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Il est 23 heures. Maxime* gare son scooter au pied de la tour Montparnasse, prêt à partir en “tournée”. Depuis deux ans, le jeune homme fournit “de quoi taper” (prendre de la cocaïne, ndlr) à une clientèle “fidèle, diverse et en augmentation”. Loin des stéréotypes du dealer de banlieue, Maxime joue avec d’autres atouts : un costume de couturier italien, un sourire accrocheur, un précieux Moleskine, et son scooter. “Je travaille la nuit, donc le métro tu oublies. Les voitures de marque attirent toujours l’attention, mais le scooter jamais. Bon, on y va ?”
Terrains de jeux
Une heure plus tard, rendez-vous dans un bar branché de Saint-Germain. Des trentenaires “bobos” se déhanchent sur un hit de The Cure dans une chaleur étouffante. L’arrivée de Maxime provoque sourires et clins d’oeil chez une petite dizaine d’habitués, qui multiplient les invitations à boire un verre. Les échanges, sans grande discrétion, se font à une table. “J’ai vendu 4 grammes”, explique Maxime à la sortie.
“C’est pour tenir”
“Le gramme se vend 60 euros. Pour le trait (rail, ndlr), c’est environ 20 euros”. Une demi-heure plus tard, nouvel arrêt, rue Oberkampf. “Tu m’attends là. J’en ai pas pour longtemps”. 5 grammes seront cédé à un barman. Deux heures du matin, Quai de Valmy. Au dernier étage d’un vaste immeuble, une porte s’ouvre. Un quadragénaire distingué montre la direction du salon, ou sa compagne enseignante, corrige des copies. “Ce n’est pas pour ce soir. C’est pour demain, au boulot”, explique Paul*, architecte. “Je suis parfois mobilisé trois à quatre jours sur un projet. Avec ça, je tiens”, poursuit-il.
Quadra attitude
Trente minutes et deux bières plus tard, Maxime, délesté de 3 grammes, sait qu’il faut partir. “Des quadras comme eux, j’en ai de plus en plus”, dit-il en descendant les escaliers. “Ils sont fidèles, honnêtes et en demande.” Constat vérifié quelques dizaines de minutes plus tard dans le quartier des Champs-Elysées. Hélène*, 42 ans, gérante d’un magasin du secteur sort d’un dîner entre amis. 1 gramme sera échangé dans deux paquets de cigarettes. “C’est le prix du sourire quotidien”, lâche-t-elle.
ADRIEN CADOREL
* les prénoms ont été modifiés
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