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A remettre au lendemain l’écriture d’un texte précis et soigné sur les questions politiques, je risquais de ne jamais l’écrire. L’organisation de ce texte destiné à internet est la suivante : un corps linéaire, et des liens hypertextes dans le corps du texte. En effet, autant profiter des progrès « technologiques ». La différence entre internet et un texte statique est qu’on peut se « promener » dans les arguments d’un html. Du coup, sa structure logique est beaucoup plus en cohérence avec son fond.
Une chose que je ne justifierai pas est la suivante : la presque totalité des problèmes de fond que nous rencontrons aujourd’hui en politique est contenue dans ce que j’appellerai, mais au sens large, très large, la question économique. Un pays stable dont tous les citoyens seraient à peu près riches et prospères n’aurait que des options philosophico morales à choisir et tout irait pour le mieux.
Certes, il est vrai qu’on peut reprocher à la politique en général de ne pas vouloir se sentir concernée par d’autres revendications que celles relevant de la richesse matérielle ou éthique, mais ce n’est pas mon choix : depuis toujours il est tabou d’aborder la beauté, la laideur, le fait d’avoir ou non un gros pénis, le fait d’être ou non équilibré, et toutes les autres inégalités de ce genre comme des thèmes de dialectique politique.
Dès lors qu’on a admis que je ne vais aborder que la question économique, mais au sens large, on peut commencer à exercer son esprit critique sur la suite de mon argumentation.
Je vous rappelle ce qu’est la science, non pas ce qu’elle est au quotidien, mais ce qu’elle est dans son fondement déontologique :
la recherche de certitudes.
On oublie trop souvent de le dire… Je lisais encore ce matin une explication donnée par un manuel scolaire de 4e (en ce moment il en arrive plein, car les éditeurs réagissent au changement de programme) de ce qu’est une démonstration, et j’étais sidéré : à aucun moment il n’est évoqué l’idée même de certitude. A croire que c’est plus dans l’inconscient des auteurs qu’en conscience que s’ils ont la chance (eux) d’aimer et de faire de la science, c’est AVANT TOUT parce que les preuves de la science sont une sorte de pied de nez à la nature, pied de nez à travers lequel on lui dit « tu vois : même toi tu as des obligations, et en plus de ça, ces obligations, on en « connaît » une partie appréciable, cette connaissance étant exactement la liste de nos « certitudes » scientifiques). L’explication du manuel était qu’une démonstration est une explication ordonnée pour établir la vérité d’une proposition. Vérité et certitude sont 2 choses extrêmement différentes : d’une part un théorème célébrissime (celui de Godel) établit qu’on ne pourra jamais prouver que les choses sûres sont vraies, et d’autres part, moult (la plupart même) vérités ne seront jamais prouvées. Ainsi : non seulement, une preuve n’établit que la certitude d’une proposition (le fait que celle-ci est sûre) et non sa vérité, mais en plus, ça n’en garantira JAMAIS la vérité par le théorème (d’incomplétude) de Godel. Un genre « d’acte de foi » semblera éternellement nécessaire pour passer de sûr à « vrai ».
La recherche de certitudes n’est pas l’invention de certitudes : on ne choisit pas ce dont on est sûr. La nature ne nous rend pas de comptes. La science a donc dû progressivement, au cours de l’histoire humaine, se positionner prudemment par rapport aux religions. Face à une affirmation religieuse, vous avez le choix (en quelque sorte) entre y croire ou non. La virginité de Marie, le fait que Jésus était le fils de Dieu sont des croyances. La science ne peut pas se permettre de reposer sur la foi : elle exige des certitudes et non des croyances.
Ce que je viens de dire qui concerne la différence sociologique entre science et religion peut presque être répété tel quel en ce qui concerne la différence entre science et politique, ou entre science et « économie ». Contrairement à la politique « libre », c'est-à-dire les discussions interminables de café du commerce, les idées démagogiques, les idées d’un soir, etc, l’économie a cependant une revendication qui brouille un peu les cartes : elle se veut « scientifique ». Alors qu’elle ne l’est pas.
C’est pourquoi il m’est indispensable avant de commencer quelque discours que ce soit de bien rappeler qu’on peut importer la science ou des procédés, voire des connaissances, de la science dans n’importe quelle activité, amusement ou réflexion sans que ça fasse de ladite activité ou dudit amusement une branche de la science.
