Une jeunesse en désarroi
Feuille de route Quart Monde n°346 décembre 2005-12-15
« […] Mais la violence appelle éternellement la violence et notre réponse à la violence inconsciente et aveugle du misérable est celle du dégoût, du mépris, du rejet toujours plus intense : l’exclusion du patrimoine commun et le renfermement dans les cités dépotoirs. Notre réponse, c’est le gendarme, le car de police, le bulldozer,… Nous les sécurisés, nous nous endormirons alors dans la paix, la quiétude, toujours ignorant de celui qui était près de nous et qui était notre frère. Non pas déchet, mais victime il restera pour compte dans les cités noires, les meublés, les bidonvilles. Sa réalité, nous ne voulions pas la connaître et plus nous nous enfermons dans nos forteresses, moins nous serons capables de savoir ce qu’il en est réellement. […] »
Extrait de « La violence faites aux pauvres », Joseph Wrésinski, fondateur du mouvement ATD Quart Monde, revue Igloos, 1968.
« […] Les meilleurs spécialistes des quartiers difficiles ne sont-ils pas d’abord les gens qui y vivent ou tentent d’y survivre ? Et toutes les autorités que la France compte – politiques, administratives, policières, mais aussi médiatiques, journalistiques -, que savent-elles (que savons-nous ?) de ce que signifie, au ras de ces « banlieues », l’ordinaire des jours sans incendie, sans « baston », sans travail et sans perspective ? Il ne faudrait parler qu’avec un très grand respect de ce que l’on ignore et refuser les automatismes de l’indignation et de la peur. Parler avec respect d’une jeunesse en désarroi qui s’entend seulement dire par la France installée que la place lui est comptée et qu’au soleil de l’opulence il n’y aura de strapontins que pour ceux qui, individuellement, sauront faire des efforts herculéens. Parler avec respect aussi de ces policiers et de ces pompiers dont on peut imaginer la peur, parfois, et admettre que dans les travaux qu’on leur demande (et que bien peu accepteraient) il y a une forme de service rendu au nom de la nation. […] »
Extrait de l’éditorial de Bruno Frappat, La Croix, 7 novembre 2005
« […] Nous avons mis en garde les élus, les bailleurs. Notre parole était « trop forte », nous « n’avions pas assez de patience », il fallait « laisser du temps au temps »,… Nous les avons vu grandir ces petits qui avaient besoin d’une aide psychologique depuis la maternelle… Je garde comme une richesse ma colère et ma révolte de gosse de pauvre et je choisi de demeurer dans un quartier sensible… Oui ça suffit et malheureusement il faut des millions d’euros de dégâts, des gosses en prison, des assassinats, pour qu’une frange de notre douce France prenne conscience, je l’espère, que des millions de gens vivent en dessous du minimum vital. […] »
M.L.B., Limoges (Haute-Vienne)