afin de méditer le "danger" Sarkozy, je vous soumet un extrait de - "Les usages de l'histoire" par le CVUH, comité de vigilance sur les usages de l’histoire (Université de Tours)
Le 17 avril, dans son discours de Metz, Sarkozy évoquait l’écrivain Maurice Barrès qui « sur la colline inspirée de Sion (…) priait dans un même élan de cœur la Vierge, la Lorraine et la France et écrivait pour la jeunesse française le roman de l’énergie nationale ». Barrès a effectivement joué un rôle majeur dans l’élaboration du discours sur « l’identité nationale », au moment de l’Affaire Dreyfus. A la différence du candidat de l’UMP, qui crie à la « diabolisation » quand on critique les relents nationalistes de ses discours, Barrès se présentait explicitement comme le porte-parole du camp nationaliste.
1. L’identité nationale est exaltée au détriment des « étrangers ». Elaboré à une époque où la question de l’immigration commence à être présentée par la droite comme le principal « problème » de la vie politique française, le discours de Barrès sur « l’identité nationale » prend d’emblée les immigrants pour cible. En 1893, il se fait élire député à Nancy, avec un programme intitulé : « Contre les étrangers ! ». Il faut préciser que le nationalisme barrésien intègre une composante antisémite qu’on ne trouve pas dans les discours de Nicolas Sarkozy. Néanmoins, se réclamer de Barrès aujourd’hui, c’est réhabiliter sur la scène politique, l’un des écrivains français qui a le plus contribué à populariser l’antisémitisme, en reprenant à son compte les thèses développées peu de temps auparavant par Edouard Drumont dans la France Juive. Chef de file du camp antidreyfusard, Maurice Barrès n’a pas ménagé ses efforts pour légitimer la condamnation du capitaine Dreyfus
2. L’anti-intellectualisme. Nicolas Sarkozy n’a cessé de dénoncer ceux qui critiquent sa propagande identitaire en parlant de « petite intelligentsia » coupée du peuple. Là encore, la filiation avec Barrès est évidente. Ce dernier a joué un rôle majeur dans l’élaboration de l’anti-intellectualisme populiste conservateur. Prétendant exprimer « l’instinct des humbles », Barrès s’attaque aux intellectuels qui ont pris la défense du capitaine Dreyfus, en les appelant les « anarchistes de l’estrade ».
3. L’anti-repentance. La critique de la « petite intelligentsia » est associée dans le discours sarkozyste à la dénonciation de la « repentance ». Tout examen critique du passé national est assimilé à un dénigrement de la nation, visant à cultiver la « honte d’être Français ». Force est de constater, une fois de plus, que Maurice Barrès disait exactement la même chose quand il s’attaquait aux dreyfusards. Dénonçant ceux qui voulaient « diviser la France » au lieu de la rassembler, Barrès se réclamait à la fois de Jeanne d’Arc, de 1789 et de la Commune de Paris.