Dès lors qu’il y a un doute dans une argumentation qui n’est pas reconnu instantanément comme tel, et levé par une preuve ou assumé par une hypothèse, l’interlocuteur que vous avez en face de vous, auteur de l’argumentation ôte d’emblée tout caractère scientifique à son discours. En économie, il est notoire et mille fois témoigné que les doutes submergent les théories économiques, que les gens qui défendent ces théories « hésitent » à reconnaître ces doutes, et par ailleurs, nulle certitude n’est rencontrée dans les spécificités soit disant savantes des différentes nuances des théories économiques. Elles sont démenties à longueur de journée et de pays, et leurs défenseurs continuent pourtant de les brandir comme ayant une grande valeur intellectuelle.
Dans la suite, dès lors que « j’importerai » des maths ou de la physique je serai très honnête et très clair avec le lecteur : je ne ferai même pas semblant de « justifier » mes affirmations mathématiques formelles et je les annoncerai comme des théorèmes, remettant à plus tard et à un autre texte leur preuve. Vous pourrez donc en toute légitimité les considérer comme des hypothèses.
On a coutume de dire que nous avons créé la « monnaie » pour remplacer le troc. Acceptons cet axiome qui ne mange pas trop de pain, mais poussons un tout petit peu plus la réflexion. D’abord, la monnaie ne se résume pas à permettre une mesure plus exact et plus fine de la valeur des choses. Elle n’est pas qu’un nombre suivi d’une unité qui mesurerait la valeur des choses. En effet, certains aspects du troc, certains blocages, qui n’ont rien à voir avec le désir de mesurer une valeur avec un nombre à virgule, sont « résolus » par l’existence de monnaie : quand A veut donner son cheval à B (pour l’échanger contre une porsche), et B veut donner sa porsche (supposée avoir strictement la même valeur que le cheval) à C (pour l’échanger contre une maisonnette, et C veut échanger sa maisonnette (même valeur exactement) contre un cheval (celui de A), alors une opération de troc nécessiterait que les 3 propriétaires soient là, et fassent, ensemble, un bilan complet de leur souhait. L’existence de la monnaie permet les échanges de se faire sans qu’aucune transaction n’ait besoin de se faire à plus de 2 personnes.
Ainsi la monnaie donne une solution purement qualitative à un problème que le troc ne résout pas, même si on suppose que l’évaluation des valeurs des choses n’est pas un problème.
Un premier axiome extrêmement robuste (dont il semble impossible de se débarrasser) est que le total des richesses (monétaires) et des dettes soient obligatoirement égal à zéro (en comptant négativement les dettes) ! Dès lors qu’on admet et qu’on reconnaît ce fait, il n’est plus du tout correct de faire semblant de croire que les endettés, les mauvais pères de famille, les détracteurs de croissance, etc sont une anomalie des économies mondiales.
Pour installer « mathématiquement » ce principe clé et, à mon sens, qui devrait tenir lieu d’obligation intellectuelle déontologique quand on parle d’économie, je vais « faire un raisonnement par récurrence » : expression bien connue des lycéens qui se préparent à des études scientifiques.
Il est inoffensif (pour la validité de la conclusion du raisonnement) d’admettre qu’il n’y a jamais 2 échanges qui se font en même temps exactement (quitte à pousser jusqu’à situer les évènements au milliardième de seconde dans l’histoire). Je vais donc appeler $E_n$ les échanges dans l’ordre où ils ont eu lieu depuis le début des temps. Disons, pour simplifier que la monnaie a été inventée au 1000ième échange.
Chaque $E_n$ est donc un troc pour $n<1000$. Lors du 1000ième échange, les 2 êtres humains (avec l’assentiment de la puissance publique) en présence ont l’idée de génie d’inventer la monnaie. X échange sa maison contre le chameau de Y, mais rechigne un peu, car considère que sa maison « vaut » beaucoup plus que le chameau de Y : ils conviennent alors que Y devra, « quelque chose » à X. Mais voilà qui n’est pas pratique, car ils ne sont pas certains de se revoir. Ils contactent le pouvoir politique qui « invente » la monnaie en déclarant Y « endetté » de la différence entre une maison et un chameau, dette évaluée à 500écus, et qui « donne » 500 écus à X.
