Heaven
Un homme en costume sombre les attendait à la descente du jet privé. Anthony regarda autour de lui et s'émerveilla de la beauté des couleurs. Décidément, il aimait son travail qui le faisait voyager dans des endroits aussi paradisiaques.
L'homme sur la piste d'atterrissage vint leur serrer la main avec cordialité.
- Bienvenue à Nassau, bienvenue aux Bahamas. Je suis Marvin Trenmer, mon patron monsieur Casablancas m'a chargé de vous accueillir à votre arrivée.
Anthony qui représentait une grande chaîne d'hôtels Américaine avait pour mission d'acheter l'hôtel de Paradise Island de Mr Casablancas.
Trenmer les conduisit vers une belle décapotable blanche.
- Quand pourrons-nous commencer la transaction ? Demanda Stevenson.
Patrice Stevenson accompagnait Anthony en qualité de juriste de la chaîne d'hôtels. Grand et maigre, il était rigide et sans imagination. Le ciel bleu des Bahamas ne lui inspirait rien.
- Je vais vous emmener à la villa de Mr Casablancas. Vous pourrez alors discuter avec lui. Mais êtes vous donc si pressé de rentrer ?
- Oh non dit Anthony. Les Bahamas ont l'air fabuleuses !
Stevenson lui jeta un regard glacial. Il méprisait un peu ce jeune homme qui ne pensait qu'à s'amuser pendant ses missions.
Au bout d'une heure de route, où ils longèrent la mer lapis lazulite, ils furent devant la maison de Ryan Casablancas. C'était un véritable petit palais.
Quand ils eurent franchi la barrière de sécurité installé devant la porte et le jardin, un homme musclé vint à leur rencontre. Il portait une grosse paire de lunettes noires et avait un talkie walkie à la main.
- Je suis George Ree, le chef du personnel de sécurité. J'aimerais voir vos pièces d'identité.
Trenmer intervint.
- Voyons Ree, je suis sûr que ces messieurs sont de bonne foi.
Le chef du personnel le toisa d'un air cynique.
- Désolé Marv, ce sont les consignes du patron.
Anthony sortit son passeport et son badge de travail et Stevenson fit de même, en grimaçant. Ree jeta un regard suspicieux à la petite mallette métallique qu'il transportait.
- Qu'est-ce que vous transportez là dedans ?
- Je suis asthmatique, ce sont mon inhalateur et mes médicaments.
Ils purent alors entrer dans le hall de la vaste demeure de Casablancas. Trenmer repartit parce qu'il avait d'autres affaires à régler pour son employeur mais Anthony et son collègue furent escortés par George Ree.
- Ne vous formalisez pas trop de toutes ces précautions dit-t-il. Mr Casablancas est quelqu'un d'important ici. Alors on fait le nécessaire pour le protéger.
- Nous comprenons.
Ree les conduisit au séjour, où assit dans un gros fauteuil en tissu, Ryan Casablancas fumait un cigare. C'était un homme de taille moyenne, un peu bedonnant. Il avait le teint très blanc et des yeux translucides. Vêtu comme un homme d'affaires texan, il se leva immédiatement à leur entrée dans la pièce.
- Mr Stevenson, Mr Connors !
Il jeta son cigare dans une plante verte et leur serra chaleureusement la main.
Une fois assis tous les trois autour d'une petite table basse en cristal, Casablancas les écouta développer leurs arguments. En même temps que Stevenson parlait, d'air sec et rigide, son hôte leur versait un verre de whisky.
Il ne semblait pas accordait grande importance au sérieux discours de son vis-à-vis.
- Vous savez, me séparer de mon hôtel de Paradise, le Bello, sera douloureux pour moi...Votre employeur devra comprendre que de nombreux souvenirs me rattachent à cet hôtel. Je suis quelqu'un de très nostalgique.
- Votre prix sera le notre, Monsieur Casablancas. Précisa Anthony.
- Ah, très bien.
Au bout d'une demi-heure, ils décidèrent qu'ils en reparleraient le lendemain. Leur hôte les invita à passer une nuit dans sa villa, et à visiter les Bahamas, en compagnie de sa famille.
- Je vous présenterai tout ce petit monde au repas de ce soir. Vous verrez, nous ne sommes au fond que des gens simples.
Anthony était sceptique quant à cette affirmation.
On leur montra leurs chambres, en réalité deux suites luxueuses, qui aurait pu accueillir à elles seules, une vingtaine de personnes.
