Le comptage des manifestants donne toujours de drôles de résultats. Mais alors qui est de mauvaise foi ?
Un article à ce sujet, dans libé :
Les bons comptes font les bonnes manifs
Pourquoi tant de différences entre le nombre de manifestants donné par les préfectures et celui affiché par les manifestants? Petit décryptage des méthodes de comptage.
Mardi matin à Rouen, la police comptait 18000 manifestants alors que les organisateurs en revendiquaient 40000. A Calais, ils étaient 6650 selon la police et 13500 selon les syndicats. Au Mans, on en avait 10000 d'un côté contre 30000 de l'autre. A Marseille, 25000 opposés aux 250000 des syndicats.... Toute la journée de ce mardi, les chiffres contradictoires sur l'importance des cortèges, qu'ils émanent des autorités où des organisateurs, seront relayés par les médias. Au point que les agences de presse livrent les deux sources sans évoquer leur propres estimations. Et pourtant...
Le comptage des manifestants obéit à des méthodes traditionnelles qui ne laissent pas la place à de tels écarts d'appréciation. Du coté de la police, le travail de préparation au chiffrage consiste, une fois le parcours déposé, à déterminer l'endroit (pour une petite manif) ou les deux endroits (pour les cortèges plus importants) où placer des policiers. Ceux-ci se relaieront pour appuyer sur un petit compteur manuel et comptabiliser les rangs de manifestants qui défilent devant leurs yeux. Les agents auront au préalable estimé le nombre de personnes par rangée, en fonction de la largeur de la voie.
Le choix des points de comptage doit être judicieux. A Paris, ils ne doivent être «ni trop près, ni trop loin du départ», estime la préfecture. Et ne doivent pas communiquer entre eux. Les comptages sont ensuite vérifiés par d'autres paramètres, comme la surface de la manifestation, calculée en fonction de la distance entre la tête et la queue et de la largeur des voies empruntées, sachant qu'il ne peut y avoir plus d'un manifestant par mètre carré, ce qui représente un cortège très serré. Les policiers de faction font un point intermédiaire chaque demi-heure avec leur PC.
Une fois la queue de la manifestation passée devant le dernier point de comptage, la préfecture choisit ensuite soit de faire une moyenne, soit de privilégier l'un ou l'autre des comptages si elle estime que l'un des comptages n'est pas fiable.
Quand l'appel est national et que la province se joint à la manifestation parisienne, les fonctionnaires de la préfecture disposent également du nombre de réservations TGV ou du nombre de bus affrétés pour étayer leurs chiffres. A 50 personnes par bus, par exemple, il suffit de faire une multiplication. Quant aux très gros cortèges, comme ceux de ce mardi à Paris, la préfecture dispose également de vues aériennes pour peaufiner ses chiffres.
La CGT s'appuie pour sa part sur «la longueur de la manifestation» qu'elle calcule notamment en partant du «temps de défilement» du cortège, à raison d'une vitesse de 2 km/h en moyenne. Parallèlement, elle évalue «la densité des participants au départ et à l'arrivée et sur plusieurs tronçons d'une centaine de mètres» pour obtenir le chiffre total. L'Unef, quant à elle, procède un peu comme la police. Les chiffres sont également élaborés à partir de «la longueur de la manifestation et de sa densité» et après coordination avec les autres organisations présentes, pour «donner un chiffre à peu près cohérent».
Contrairement au travail effectué dans les préfectures où les chiffres recueillis sont rétablis en moyennes et ont tendance à s'effondrer, les coordinations entre les organisateurs ont pour leur part vocation à arrondir le nombre des protestataires au plus haut. Mais certainement pas au point de creuser des écarts de 1 à 3 voire 10 avec la police.