Pour que cette invention ait quelque chance de persister, il est absolument vital que le pouvoir politique « installe » définitivement la notion d’écu, et garantisse sa valeur : en effet, les 500 écus remis à X ne lui seraient que peu utiles si les autres gens du monde ne « croyaient pas » à leur « pouvoir d’être échangés ». Mais pour que ces 500 écus aient réellement un sens, il faut vraiment qu’ils soient la contre partie de cette dette de 500 écus que le pouvoir politique s’engage à solenniser avec Y comme débiteur. A l’issue donc de $E_{1000}, la somme des richesses et des dettes est toujours zéro. La seule chose qui a changé est la « masse monétaire » en circulation, qui devient positive à partir de $E_{1000}$.
Etant donné un entier $n$ quelconque, analysons 2 cas, selon que $E_n$ soit un paiement (1er cas), ou une « reconnaissance de dette » (2ième cas). Ce que j’appelle « paiement » est simplement l’acte que nous pratiquons tous aujourd’hui, qui consiste à ce qu’une certaine quantité de monnaie change de poche. On suppose (hypothèse de récurrence) que juste avant $E_n$ la somme des dettes et de la monnaie en circulation est nulle. Si $E_n$ est un paiement, alors juste après $E_n$ (et donc juste avant $E_{n+1}$), la somme des dettes et de la monnaie en circulation sera aussi nulle (en effet, dans un paiement, aucune des 2 personnes ne contracte de nouvelle dette).
Deuxième cas : $E_n$ est une « reconnaissance de dette. Une personne X ne peut pas payer quelque service ou objet qu’elle « achète » à Y, et promet de « le payer plus tard », avec l’aide et la garantie de « l’état » (c'est-à-dire la puissance politique qui est seule habilitée à « créer » officiellement des écus). Par hypothèse de récurrence, juste après $E_n$ la masse monétaire en circulation a augmenté de, disons, 77 écus. Mais ces $77 écus$ sont la dette qu’a reconnu X auprès de l’état, état qui a créé 77écus grâce « à la planche à billet » et les a donnés à Y, de manière que Y n’ait pas à poursuivre X avec une mitraillette pour qu’il honore sa promesse. En contre partie, l’état a « enregistré » et promis de la traiter avec solennité une « créance » sur X, d’un montant de 77 écus. Juste après $E_n$ et donc juste avant $E_{n+1}$, la somme des dettes et de la masse monétaire en circulation est encore égale zéro (l’une a augmenté de 77 écus, et l’autre a baissé de 77 écus car les dettes sont comptées négativement).
Maintenant, quel type d’échange monétaire pensez-vous être capable d’inventer, un troisième type autre que les 2 types examinés précédemment, qui parviendrait à ne pas donner un « solde nul » ?
Je viens de prouver par récurrence le théorème suivant :
Sous certaines hypothèses très générales concernant les échanges monétaires, la somme des dettes (comptées négativement) et de la monnaie en circulation sera toujours et éternellement égale au nombre ZERO.
Supposons maintenant que pour une quelconque raison, untel ne puisse pas « rembourser » sa dette : qu’est-ce que ça change ?
La réponse est : « rien ». L’important n’est pas qu’il puisse ou non la rembourser, mais plutôt qu’il se sente réellement et pragmatiquement (délais réalistes par exemple) engagé par cette dette. Bref, l’important est qu’on tienne une « comptabilité » de cette dette, et de ces dettes en général et qu’en moyenne, on « mette la pression » aux « endettés » pour qu’ils ne se soustraient au remboursement qu’en cas d’impossibilité majeure.
Je parle dans l’abstrait et d’une manière générale : il ne s’agit pas d’un choix politique. Peut-être, pour que vous compreniez mieux, est-il utile de donner une définition :
On appelle dette de X lors de l’échange E (qui n’est pas un paiement) la monnaie créée et donnée par l’état à « l’agent économique » X lors de l’ échange E, qui dispense l’autre parti de l’échange d’être personnellement lié à X lors d’une éventuelle ultérieure poursuite de X pour les engagements qu’il aurait pris. Dès lors, tout ce que je viens de dire devient tautologique et donc irréfutable.