Pour le dîner, organisé sur la terrasse de la villa, Anthony s'habilla avec plus de décontraction. Il mit une chemise blanche mais sans cravate et un pantalon noir. Stevenson, lui était toujours le même, engoncé dans un costume bleu marine.
- J'ignorais que vous faisiez de l'asthme...dit Anthony à son collègue au moment où ils montaient l'escalier tout les deux pour rejoindre la terrasse.
- Je n'aime pas étaler ma vie privée répliqua Stevenson.
Autour de la table, recouverte d'une nappe écarlate, étaient assises cinq personnes.
Mr Casablancas, une jeune femme blonde, un homme vêtu d'un costume noir, un adolescent et une femme en robe de soirée.
- Ah voilà mes invités ! Asseyez-vous je vous en prie...
Ryan Casablancas présenta alors sa famille.
La jeune femme blonde faisant une moue boudeuse était son épouse Martina, à côté d'elle son fils aîné, né d'un premier mariage, Steven Casablancas. L'adolescent, son second fils Duncan Casablancas. Et l'autre jeune femme, Heaven, une amie de Martina.
La curiosité d'Anthony fut tout de suite attisée par Heaven. Elle ne semblait pas à sa place avec les Casablancas. Très brune, les cheveux aux épaules, elle avait le regard sombre et mystérieux. Autour de son cou, un pendentif en diamant avec la lettre H.
Stevenson se plaça à côté de Casablancas tandis que son collègue s'asseyait en face d'Heaven.
Le dîner se passa à merveille. Martina n'était pas très brillante mais elle savait lancer les bons sujets de conversation au bon moment. Anthony ne pouvait s'empêcher de fixer la femme en face de lui.
- Vous avez un beau prénom lui dit-il. Original d'ailleurs.
- Ce n'est pas mon vrai prénom...murmura-t-elle.
- Ah et quel est votre...?
Heaven porta une main à son médaillon.
- Je ne le connais pas.
Anthony la regarda avec surprise, se demandant si elle lui mentait. Mais elle semblait sincère.
- Ainsi donc, vous êtes une amie de Mme Casablancas ?
Il voulait changer de sujet.
- Pas exactement. Je veux dire...oui, c'est mon amie. Mais les Casablancas sont bien plus que cela, ils sont mes sauveurs.
Elle chuchotait et Anthony vit que Ryan Casablancas, semblait les fixer du coin de l'œil.
- Il y a quelques années, on m'a retrouvée à moitié noyée sur une plage de Paradise Island. Les Casablancas m'ont recueillie, alors qu'ils ne savaient pas qui j'étais, et que j'avais oublié mon passé. Le seul indice que j'ai est mon pendentif...
- H...comme Heaven.
- Puisqu'on m'a retrouvée à Paradise, on m'appelle Heaven. C'est un jeu de mots en quelque sorte.
Le jeune homme était stupéfait de l'histoire qu'il venait d'entendre. Une inconnue vivant chez les Casablancas ?
- Je me suis décidé ! Annonça leur hôte. Je vais vous vendre le Bello, je vous attends dans mon bureau après le repas pour signer les papiers...
- Très bien, monsieur Casablancas, nous y serons.
Après ce dîner étrange, Anthony décida d'aller faire un tour dans le jardin. Il ne savait que penser de cet endroit et de ces gens. La dénommée Heaven n'était-elle pas un peu dérangée ?
A sa grande surprise, il croisa Martina près de la serre.
- Mr Connors c'est cela...
- Oui. Je vous remercie pour votre accueil Mme Casablancas.
Dans le clair obscur, ses cheveux oxygénées brillaient ainsi que ses bijoux. Elle semblait être le stéréotype de la jeune épouse d'un millionnaire.
- Je vous ai vu parler avec Heaven, vous aviez l'air captivé...
- En effet, elle m'a raconté son étrange histoire. Ne savez-vous vraiment pas qui elle est ?
- Elle vous a dit ça ? La pauvre...Heaven est si fragile. C'est ma meilleure amie, je souhaite la protéger, mais elle est si imprévisible. Elle croit qu'elle a perdu la mémoire et que nous l'avons recueillie. Je ne sais pas pourquoi elle a crée cette fable. A vrai dire, elle a eu un accident il y a quelques années, ce qu'il l'a encore plus perturbé...
- Je vois...
- Vous êtes déçu, n'est-ce pas ? Elle a joué la princesse en détresse qui n'a que son pendentif comme trace de son passé...Je suis désolée Mr Connors.
Anthony était plus gênée pour Heaven que pour lui.
