La production délocalisée ne distribuera plus (ou moins) de revenus, selon la propriété du capital. Mais deux choses doivent être notées.
1) Les consommateurs auront accès à un produit moins cher, puisque les coûts de fabrication de ces produits sont moins chers, et si tant est que la part du profit dans la valeur ajoutée par unité produite n'augmente pas trop, ce qui est généralement le cas. Une partie des revenus des consommateurs est donc libérée pour d'autres consommations.
2) Il faut payer les importations. Or, nos euros n'intéressent pas les
agents des pays où l'on délocalise. On devra donc les payer en exportant à notre tour (avec nos euros, ils vont nous acheter des biens de consommation), ou alors en leur vendant des actifs (financiers par
exemple, c'est à dire qu'ils investiront leurs euros chez nous).
Si on délocalise pour fabriquer moins cher, on enlève quelque part du pouvoir d'achat aux habitants subissant les délocalisations. Qui va alors acheter les produits ainsi fabriqués s'il n'y a a priori moins de revenus injectés dans l'économie nationale ?
La consommation est toujours inférieure à la production puisqu'il
faut dégager des ressources pour produire les moyens de productions
(l'investissement). La question est de savoir si les profits dégagées par les entreprises qui délocalisent sont réinvestis. L'accroissement
des inégalités qui résulte des effets conjugués de la mondialisation
et du progrès technique biaisé (gains de productivité liés à la
qualification) a tendance à générer un déficit tendanciel de la
demande.
Tant que l'investissement marche du fait de la rentabilité élevée
du capital, tout baigne. Il arrive cependant cycliquement qu'un
surinvestissement soit constaté, eu égard aux limites des débouchés de la production, ce qui réduit nécessairement la rentabilité du capital.
Si l'investissement est insuffisant, l'endettement public (ou celui
des ménages, d'ailleurs), peut compenser temporairement l'insuffisance
de la demande. Ca marche actuellement pas mal chez les états-uniens (mais ils investissent aussi).