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Auteur Sujet :

Nicolas S.

n°47604
eglantine_​mauve
Profil : Tête d'affiche
Posté le 27-08-2011 à 18:36:46  profilanswer
 

À la manière du cardinal de Retz.
 
Il avait l’ambition…
 
Nicolas S. avait plus de facilité que de jugement, plus de jugement que de psychologie, plus de psychologie que de perspective, plus de perspective que de stratégie, plus de stratégie que de convictions et plus de convictions qu’on ne le disait. Cela faisait qu’il en changeait souvent. Il était l’homme du moment mais ce moment durait tout le temps qu’un autre n’était pas venu. Il ne se gênait jamais, gênait souvent, marchait pour arriver à ce qu’il voulait et passait à une autre volonté s’il rencontrait un obstacle. Il avait l’ambition de tout le monde mais s’y vouait comme personne. Sa carrière l’avait mené dans les emplois indispensables à une carrière ; il sautait d’une place à l’autre, d’une basse branche à une branche élevée, et s’il se retrouvait plus bas qu’il n’avait sauté, demandait qu’on l’applaudisse tout de même.
 
Dans le traitement des affaires, c’était un général vainqueur avant d’avoir vaincu ; dans le traitement des hommes, il ne s’attachait pas à s’attacher les dévouements et préférait payer les ralliements par des emplois qui ne lui coûtaient rien, ce qui le privait de concours véritables. Son despotisme était de l’humeur, il rabaissait beaucoup, ne punissait pas assez, n’aimait pas ne pas être aimé sans que l’on sache qui il aimait. Il prenait les causes comme le vent, ce qui faisait que ces causes étaient bonnes et douces, ou furieuses et dévastatrices. Il avait le coeur le plus désarmant, la main la plus droite, la bonté la plus prompte.
 
Sa sécurité fut la position qu’il avait conquise. Autour de lui, on le blâmait mais on était obligé de le suivre. Il commença par des excès qui se retournèrent contre lui, parce qu’il était d’abord son principal excès. Entrant dans toutes les affaires, il courtisa ses ennemis et méprisa ses amis. Les ennemis ralliés à son pouvoir en furent aussitôt gâtés ; il les oublia, devint prude, affecta des retirements, partit à la recherche de ceux qu’il avait perdus et suggéra qu’il serait magnifique de tout recommencer. Il y avait chez lui la foi que rien n’est grave et cet éternel enfant ne croyait jamais qu’on pût lui tenir grief de ce qu’il avait été. Quand on voulait être honnête il était difficile de le prendre en défaut parce qu’il y était toujours et de lui rendre justice parce que ce n’était jamais assez.
 
Son succès fut la faiblesse de ses adversaires. Non qu’il fût habile au maniement des hommes ; s’il avait l’art de diviser, c’était sans l’avoir voulu. Mais il y avait toujours, dans les conjonctions qui se formaient contre lui, moins de force que de hasard. Cela fit que si, dans ses débuts, il s’acharna à mécontenter ceux de son camp, par la suite il s’appliqua à les rattraper. Il avait le génie du contretemps.
 
 
La familiarité qu’il affectait l’éloignait plus qu’elle ne le rapprochait. Il était sans manières mais avait des façons. Dans sa jeunesse, il n’avait pas lu ; la musique et les arts lui étaient inconnus. Il avait résolu qu’on dise le contraire et assommait ses visiteurs de citations et de rudiments. Il croyait ce qu’il disait quand il le disait. Il était faux de le croire car on ne le croyait qu’à son détriment. Il n’avait de bon sens que dans l’instant. Il donnait des ordres mais ses actions étaient désordonnées. Il plaidait plus qu’il ne prouvait. Tant d’énergie, peu de durable ; voilà son épitaphe, plus courte que sa vie.
 
 
Il fut mêlé à plus d’intrigues qu’il n’eut à subir de conspirations. Pour le barrer, son prédécesseur avait laissé le premier ministre bâtir une fable qui l’accusait d’avoir touché. On n’eût pas inventé plus sot, ni plus fantastique. Il l’apprit, retourna la fable contre ses inventeurs, les traîna devant la justice. Il eût fallu s’arrêter ; il poursuivit sa vengeance au-delà de l’utile puis tenta de se concilier celui dont il avait juré la perte. Il était ainsi fait qu’il chassait deux lièvres en même temps.
 
 
Son orgueil était très grand ; il n’y joignait ni la patience, ni le discernement. Il pensait qu’il suffit d’être riche pour être important, d’être important pour être influent. Curieusement il s’entoura de médiocres, de seconds rôles et de charlatans. À sa décharge, il faut ajouter que son époque n’était pas très grande, et qu’il prit ce qu’il trouva ; simplement, il n’était pas regardant.
 
 
Il eut cependant des amis qui le servirent malgré cela, parce qu’il avait en lui quelque chose qui lui était supérieur. Il n’y a pas de difficulté à savoir ce que c’était, car il n’y avait en lui aucune énigme, pas de mystère et peu de secret. À 20 ans, il avait tout mis sur la place publique et rarement n’a-t-on si bien su à qui l’on avait affaire. Plus que Nicolas Sarkozy, c’était le pouvoir, que ces hommes servaient, après l’avoir aidé à le prendre ; tout au long de son règne, dans les coeurs les plus proches mais les plus raisonnables, le principe l’emporta sur les sentiments.
 
 
Il eut enfin cette qualité d’être équitablement servi par la chance. Elle lui causa des difficultés dans son gouvernement mais lui offrit des circonstances presque divines. Il fut ainsi privé de son rival le plus dangereux au moment qu’il passait pour perdu, et cela dans des circonstances infamantes qui passent l’imagination. C’est un bien grand talent que la mort de ses ennemis ; je n’ai pas d’exemple d’une réussite aussi parfaite, et elle me convainquit d’en être partisan.
 
 Horace de Landon-Taxis


Message édité par eglantine_mauve le 27-08-2011 à 18:39:23
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n°47661
sargolene
Profil : Habitué(e)
sargolene
Posté le 02-09-2011 à 23:35:00  profilanswer
 

très intéressant merci églantine


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http://sargolene.over-blog.com/

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