- Ce n'est rien. Ce n'était pas sa faute.
Il s'en alla, avec comme un goût amer dans la bouche. Il avait cru Heaven.
Il se dirigea vers le bureau de Mr Casablancas, prêt à voir sa mission se terminer.
En pleine nuit, alors qu'il dormait profondément, Anthony sentait que quelqu'un le tirait par le bras. Il voulut échapper à cette prise mais on le tenait fermement.
- Lâchez-moi !
Une main se posa sur sa bouche.
- Chut! Écoutez-moi !
Anthony cessa de se débattre.
- Heaven ?
- Taisez-vous ! Je ne peux plus rester ici...Sauvez-moi je vous en prie ! Ils ne me laissent jamais sortir...
- Heaven...personne ne vous veux du mal. Les Casablancas ne veulent que votre bien.
- C'est faux. Je suis prisonnière ici...Levez-vous, nous devons partir. C'est la seule heure où Ree ne surveille plus !
Anthony se leva et alluma la lumière.
- Vous allez retourner vous coucher Heaven, personne ne vous fera de mal...je sais que vous n'êtes pas bien, votre amie Mme Casablancas se fait du souci pour vous.
Il vit qu'elle avait toujours la même robe de soirée et le pendentif.
- Quand vous êtes arrivés...écoutez moi...tous les deux...quelque chose s'est déclenché dans ma mémoire. Je ne peux pas rester ici. Je ne suis pas Heaven. C'est eux qui ont tout inventé !
Anthony pensa qu'elle devait faire une crise, un délire de persécution.
- Calmez-vous...
- S'ils savent que je vous ai parlé...Ils vont on dit que j'étais folle ?
- Vous n'êtes pas folle, mais vous devez vous reposer...
Il décida d'aller chercher de l'aide. Cette pauvre fille n'allait pas bien.
Quand il ouvrit la porte, il vit que Stevenson était sur le palier. Avec une arme à la main.
Anthony eut un mouvement de recul.
- Stevenson...Qu'est-ce... ?
Son collègue n'avait plus l'air aussi sérieux, ni aussi inoffensif.
- Taisez-vous ! Je vous expliquerai en route...Suivez-moi.
Il vit Heaven.
- Elle vient aussi avec nous.
Anthony prit Heaven par le bras et ils sortirent dans le couloir, derrière Stevenson, qui marchait sans faire de bruit, l'arme au poing.
- Je ne veux pas entendre un seul bruit... compris ?
Ils acquiescèrent.
Anthony se disait qu'il était en plein cauchemar. Stevenson ne pouvait avoir une arme et savoir s'en servir que dans un cauchemar.
Ils passèrent devant le bureau de Casablancas et par la porte entrouverte, Anthony vit que celui-ci gisait mort sur le sol. Il agrippa le bras de Stevenson, mais celui-ci lui intima le silence.
Ils arrivèrent sans encombre jusqu'à la porte du jardin. Mais alors qu'ils franchissaient la barrière de sécurité, un homme surgit du jardin.
- Hé là, où allez-vous ?
C'était George Ree.
Sans lui répondre, Patrice Stevenson déchargea son arme sur lui. Les coups de feux retentirent dans le silence et aussitôt, ils virent la silhouette de plusieurs hommes qui arrivaient vers eux. Ils se mirent à courir. Anthony tenait Heaven par la main et lui criait d'aller plus vite, tandis que Stevenson tirait au hasard derrière eux.
Ils atteignirent enfin une voiture et Stevenson démarra en trombe.
- Mais vous êtes cinglé ! Est-ce que quelqu'un va m'expliquer ce qui se passe enfin ? Vous avez tué tous ces types Stevenson !
- Je ne m'appelle pas Stevenson...Connors.
- Vous aussi ? Et vous aussi vous avez perdu la mémoire c'est ça ? Et votre asthme alors ?
- La mallette servait à transporter mes armes...Accrochez-vous Connors et vous aussi Heaven.
Il accéléra et Anthony vit qu'une voiture les poursuivait. Un 4X4. Stevenson lança une arme de petit calibre à la jeune femme.
- Vous savez tirer, alors allez-y !
- Comment savez-vous qu'elle sait tirer ? Interrogea Anthony.
Le 4X4 les frôla tirant une balle dans le coffre.
- Il faut qu'on arrive à la piste de décollage, sinon on est fichu.
- Mais je n'ai rien à voir là dedans ! Cria le jeune homme.
Heaven venait de tirer dans le pare brise du 4X4, le faisant éclater en mille morceaux.