Vous pourriez répondre que tout ceci a « déjà » une teneur subjective et non scientifiquement fondée, en m’accusant de me placer dans un cadre « libéral » dès le départ : cette objection serait fausse, et une erreur de raisonnement. Parmi tous les échanges « matériels » humains, je n’oblige pas dans l’argumentaire précédent l’état à se substituer aux débiteurs, en se faisant débiteur ; et au créancier en se faisant créancier, je n’en évoque que la possibilité. C’est donc un supplément de généralité, et non une contrainte de plus, que je confère à mon raisonnement. Rien n’empêche une société de « choisir » de laisser les uns et les autres s’entre poursuivre et s’entretuer pour non respect des promesses que les uns reprochent aux autres.
Dans ce cas, mon raisonnement tient toujours en tant qu’appliqué dans un cas particulier. Le supplément ci-dessus apporté vient de ce que je dis : « même dans les mondes où l’état s’interpose justement dans les échanges…. »
C’est donc incontournable : la masse monétaire en circulation dans le monde, au sens abstrait (car il y a le problème, seulement pratique, du change) est très exactement égale à la somme des dettes contractées par les êtres humains auprès des banques centrales ou de ce qui en a tenu lieu au cours de l’histoire. Il n’y a pas un milliardième d’unité monétaire de différence entre ces 2 sommes, et je vous l’ai prouvé en vous signalant l’impossibilité qui serait la vôtre de me signaler une première date (et un premier échange) dans l’histoire à partir de laquelle cela aurait cessé d’être vrai.
Réponse à quelques objections :
1) Les échanges de type « vol » : par exemple un voyou se saisit du porte-monnaie d’une vieille dame et s’enfuit en courant. A cette occasion 30 écus changent de poche. Dans cet échange monétaire (je n’ai pas supposé le consentement comme condition nécessaire pour parler « d’échange » monétaire), il n’y a aucune création de monnaie !
2) La fausse monnaie : par définition, la fausse monnaie n’est pas de la vraie monnaie, même si elle est utilisée un temps comme telle. En particulier, les échanges monétaires en fausse monnaie peuvent être comptabilisés avec des montants égaux à zéro.
3) Le prélèvement des impôts : une entité abstraite, appelée trésor public, joue le rôle de l’autre parti de l’échange entre chaque citoyen et cette entité : en première approximation, il s’agit d’un échange de type paiement lors duquel il n’y a aucune création de monnaie.
4) Les versements d’aides sociales : une entité abstraite, appelée trésor public, joue le rôle de l’autre parti de l’échange entre chaque citoyen et cette entité : en première approximation, il s’agit d’un échange de type paiement lors duquel il n’y a aucune création de monnaie, et qui est de même type que l’impôt : c’est un impôt négatif.
Considérons maintenant le trésor public dans sa relation intime avec l’état : rien de mathématique ne l’oblige à équilibrer ses comptes. Mais chaque fois que la banque centrale ou ce qui en tient lieu lui délivre un argent qui n’existait pas avant, on enregistre bien une dette du même montant, dont le trésor publique devient alors débiteur.
Conclusion de ce chapitre : le monde entier se sert des dettes devenus anonymes et certifiées des êtres humains au cours de l’histoire comme monnaie d’échange. La masse monétaire en circulation augmente, autrement dit, la somme des dettes des êtres humains auprès des états augmente.
Toute créance dans notre monde joue essentiellement le même rôle qu’un billet de banque. Ces mécanismes sont garantis par des théorèmes qu’on peut prouver. Il n’y a donc pas besoin de voter de lois. C’est vrai et ça restera éternellement vrai dans toutes les sociétés (capitalistes, socialistes, communistes, ou autres) qui auront un nombre assez restreint de caractéristiques très peu contraignantes. Du fait que des endettés meurent, d’autres s’enfuient, et moult autres raisons qui rendent irréalistes certaines exigences que certaines dettes soient remboursées, il existe une « érosion » de la valeur d’un écu (unité abstraite créée pour représenter la valeur des dettes). A ce stade, je ne me permettrai surtout pas de dire que cette érosion est un germe de l’inflation.
Ré-abordons la notion générale de dette d’un point de vue qualitatif : les dettes personnelles que contractent les gens en privé ne sont pas concernées ici, puisque j’ai choisi de ne compter que les dettes au moins un peu « créatrices de monnaie », c'est-à-dire les créances « au porteur » dont l’état (forcément l’état par définition) garantit l’opérationnalité (par ce mot, je veux dire quelque chose comme « valeur effective »).
