invite_Luka13 a écrit :
Cette polémique sur l'éventuelle confiscation du Prix Nobel à Grass confine au ridicule. La droite allemande, trop heureuse d'égratigner leur "Père Fouettard" attitré, s'en donne à coeur joie. Mais doit-on rappeler, outre que les Nobel récompensent l'apport d'une Oeuvre pour l'Humanité et non l'Homme en lui même, la façon dont nombre de lauréats allemands en Physique, Chimie, et même Paix (Otto Hahn, Von Ossietzky) s'accomodèrent en toute conscience du régime nazi et sans que la place de ceux-ci ne soient même remise en cause après-guerre? On peut, je pense, comprendre le geste d'un adolescent à qui on a martelé, dès son plus jeune âge à l'image de toute une société docile et crédule, les soient disants "bienfaits de la Race Aryenne". Plus problématique en revanche est l'instrumentalisation commerciale par l'écrivain de son aveu (but évident: vendre son autobiographie, ce qui ne râte pas: ça se vend comme des petits pains dans les librairies Outre-Rhin avec une publication avancée de deux semaines). Champion de l'anti-catholicisme dans ses romans, Grass a fait appel au plus gros cliché des cultures judéo-chrétiennes: celui de la faute, de la honte et donc du rachat, de la rédemption et de la pénitence. Autre "tache d'huile" que recèle cette affaire: une Allemagne qui n'assume pas encore le lourd passé pouvant forcément resurgir à tout moment, d'autant qu'il est difficile de trouver dans la génération finissante des Grass/Ratzinger une personnalité au-delà de tout soupçon face à l'hitlérisme. Mais gardons-nous de donner des leçons: nous connaissons les mêmes "taches indélibiles" en France concernant Vichy ou la guerre d'Algérie (avec Papon et Mitterand en première ligne).
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