
 
En effet, comment pourraient-ils, comment pourrait-on, nous tous ?    
 
                                                     
 
       
 
                                                   ***  
 
 
 
 
 
Certes, vivre, c'est accumuler du passé. Etre capable, à tout moment, de convoquer ce passé, c'est prétendre à l'immortalité : adoration perpétuelle de soi jusqu'à l'extase ; grandissement épique de sa propre histoire familiale et sociale avec l'éternité pour leurre et le mensonge comme clé de voûte car, le plus souvent, se souvenir, c'est se mentir...
 
 
 
L’expérience existentielle de Proust - expérience initiatique -, c’est une vérité sur lui-même, et cette vérité le désarçonne, lui fait perdre tous ses moyens et le condamne très tôt, à son insu et tous ses personnages avec lui, à l'immobilisme, l'oisiveté et la mort - et pas seulement à cause d’une santé fragile...    
 
   
 
Avec pour seul secours : l’écriture ; et seul recours : le souvenir et l’émotion suscitée par cet exercice épuisant de remémoration qui a tous les accents d’une... auto-commémoration.
 
 
 
 
 
Tel est son style.
 
 
 
 
 
“La nausée” de Sartre, à côté de cette expérience fulgurante qui frappe Proust de plein fouet et au plus profond, c’est trois fois rien : juste une petite déprime.  
 
 
 
____________
 
Mon blog littérature et écriture : http://sergeuleski.blogs.nouvelobs.com

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n°3025
deuxtiers
Profil : Habitué(e)
Posté le 10-07-2009 à 21:25:15  profilanswer
 

Nom d'un chien..pas évident de vous répondre! D'ailleurs il n'y a pas grand monde  qui s'y soit essayé.
Je suis allée voir votre blog ,j'y ai trouvé un extrait de la consolation (après la consommation...) et j'en ai trouvé encore un bout sur ce forum dans "L comme lecture":ça j'ai vraiment bien aimé !
Vous pensez que d'autres vont affronter vos exposés?  
Quoi qu'il en soit c'est lu (voir le nombre de lecteurs),c'est déjà pas mal.
Peut être que vous ne cherchez d'ailleurs qu'à être lu, sans plus.

n°3026
uleski
littérature et écriture
Profil : Novice
Posté le 10-07-2009 à 23:15:25  profilanswer
 

Merci pour votre commentaire.
 
Vous pouvez non pas me répondre mais... ajouter à mon analyse, la vôtre. Voir s'il est possible de prendre une autre direction.
 
Cordialement
Serge ULESKI

n°3028
g@rp
Profil : Tête d'affiche
Posté le 12-07-2009 à 13:13:25  profilanswer
 

Article particulièrement intéressant, que celui-ci.
Mais si je peux me permettre, le style peut aussi adopter comme angle d'attaque, pour reprendre vos propres termes, le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe (je pense ici, peut-être à tort, à Flaubert et son Emma Bovary).
Il est toutefois indéniable qu'un style ne se fait pas sans histoire  ;)  
Bon week-end (prolongé ?)


---------------
Pigiste au Fric-Frac Club : http://www.fricfracclub.com
Lecteur auteur sans grande auteur :
http://arobasestrategique.wordpress.com
http://www.inlibroveritas.net/lire [...] 14109.html
n°3030
uleski
littérature et écriture
Profil : Novice
Posté le 12-07-2009 à 15:51:14  profilanswer
 

Merci pour votre commentaire.
 
Wend prolongé et au soleil !
 
Cordialement
Serge ULESKI

(Publicité)
n°3032
deuxtiers
Profil : Habitué(e)
Posté le 14-07-2009 à 11:23:06  profilanswer
 

Bonjour,
Je suis très étonnée car je ne pensais pas continuer la réflexion sur Proust.
C'est votre petite phrase concernant Sartre où vous évoquez  de la déprime que je me suis retrouvée à chercher ce qui pouvait  vous faire dire que Proust est né vieux.
Cela me fait penser à l'idée que personne ne vit (ou presque ) le temps présent exactement.Soit nous revenons au passé s'il nous a fortement impressionné ,soit nous envisageons presque en permanence ce que nous allons faire: donc... au futur .
Là pendant que je vous écris mon esprit est dejà ,en partie bien sûr , à ce que sera ma journée en suite.
 
Nous sommes faits de ce que notre mémoire a "stocké " (mot pas très joli mais c'est celui qui convient le mieusx à mon avis).Nous nous construisons en permanence à partir d'elle.
Certain auteurs se constuisent avec leurs écrits, voila où je voulais en venir .Leurs écrits  
sont donc prolifiques et on y voit bien la personnalité qui évolue peu à peu en lien avec leur écriture.Je pense en particulier à André Gide qui me parait être "né vieux "lui aussi.
 
Si on lit le voyage d'Urien (superbe jeu de mot) il s'agit bien d'autre chose que d'une "petite déprime".
Dans toute l'oeuvre de Gide on trouve les objets détruits qui le font pâmer.
Ontrouve sans cesse le thème du sable qui est un élément mi-solide mi-"glissant"je dirais.
En effet le sable peut garder une forme imprimée en lui mais si peu de temps..
Ses premières amours décrites par Gide ont lieu sur le sable en Algérie.
 
 
Est ce que la maladie provoque l'orientation ainsi vers le "né vieux"?
Gide était "souffreteux" dans l'enfance , sujet à des "crises".Puis  touché ensuite par la tuberculose.
 
Bon W E au soleil  
 
 


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