Une dette est une promesse ! Promesse faite haut et fort à l’état, ou devant l’état. C’est la force (au sens « force brute ») de l’état qui rend valable la promesse, « en moyenne » ; sa capacité à se faire obéir quand il exigera que promesse soit tenue. Une promesse est toujours datée dans l’avenir. La plupart des dettes sont « vraiment » remboursées (à l’état ! et non au trésor public) et entrainent de ce fait une « destruction » de la monnaie créée au moment de la promesse. C’est ainsi que c’est sensé se passer. Attention : ne pas faire l’erreur de croire que l’état « ne détruit pas » la dette ainsi remboursée. C’est une définition : l’état n’a pas de compte. Ne le confondez pas, dans cette discussion avec le « trésor public ».
L’état (ici) est par définition l’entité abstraite chez qui disparaît la monnaie détruite et de chez qui sort la monnaie créée. Puisqu’il existe de la monnaie, c’est bien qu’il existe une telle entité (peut-être aurais-je dû l’appeler « banque centrale », mais à l’échelle du monde… ce ne serait pas très adapté)
Vous pourriez m’accuser de tricher en me reprochant d’avoir distingué état et trésor public en sorte que les points (3) et (4) ci-dessus (impôts et aides sociales) ne soient pas des contre-exemples au théorème énoncé. Je vous réponds que c’est inoffensif de faire cette distinction : de la monnaie créée n’a d’existence « matérielle » pour les gens qu’à partir du moment où elle atterrit dans une poche privée. S’il s’agit d’une aide sociale et qu’on ne considère pas le « pauvre » ainsi « aidé » par les 770 écus qu’il reçoit comme endetté de 770 écus, alors, et ça ne change rien à aucun raisonnement, on comptabilise « le trésor public » comme endetté de 770 écus auprès de l’état et c’est tout. La question du remboursement de cette dette, et de son échéance est une autre affaire.
Symétriquement, de la monnaie détruite, grâce à l’impôt, par exemple, peut en termes comptables, passer par le trésor public (au moins en imagination) qui lui pourra être vu comme « remboursant » une dette à l’état.
L’état, dans les sociétés modernes, n’est pas facile à identifier. L’état dans nos mondes se confond très souvent avec la… nature ! En ce sens qu’il n’accomplit qu’acte d’académie : il marque de son sceau des « communications » formalisées avec des nombres, de manière à les « certifier conforme ». Ces communications sont des déclarations de personnes privées déclarant « je promets que… ». Solenniser et « anonymiser » (plutôt collectiviser) le créancier de la promesse est le seul rôle de l’état. C’est la nature, en particulier la nature humaine qui garantit le reste (et donc en particulier la charge affective et morale attachée à la notion de promesse qui donne sa « force » à la notion de monnaie)
En effet, si vous faites un chèque ou une carte bleue à un commerçant vous créez vous-mêmes (sans demander l’autorisation à l’état officiel) de la monnaie. Cette monnaie est détruite dès que (quelques heures ou quelques semaines plus tard) le commerçant « encaisse » votre chèque. En effet, durant le court délai où votre chèque n’est pas débité de votre compte et n’est pas crédité sur le compte du commerçant, et surtout si on imagine que vous n’avez pas mis d’ordre nominatif, le commerçant peut « échanger » votre chèque avec plein de gens comme s’il s’agissait d’un billet de banque. Autrement dit, le commerçant s’est enrichi et vous ne vous êtes pas appauvri.
Pour que vous compreniez bien je vais exagérer un peu en vous décrivant un moyen de mettre beaucoup de monnaie en circulation : vous faites 1 million de chèques de 50 écus, en demandant à chaque commerçant d’attendre le début du mois prochain avant de l’encaisser. Vous les faites « au porteur ».
Je récapitule :
· Dans les échanges humains, on peut, il est possible, parfois de faire des promesses non pas à une personne en particulier mais à la collectivité. · Il existe au moins une unité de mesure quantitative (que j’ai appelée « écu ») par laquelle certaines de ces promesses seront formellement quantifiées
· Quand la « force publique » garantit la pression judiciaire appropriée à la tenue de la promesse, et quand cette promesse est quantifiée en écus et adressée à la collectivité tout entière, elle est appelée « billet de banque centrale ». · L’exécution de la promesse est appelée « destruction du billet de banque centrale »
· Quand la promesse n’est pas faite à la collectivité, ou quand elle n’est pas quantifiée en « écus » elle ne s’appelle pas « billet de banque centrale »
Avec ces « définitions » tout le texte qui a précédé est étalage de quasi tautologies et non exposé d’une théorie subjective.
