Le blog Aeiou a eu l'occasion de rencontrer et d'interviewer le designer John Maeda, dans le cadre d'une série consacrée au design numérique.
Le résultat, en vidéo, a été publié ici :
Design numérique : Entretien vidéo avec John Maeda
Ci dessous, pour les curieux, la retranscription intégrale de notre échange.
Bonne lecture,
Puck
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Interview John Maeda
Titre : Design, l'art de la simplicité
SS titre (éventuel) : 3 questions à John Maeda, artiste visuel et enseignant au Média Lab du MIT
Qu'y a-t-il de remarquable dans l'internet mobile ?
Je pense que la plus grande technologie mobile est le SMS. Je crois qu’il n’y a rien de mieux aujourd’hui. Je ne comprend pas pourquoi, mais c’est la seule chose qui fonctionne presque toujours. Vos appels téléphoniques parfois ne passent pas, l’email ne marche pas quelque fois, idem avec les appareils photos… Un SMS fonctionne au moins 6 fois sur 10. J’adore ça. Le SMS requiert d’être bref, il requiert de communiquer avec tellement plus d’efficacité. C’est génial !
Certes c’est une vieille technologie… Mais j’ai un iphone, j’aime le multi-touch, mais l’Iphone craint, on ne peut même pas écrire dessus au clavier. Vous savez, c’est comme les femmes qui portent des talons hauts pour paraître sexy, alors que c’est tellement inconfortable…. L’Iphone a été conçu par Apple pour paraître sexy, mais il très difficile d’écrire avec.
Comment décrivez-vous le nouveau monde industriel ?
L’idée du nouveau monde industriel est un sujet très important, parce que si vous regardez l’histoire de l’humanité, elle est assez longue, pas aussi longue si on la compare à celle de la terre. Les humains sont là depuis très peu de temps. Or, depuis le temps que nous sommes là, il y a eu la révolution de l’agriculture, celle de l’industrie puis celle de l’information, avec les ordinateurs. Le nouveau monde industriel est un monde de l’information. Et l’information a toujours été là, dans les livres, les bibliothèques… Mais aujourd’hui nous avons accès à tellement de choses - à des choses dont nous n’avons même plus besoin - que cela est devenu un problème : beaucoup d’occasions d’apprendre, mais pas de temps pour apprendre.
Mais cela fait longtemps que nous avons trop d’information ? Au début du XXème siècle, il y avait déjà tellement de livres dans les bibliothèques qu’aucun “honnête homme” n’aurait pu tous les lire…
Oui mais c’est justement la question de l’accès à la connaissance qui est posée. Quand vous suivez des cours à l’école ou en université, vous devez acheter des livres. Et vous connaissez cette sensation lorsque vous achetez un livre : j’ai la connaissance entre mes mains et je vais suivre ce cours et comprendre ce qu’il y a dans ce livre. Tous les ans, vous avez plus de livres et plus de connaissance. Mais, lorsque vous êtes diplômés, vous n’avez plus besoin de ces livres, vous les rangez sur une étagère. Un enfant de 4 ans peut aujourd’hui aller sur Google, taper le mot “écologie” et tout un monde s’ouvre à lui. Il n’a plus besoin de livres. Avant, posséder des livres était indispensable à la connaissance, mais de nos jours, la connaissance est partout.
Est-ce une bonne chose d'après vous ?
Il n'y a pas de bonnes choses, il y a une réalité et cette réalité est acceptée, qu'elle soit bonne ou mauvaise.
Est-ce une révolution technique ou une révolution de l’information ?
C’est une façon différente de communiquer. La chose la plus formidable du Web 1.0 est qu’il n’y a que des textes et des images, c’est très primitif. Cela permet aux architectes par exemple de partager des images. Dans le Web 2.0, tout est basé sur le flash. On ne peut pas récupérer les images depuis le navigateur, elles sont toutes encapsulées. Et c’est un vrai problème. Si vous regardez les enfants aujourd’hui, ils glissent les images sur leur bureau depuis le navigateur et font des collages, c’est fantastique la façon dont ils s’expriment avec ces images ! Mais maintenant, avec le Web 2.0, toutes les images sont bloquées et ne peuvent pas être récupérées. La première génération a créé la liberté, mais la seconde, dans un soucis de protection, a empêché la créativité.
Est-ce vraiment la direction que prend le web ?
Bien sûr, de plus en plus de gens vont se protéger et il y aura de moins en moins de partage. Beaucoup de blogs vont être protégés, il va falloir en payer l’accès et on va en revenir au Web 0.0 : autrement dit le Web n’existera plus. Tout reviendra sur le papier et il faudra payer pour le lire. C’est un grand pas en arrière…
Vous pouvez le voir partout, les accès se ferment. On vous donne à voir de plus en plus de merdes, comme la pub. C’est un modèle complètement fou ! Imaginez le genre de bouquins qu’on auraient eu s’ils n’avaient pu être édités qu’avec de la pub. Imaginez de la pub pour le Bon marché ou pour Cartier à chaque page d’un bouquin, il n’y aurait pas eu de grands classiques. Le médium perd sa forme pure, il n’est plus pertinent, c’est la réalité.
Aujourd’hui, en matière de design, travaillez-vous davantage sur des outils ou sur des objets ? (Question D'Etienne Mineur)
Lorsque vous réalisez des outils, tout le monde travaille pour vous, c’est génial ! C’est de la méta-création. Dans le passé, je travaillais sur la forme physique, d’un ordinateur par exemple, et je pensais que c’était vraiment important. Maintenant je pense que le plus important est de comprendre pourquoi nous avons tant de technologie. Pourquoi l’art technologique est-il au Centre Pompidou, mais pas au Louvre ? Pourquoi y a-t-il de l’art ancien au Guggenheim et de l’art moderne dans les musées contemporains ? Qu’est-ce qui les rend si différents, qu’est-ce qui les rend si étrangers ?
L’explication est la suivante : l’art technologique et l’art numérique ne dureront pas éternellement, car l’art est un investissement, ce sont des actions. J’ai fait un MBA juste pour comprendre ça. Ce monde est fou, l’art n’est qu’une valeur, la valeur est un investissement et cela fait gagner de l’argent, c’est pourquoi l’on investit. C’est pourquoi aujourd’hui l’art technologique est si excitant, car il n’est pas intéressant d’y investir, car dans 100 ans, il n’y en aura plus.
Que ferez-vous dans 5 ans ?
Qu’allez-vous faire de ces bandes (Rires) ? J’ai un grande surprise pour l’année prochaine mais je ne peux pas l’annoncer aujourd’hui.
Last bu not least, qu'est-ce que le design ?
Je pense que le but du design – ou de quoi que soit d’autre – est de comprendre ce que cela signifie de dire : il y a du design, il y a de l’art, il y a de la science. Ces mots sont vraiment contraignants. Posez-vous plutôt la question : quelle est la signification du terme vivre ? Car la vie est tout…
Interview réalisée au Centre Pompidou le mardi 27 novembre, à l'occasion des Entretiens du Nouveau monde industriel
Message édité par puck-aeiou le 06-12-2007 à 10:30:13