Le 4X4 perdit de la vitesse mais une balle toucha le pneu arrière de la voiture. Stevenson fit comme si de rien était, conduisant de plus en plus vite.
- Mais expliquez-vous ! Pourquoi est-ce qu'on a emmené Heaven ?
- C'est pour elle que nous sommes venus au Bahamas...maintenant mettez ces gilets pare-balles tout les deux !
Stevenson prit un virage serré, semant les poursuivants, mais seulement pendant quelques secondes.
Anthony renonçait à comprendre, espérant juste rester en vie.
Le 4X4 se rapprochait à nouveau, ses occupants tirant en rafale.
Plusieurs balles atteignirent le pare choc et la vitre arrière. Anthony baissa la tête pour éviter les éclats de verre, mais Heaven, sans y prêter attention, tira dans les pneus du 4X4.
- On approche. Le jet nous attend, si on y arrive, tout ira bien.
Soudain, une voiture sortit sur la route devant eux. Ils étaient coincés. Stevenson frappa le volant de dépit.
- Sortez de cette voiture ! Ordonna un homme avec des lunettes noires. Il braquait une mitraillette sur eux.
Anthony se préparait déjà à sortir. Mais Heaven tira dans la jambe de l'homme en face d'eux et Stevenson tourna violemment le volant. Sous les balles, ils s'enfoncèrent dans la forêt qui bordait la route. Ils faillirent faire un tonneau mais Stevenson redressa bien la voiture.
- Vous êtes dingues tous les deux ! J'aurai pu sortir, je n'ai rien à faire dans cette histoire !
- Tu es avec nous, et tu y reste Connors ! Grommela son collègue.
- Je ne retournerai pas là-bas, je suis prête à tout pour partir...dit Heaven.
Ils roulaient dans le feuillage, sans trop savoir par où ils allaient. Mais ils retrouvèrent bientôt la route et Stevenson appuya sur l'accélérateur.
La piste de décollage et le jet privé étaient en vue. Ils se garèrent sur le bitume et toujours armée, Heaven ouvrit le chemin. Ils allaient embarquer quand quelqu'un saisit le bras d'Anthony.
Un homme en costume noir, Steven Casablancas.
- Je serai vous Monsieur Connors, je ne prendrai pas cet avion...
Anthony se retourna et lui assena un coup de poing en plein visage.
Ils montèrent en courant dans le jet privé et celui-ci décolla.
- Allez-vous enfin me dire ce qu'il vient de se passer ?demanda Anthony quand il eut respiré un bon coup. Pourquoi avez-vous tué Casablancas ?
Stevenson avait remis une cravate et il semblait à nouveau austère.
- Ryan Casablancas était trafiquant d'armes. Notre employeur avait mis un contrat sur lui, je l'ai exécuté.
- Notre employeur ? Monsieur Donovan...
- Je sais que tu es nouveau dans l'entreprise mais Monsieur Donovan ne fais pas qu'acheter des hôtels et je ne suis pas qu'un juriste. Il lutte contre les trafiquants de toutes sortes.
Anthony s'enfonça dans son siège.
- Et toi Heaven, qu'est-ce que tu viens faire là-dedans ?
La jeune femme serrait son pendentif entre ses doigts.
- Je ne sais pas. Je voulais juste partir...Les Casablancas me voulaient du mal.
Stevenson sortit une photo de sa poche.
- A vrai dire, Heaven, vous êtes Henriet Donovan. La fille de mon employeur. Il y a trois ans vous avez disparue aux Bahamas. On a cru que c'était un accident d'avion mais c'était un enlèvement. Les Casablancas. Ryan a fait chanter votre père sans qu'on arrive à vous localiser. Ils vont ont droguée et fait croire qu'ils vous avaient recueilli.
-Oh...oui je me rappelle, je suis Henriet...Oh pauvre papa, il a du tellement s'inquiéter.
- Ryan s'est servie de vous pour empêcher votre père de nuire à vos affaires et tant que vous ne sachiez pas qui vous étiez, il ne craignait rien. Mr Donovan m'a envoyé pour vous chercher et tuer Casablancas.
Anthony s'insurgea.
- Et moi que devais-je faire ?
- Oh, toi, tu devais faire diversion et me rendre plus crédible...
- Quel est votre vrai nom ?
Stevenson sourit.
- Secret professionnel...
Heaven prit la main d'Anthony.
- Tu sais quoi, je préfère quand même Heaven à Henriet.
Ils éclatèrent de rire. Ils étaient tous soulagé que tout cela soit fini.