Comment se fait-il, maintenant qu’on a compris cette identification qu’il y a entre monnaie en circulation et promesses (ou dettes) auprès de la collectivité, que le monde fonctionne comme il fonctionne ?
Je n’aurai pas la prétention de démarrer dans les lignes suivantes une réponse même partielle à cette vaste question. Je me contenterai de « tordre le cou» je l’espère à moult préjugés (faux) qui ont des conséquences considérables et sont à l’origine des erreurs les plus profondes et les plus politiques commises par les peuples souverains.
Dans son rôle, l’état et le législateur (entité qui fait les lois) n’a pas plus de pouvoir « naturel » qu’un être humain. Il ne peut enfreindre ni les théorèmes de maths (ça, même la nature n’y parvient pas), ni les lois physiques (que la nature a « décidées ») et ne peut en particulier ni faire baisser l’entropie du monde, pas plus qu’il ne peut créer de l’énergie.
Le concept d’énergie est une découverte colossale de la science. L’énergie, pour bien des hommes qui n’ont pas assez réfléchi, peut être comparée à la monnaie (croient-ils). Elle circule d’un objet physique à l’autre, mais jamais il ne s’en créée et jamais il n’en disparaît. L’énergie se mesure avec les mêmes unités que celles qui mesurent force multipliée par distance ou encore vitesse multipliée par vitesse multipliée par masse. Une force est une masse multipliée par une accélération et une accélération est une vitesse divisée par une durée. Une vitesse est une distance divisée par une durée.
Historiquement, l’action de « soulever des poids » a inspiré grandement la compréhension de la notion d’énergie. A même hauteur sur laquelle soulever des poids, un objet X fois plus lourd demande X fois plus d’énergie et à même poids à soulever le fait de le soulever Y fois plus haut demande Y fois plus d’énergie. Mais on a dû, ensuite, raffiné la réflexion pour éviter que son champ de validité ne soit soumis à une dépendance à la gravité.
C’est si sérieux, cette affaire de soulever des poids, que la compagnie générale qui fournit l’électricité à un pays a parfois le besoin impérieux de stocker un peu d’énergie (par exemple parce que les gens ont un peu moins utilisé leurs machines électriques que prévu, et aussi parce qu’il faut pouvoir réagir à temps en cas d’augmentation brusque de la consommation). Tout doit se faire en temps réel. Que fait-elle ? Elle utilise le surplus d’énergie produit (par exemple par une centrale nucléaire) pour « soulever des poids ». Puis quand elle a besoin de « récupérer » cette énergie, elle laisse « retomber les poids » en récupérant leur énergie dite « cinétique ».
L’énergie existe et elle nous est fournie par la nature. Elle circule mais se conserve ! Dans une confusion peu intelligente, et très répandue, les gens comparent la nature à l’état (à la banque centrale) et l’énergie à la monnaie. Je pense qu’il faudra un jour ou l’autre tordre le cou très officiellement à ce trouble compulsif intellectuel collectif. La nature nous donne effectivement l’énergie. Mais l’état ne nous donne pas un seul centime de « vraie » énergie supplémentaire, via le concept de monnaie. L’état joue juste un rôle d’académie gardienne du langage des échanges. Il décide aussi des lois, mais doit « s’efforcer » de nous contraindre à les respecter. Dans ce rapport de force qu’il entretient, il « ne choisit pas » son énergie. Il « travaille » comme tout être humain, aussi esclave de la nature que l’est tout être humain, pour se maintenir fort. Contrairement aux apparences, le concept de monnaie, la monnaie sont une des moins importantes richesses de l’état en ce sens qu’on peut prouver (comme je l’ai fait dans le premier chapitre) en quelques paragraphes que l’état « ne peut pas vraiment créer de la monnaie », et ne peut que (ce qui est mince) officialiser et marquer de son sceau certaines promesses « au porteur » et quantifiées que se font les gens.
