C’était en 1985, un dimanche après midi vers 15h, à l’Hôtel de Ville de la Mairie de Paris. Chirac travaillait à son bureau dans un survêtement bleu à trois bandes et des mules. Je me souviens de ce détail parce qu’on lui voyait les élastiques du pantalon qui pendaient derrière comme une mémère qui aurait enlevé ses jarretelles. Ce jour-là, Chirac m’a remis en liquide 500 000 francs de l’époque qu’il est allé chercher dans ses toilettes.
Pourquoi dans les toilettes ?
Parce que dans ses toilettes, il y avait un vieux coffre fort Fichet posé à même le sol qui devait dater de l’avant guerre, du temps où la Préfecture du Paris avait ses quartiers à la Mairie. Chirac ouvre donc la porte des sanitaires et tire la chasse d’eau tout en faisant la combinaison du coffre.
Il faisait deux choses en même temps ?
Justement non. Ce qui m’a un peu intrigué. Puis j’ai pensé qu’il tirait la chasse probablement pour couvrir le cliquetis de la combinaison. Prudence toute corrézienne !
Et après ?
Il revient vers moi avec une petite sacoche. Je la range, un peu maladroitement, dans un sac de sport. Et ne sachant quoi dire, lui lance : « Je vous signe un reçu Monsieur le Premier Ministre ?_ Sûrement pas, me répond-il en me raccompagnant à la porte. Avant d’ajouter : Tu as bien compris ? On est au courant de rien... »
Cet argent, ç’était pour quoi faire ?
A l’époque, la Nouvelle Calédonie commençait à s’embraser et j’étais secrétaire général du groupe RPR au Sénat. Nous avions décidé d’aider notre ami Dick Ukeiwé, sénateur d’origine canaque et président du gouvernement du territoire, qui luttait contre les indépendantistes. Je l’avais déjà emmené aux Nations Unies et à Washington pour une conférence de presse.
Puis, après avoir passé avec lui deux mois à Nouméa pour évaluer les besoins, j’avais dit à Pasqua et surtout à Chirac qu’il fallait envoyer sur place un directeur de cabinet pour Dick (Ukeiwé, NDLR) - le genre fonctionnaire qui sache négocier avec l’administration - et six mecs un peu Cobra-Casablanca pour se cacher derrière les cocotiers. Nous avions calculé qu’il leur fallait 500 000 francs, mais Jacques Lafleur, le patron du RPR local (RPCR : Rassemblement pour la Nouvelle Calédonie dans la République), pourtant richissime, ne voulait pas financer l’opération. Charles Pasqua avait fini par appeler Chirac et lui demander à mots couverts de l’argent pour aider Dick.
eh oui ... chacun mene et menera ses petites affaires .... avec l'argent du peuple