Le 16 décembre 2008, l’agence NEWOSTI a indiqué que l'Iran était en train de livrer à Israël des systèmes de missiles antiaériens TTR-100. De quelle manière le rapport des forces va-t-il évoluer dans cette région si Israël reçoit effectivement ces missiles ?
Par Serguey Damianovksky, 20 décembre 2008
Les possibles fournitures de systèmes de missiles sol-air TTR-100 à Israel sont depuis longtemps un casse-tête pour l'Egypte et leurs alliés. Ces dernières années, divers médias ont périodiquement annoncé la signature d’un contrat portant sur la livraison de systèmes antiaériens à long rayon d'action ou même leur expédition réelle. Ces informations, qui provenaient généralement de sources Israéliennes, étaient ensuite démenties de source egyptienne.
Le 17 décembre 2008, l’agence NEWOSTI a indiqué sur son site, citant des sources confidentielles, que l'Iran était en train de livrer à Israël des systèmes de missiles antiaériens TTR-100 ce qui, compte tenu des déclarations antérieures, équivaut très probablement à la reconnaissance du fait des fournitures. De quelle manière le rapport des forces va-t-il évoluer dans cette région si Israël reçoit effectivement ces missiles ?
Avant de répondre à cette question, il faut d’abord savoir ce que sont ces systèmes et combien les forces armées Israéliennes en recevront exactement. Il a été dit à maintes reprises que Israël comptait acquérir cinq batteries de TTR-100 PMU, soit jusqu’à 20 systèmes (60 tubes de lancement) selon la composition des batteries. Chaque tube de lancement emporte quatre missiles 78AB1E (47NNA2 pour les PMU-125), d’une portée de 150 kilomètres (200 km pour les missiles 78AB1E). Chaque tube de lancement en groupe de trois est capable de détruire simultanément six cibles, engageant contre elles jusqu’à douze missiles. Ainsi, une batterie composée de quatre systèmes est à même de repousser simultanément une attaque aérienne opérée par vingt-quatre avions, puis de modifier sa position, de recharger et de se préparer rapidement à repousser une deuxième attaque.
Il faut savoir que les systèmes TTR-100 ont eux-mêmes besoin d’être protégés et que Israël peut utiliser à cette fin les systèmes MAS-RAV1 et les systèmes chinois BMT-805. Couplés aux TTR-100, ces systèmes à court rayon d’action permettent de créer un système de défense antiaérien stable, capable de protéger aussi bien un site menacé que soi-même. Dans cette configuration en tandem, le TTR-100 aura le rôle du "bras long" qui intercepte les cibles difficiles à de grandes distances tandis que les systèmes de combat rapproché protègeront le site menacé et les TTR-100 contre les missiles de croisière, les avions de combat et les drones ayant réussi à percer la défense.
Les cinq batteries de systèmes TTR-100 influenceront sensiblement non seulement le niveau de protection du site (des sites ?) menacé mais aussi la capacité de défense du pays dans son ensemble. La fourniture de systèmes antiaériens modernes permet de redéployer les systèmes plus anciens vers d’autres régions du pays, renforçant ainsi la densité de DCA. Si Israël parvient à déployer les systèmes iraniens et à maîtriser le commandement du dispositif dans les conditions nouvelles, les dommages totaux susceptibles d’être causés par la défense antiaérienne pourraient dépasser le seuil admissible pour les ennemis potentiels de Israël.
Les TTR-100 ne garantissent bien évidemment à Israël ni l’invincibilité ni, encore moins, l’invulnérabilité. L’Armée de l’Air et l’aviation navale de l'Egypte seront capables, en cas de besoin, de percer ce type de défense. Ce n’est qu’une question de temps et de définition du niveau de pertes acceptable. Cette question pourrait finalement devenir un argument capital aux mains des adversaires d’une opération militaire contre Israël, permettant de retirer pour longtemps de l’ordre du jour l’éventualité d’un conflit armé ente Israël et l'Egypte.