L’argent, la monnaie, et ce dans quelque société que ce soit, qu’elle soit ou non capitaliste, socialiste, ou communiste, n’a strictement rien à voir avec de l’énergie. 3 joules d’énergie (1 joule correspond à l’énergie qu’il faut exactement pour monter un poids de 1kg sur 10cm de haut) sont 3 joules d’énergie. Ce n’est pas grand-chose mais, c’est quelque chose. S’il y a 3 joules quelque part, ils ne disparaitront jamais. Ils se déplaceront, deviendront éventuellement « chaleur » (et donc, deviendront 3 joules « sales** ») mais ils seront toujours « là ». Les joules « pourraient » d’une certaine façon servir de monnaie. N’importe quoi peut servir de monnaie, en fonction de la manière dont l’état garantit la valeur, l’anonymat, et l’universalité sociale. Mais jamais la monnaie ne pourra servir de joules. La nature, les martiens se moquent éperdument de vos billets de banque centrale, c'est-à-dire de vos reconnaissances de dettes « au porteur », de vos créances sur votre « gouvernement » démocratiquement élu ou non.
** l’énergie sale est la forme la moins utile d’énergie. La deuxième loi de la thermodynamique interdit de « laver » l’énergie. La chaleur étant la forme la plus « sale » d’énergie, elle ne peut pas être transformée en un équivalent propre. Le nom « savant » donné à la « saleté » de l’énergie est « entropie ». La deuxième loi de la thermodynamique, jamais démentie, affirme que l’entropie d’un système isolé augmente toujours avec le temps. Les physiciens présentent l’entropie comme une mesure du « désordre ».
Croire le contraire, ce serait faire la même erreur que les gens qui, au moyen âge, auraient demandé aux habitants de la planète mars, ou mieux, à la nature, un peu d’énergie en échange d’invitations à la cour du roi.
Le fait qu’on dispose de la puissante artillerie des mathématiques, et donc de la puissance du calcul numérique pour arbitrer aujourd’hui les échanges et les communications entre les hommes, additionné au fait que le pouvoir politique est élu dans les démocraties ne donne pas un milliardième d’énergie en plus aux être humains que nous sommes. Nous sommes simplement devenus plus précis dans le décompte de nos droits et des voies que le grand monopoly et contrat social autorise pour accéder à des privilèges quantifiés. Ces privilèges « ne créent rien» et ne font pas de leurs détenteurs des sources d’énergie ou de vraies richesses. Pas plus d’ailleurs qu’ils n’en sont détenteurs, ils en sont (du moins à la hauteur de leurs fortunes comptabilisées en écus) « confisqueurs ». Confisquer des richesses, c’est les détenir. Ils ne détiennent que du droit, et des privilèges de droit.
Les détenteurs (souvent gagnants à l’issue d’une stratégie vouée à gagner, et non par désignation d’une « cour du roi ») de ces privilèges sont contents. Créanciers de la collectivité, ils peuvent lui demander en retour des tas de « distractions » pendant que les non privilégiés doivent travailler ou se débrouiller autrement pour obtenir de la société nourriture et produits de première nécessité, ainsi que distractions. Parfois, ces privilégiés peuvent « utiliser » leurs points (comptés en écus) pour « consommer » des richesses du monde. Mais jamais ces richesses ne peuvent être autre chose que « consommées ». Et consommées, elles n’existent plus. L’idée que les privilégiés seraient détenteurs de richesses est une des plus dangereuses et des plus répandue. Les privilèges dont les règles sociales les affublent sont à comparer au pouvoir des membres de la cour du roi, et au pouvoir du roi dans les anciennes aristocraties. Certes, tout est libellé avec des nombres, mais ça ne change pas la nature « physique » d’inexistence de ces privilèges en tant que « richesses qui pourraient être saisies et exploiter pour le bien commun ».
Aurait-on, autrefois, eu la bêtise d’espérer qu’en capturant le roi, et en le découpant on aurait pu sortir de son corps de quoi nourrir des milliards d’hommes ? (J’hésite à dire que certains penseurs modernes commettent ce genre de stupidité à des tribunes modernes, quand ils préconisent de trouver de quoi nourrir les pauvres dans la suppression des privilèges des riches, tant ce serait les insulter, et pourtant…)
Ca ne marche que dans l’autre sens : les détenteurs d’énergie ont quelque chose à échanger. Il faut voir, d’ailleurs, combien sont grands les nombres d’écus (appelés prix) qu’obtiennent les propriétaires « terriens » d’énergie sous forme brute en échange des cessions de parties de ladite énergie.
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