Vous qui venez ici déposer vos questions sur l'écriture, la publication d'un roman ou des encouragements, vous qui êtes si jeunes et malléables, qui croyez sans doute qu'écrire c'est comme apprendre les maths ou une langue étrangère, laissez tomber vos illusions. Pire, n'écrivez jamais, ne commencez jamais. Si j'avais eu un enfant, je lui aurais vivement déconseillé de s'engager dans cette voie.
Vous pensez naïvement que tous vos soucis s'envoleront quand vous aurez trouvé un éditeur, erreur ! Gravissime erreur ! Le cauchemar ne fait que commencer quand un éditeur daigne publier vos écrits. Chiffres de ventes, articles dans la presse, vos prestations dans les salons de livres, votre image, tout sera remis en question. L'éditeur ou éditrice (la profession s'est féminisée) doit avancer les frais pour l'impression de votre livre, la réservation de l'hôtel pour les salons, la maquette du livre - je parle évidemment du compte d'éditeur, le reste relève de la prestation de services. Tout cela coûte fort cher. C'est simple : sur un tirage moyen (2000 ex.), l'éditeur s'en sort tout juste en vendant la moitié du stock.
Si votre premier roman n'a pas marché, vous n'aurez aucune chance d'en publier un deuxième chez le même éditeur. Vous devrez donc en trouver un autre, dur, dur. Si vous êtes déjà mordus par la chose, vous allez vous rendre malades car vous verrez que personne ou presque ne s'intéresse à vos écrits, forcément magnifiques, n'est-ce pas ?
Quand vous êtes déjà dans le "sérail", c'est encore pire : vos éditeurs vous harcèlent, ils vous poussent à écrire de plus en plus vite, car il y a une demande. Si vous avez un job régulier, cela devient infernal.
Si comme moi, vous choisissez de vivre de votre plume, le summum de l'horreur est atteint. Vous n'avez pas de caisse de retraite, pas de contrat de travail, vous travaillez sans filet, à la commande. Certains jours, vous vous direz que votre vie est géniale, d'autres, vous vous maudirez d'avoir choisi cette vocation.
Vous devez avoir des nerfs d'acier pour supporter les critiques - elles ne seront pas toujours rose bonbon, les journalistes stupides qui recopient la quatrième de couverture de votre chef-d'oeuvre, les futurs lecteurs méprisants qui viennent vous voir pour vous parler de Gavalda teeeellement mieux que vous ! Si par malheur vous avez fondé une famille, ce sera encore pire : votre conjoint vous reprochera de ne jamais participer à la vie du couple, vos enfants vous reprocheront de ne pas avoir été présent quand ils étaient petits. Tout ça pour ça ?
Réfléchissez bien avant de vous lancer. Ecrire, c'est magnifique, c'est la vocation d'une vie, mais comme toute vocation, elle nécessite de la patience, du talent et des sacrifices. C'est une drogue dure, comme le fait de monter sur scène ou de danser. Une fois que l'on a chopé le virus, c'est foutu. Vous ne pouvez plus rien faire d'autre. Vous acceptez des ouvrages de commande, des boulots de "nègre" littéraire, des réécritures de manuscrits ineptes, tout sauf le néant.
Honnêtement, ne le faites pas si vous êtes fragiles sur le plan psychologique. Bon courage !