Un pauvre homme passa à côté d'une échoppe où un beau et appétissant shish kebab était en train de rôtir et des keftas délicieux grésillaient dans l'huile en répandant des arômes irrésistibles. Il était trop démuni pour se payer de telles friandises et il n'acheta qu'une tranche de pain chez le boulanger d'en face. En reniflant ces odeurs délicieuses, il mangea son pain et rêva de festins.
Le patron de l'échoppe l'observa et à la fin lui demanda de payer.
« Ton pain a été plus succulent dans l'odeur de mes kebab et de ce fait tu dois payer » dit-il.
Comme l'homme refusait, le patron le tira devant le cadi, qui ce jour-la était notre Hodja.
Nasredine trancha vite: « Les biens dont on a fait usage doivent être payés. Toi, client, donne-moi ta bourse. »
Avec des larmes aux yeux, le pauvre homme lui donna tout ce qu'il lui restait d'argent.
« Maintenant, toi, vendeur, combien coûte une portion de ton kebab ? »
« Cinq aktche, juge.
Le Mullah prit cinq pièces de la petite bourse et appela le marchand à côté de lui. Il fit sonner les pièces dans sa main et demanda :
« Est-ce que tu reconnais le son ? Est-ce que l'argent est bon? »
« Oui », dit le vendeur.
« Alors tu es payé » dit le Hodja. « Pour l'arôme de la nourriture tu as droit au son de l'argent. »