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SNCF: Sarkozy s'en prend au syndicat Sud-Rail
AP | 15.01.2009 | 16:29
"Je ne peux pas accepter qu'une organisation syndicale irresponsable casse le service public et bafoue l'intérêt des usagers du service public en fermant la 2e gare de France sans prévenir personne", a accusé jeudi Nicolas Sarkozy, désignant nommément le syndicat Sud-Rail.
Face à cette colère, plusieurs autres syndicats de cheminots ont tenu à rappeler que cette grève s'était déroulée dans des "conditions légales", mettant en garde contre tout durcissement de la loi qui ne ferait selon eux "qu'attiser le recours à des conflits durs". "Un durcissement de la loi ne serait pas de nature à ramener un climat serein", prévient notamment la CFDT, syndicat qui n'abuse pas particulièrement du droit de grève.
La gare parisienne de Saint-Lazare, qui voit passer près d'un demi-million de voyageurs par jour, avait été fermée toute la journée de mardi par la direction de la SNCF suite à un débrayage des conducteurs, indignés par l'agression d'un collègue la veille à Maisons-Laffitte (Yvelines). La colère du président intervient par ailleurs à deux semaines d'une grève générale interprofessionnelle dirigée contre la politique du gouvernement sur le plan économique et social, le 29 janvier, mouvement qui touchera notamment les transports.
"Une organisation irresponsable essaie de tourner la loi, se moquant de son outil de travail, de la déontologie du service public" et porte "gravement atteinte à l'image d'une entreprises exceptionnelle", a-t-il accusé lors d'un déplacement à Vesoul (Haute-Saône). Il a évoqué des "images hallucinantes" et des usagers "pris en otage dans des conditions d'une violence inacceptable".
"S'il y a des faiblesses dans la loi (sur le service minimum dans les transports) votée par le Parlement, nous les changerons par la loi", a-t-il menacé. "La loi s'applique à tout le monde, y compris à ceux qui appartiennent à Sud, et la loi sera respectée par tout le monde, y compris par ceux-là".
Mercredi soir, le président de la SNCF Guillaume Pepy avait estimé que "le temps est sans doute venu de revoir les règles qui, aujourd'hui, autorisent à la SNCF des grèves reconductibles d'une heure en début de service et qui ont pour effet de désorganiser complètement le trafic et de pénaliser les usagers de manière excessive". "Ça ne peut plus durer, ça n'est plus possible, il faut revoir ces règles", avait-il martelé sur France 2.
"Aujourd'hui, Sarkozy et Pepy s'en prennent à ceux qui leur ont donné tort en montrant que la lutte collective permet de gagner: ils veulent restreindre encore plus le droit de grève!", a tonné jeudi Sud-Rail dans un communiqué. "Ainsi, pour une heure de grève, la journée complète serait retirée sur le salaire! Cela s'appelle du vol".
"Le fond du problème, c'est le refus de négocier de la direction. Aujourd'hui, la loi prévoit 15 jours de discussions avant le dépôt d'un préavis de grève. Si elle a lieu, c'est qu'il n'y a pas de réponse aux problèmes qui sont soulevés", a déclaré jeudi à l'Associated Press le secrétaire général adjoint de la fédération FO des cheminots Gérard Le Mauff. "Comment se fait-il qu'à Saint-Lazare, ce qui était demandé depuis des mois et dont on nous expliquait que c'était impossible sur un plan budgétaire n'a été obtenu que parce qu'il y a eu une grève de révolte?".
"Et puis la grève, ce n'est pas la grève des syndicats mais celle des salariés. La grève n'est pas une solution mais quand les salariés se mettent en grève, c'est qu'il y a des raisons", a-t-il ajouté.
Selon lui, "si on durcit la loi, ça ne réglera pas le problème, mais ça cristallisera un ras-le-bol et on ne pourra plus rien maîtriser. Quand ça pétera, ça pétera dur. On aura une généralisation des conflits du type de celui qu'on vient de vivre à Saint-Lazare. Les gars vont dire: 'la loi ne sert à rien. Seule la révolte est efficace'".
"Le gouvernement a voulu mettre en place une loi sur le service minimum avec un minimum de dialogue social et Sarkozy s'est même amusé à dire il y a quelque temps que lorsqu'il y avait une grève, personne ne s'en rendait plus compte. Malheureusement pour lui, malgré sa loi, on s'en rend compte et les salariés ont fait grève en toute légalité", estime pour sa part le secrétaire général de la CFDT-Cheminots Arnaud Morvan.
"Si on veut encore nous limiter le droit de grève, il y aura peut-être un front du refus et ça, il faut bien le mesurer", a-t-il prévenu. "Un durcissement de la loi ne serait pas de nature à ramener un climat serein". AP
Source Nouvel Obs
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