Sans entrer dans le jugement partisan, d'un point de vue purement stratégique, je trouve que ce débat est une très belle manoeuvre de la part des deux protagonistes.
- Royal prend de vitesse Sarkozy sur le terrain du centre, place ses thèmes dans la campagne. En s'affichant avec Bayrou, elle montre une image de femme conciliante, ouverte au dialogue et indépendante par rapport au PS. De plus, elle isole son rival, qui, en refusant le débat avec Bayrou, se marginalise un peu plus par rapport au centre, laissant ses lieutenants draguer sur ce terrain là. Il n'a plus qu'à se placer en "victime" (pour reprendre l'expression de Royal) des "élites" (énarquiennes), ce qui, à mon humble avis, ne marche guère.
D'autant que quand on voit le débat, on a l'impression que Bayrou penche quand même nettement pour Royal, même si bien sûr, il ne peut pas le dire explicitement : les "points de convergences" sont bien plus nombreux que les divergences (Institutions, intégration, etc...).
- Bayrou :
alors là, chapeau vraiment, il fait un coup magistral : parvenir à occuper l'espace médiatique du second tour (voir même, être au centre (
) de ce deuxième tour... Une sorte de grand arbitre en somme), alors qu'il a été éliminé au premier, c'est assez inédit. Il cultive son image d'homme de dialogue sublimant les clivages partisans, mais surtout, il séduit à gauche en montrant son visage très "social-démocrate" (à part sur l'économie). Finalement, il est gagnant à tous les coups :
- Si Royal gagne : il pourra peut-être négocier des postes gouvernementaux puisque elle sera élue grâce à lui... Voire même une alliance de centre gauche entre le PS et son nouveau parti démocrate, même si ca semble assez incroyable pour le moment.
- Si Royal perd : tout bénéf' pour Bayrou, il pourra étendre son parti démocrate vers la gauche, sur les cendres du PS, qui n'apparaitrat plus comme le meilleur défenseur de la "social-démocratie". Bref, pour lui, c'est aussi une grande manoeuvre de séduction vers la gauche.
Sinon sur le débat en lui même, je trouve qu'il était vraiment pas mal du tout.... Enfin de la politique comme je les aime, convaincus, argumentant assez précisemment... Bref, bel effet. Sarkozy doit enrager...
On peut juste reprocher l'étiquette "débat" puisqu'il s'agissait davantage d'une énumération de sujets ou les deux donnaient leurs avis, puis constataient leurs convergences ou divergences. Ca sera plus sanglant le 2 Mai