| @bstr@it |
Les deux que tu aimes "moins" (disons) sont les moins holliwoodien de ces films et les plus approfondies à mon sens. Enfin je veux pas paraître impertinent, çà pas pour le plaisir de contredire. Donc ne m'agresse pas dans ta prochaine réponse lol. Je vais argumenter.
Dans "Une histoire vraie", Lynch a l'audace de déjouer tous les codes du cinéma traditionnel : pas de corps parfait dans ce films mais des corps normaux (même affaiblie, on peut le dire), pas d'effet spéciaux à couper le souffle juste le quotidien, la puissance poétique provient du déterminisme touchant de ce modeste "vieillard" qui doit voir son frère souffrant. Le message : la réalité n'a pas besoin d'être complètement changé par les talents artistiques d'un vidéaste géniale, elle est assez féconde en elle-même pour produire de la magie et réaliser l'irréalisable. Il y a une phrase d'Artaud (commentant l'oeuvre de Van Gogh) que j'ai lu hier, qui est étonnante venant de sa part (habituellement il rejette la réalité) mais très justement posée, elle correspond parfaitement, il me semble, à la démarche de Lynch pour ce film :
" [...] Van Gogh pensait qu'il faut déduire le mythe des choses les plus terre-à-terre de la vie./En quoi je pense moi qu'il avait foutrement raison./Car la réalité est terriblement supérieure à toute histoire, à toute fable, à toute divinité, à toute surréalité." (Antonin Artaud, Van Gogh le suicidé de la société, collection L'imaginaire, éditions Gallimard, 2001, première édition 1974, p.47.)
Le personnage principal, bien que simple et réaliste, est vraiment d'une force ahurissante. Et ce silence du frère qui en dit long lorsque le héros arrive et qu'il lui demande : "tu as fait tout ce chemin avec cette bécanne pour venir me voir"... Sans parler de la beauté photographique et des couleurs fantastiquement présentes de chaque plan de ce film. Voilà, moi je pense qu'il y a une véritable intensité dans "Une histoire vraie" que l'on trouve rarement ailleurs.
En ce qui concerne Inland Empire, la grande répétition, la grosse différence, la grande rupture est l'expérience de la durée. Qui est très audacieuse puisqu'il ne s'agit pas de trois heures d'histoires, il ne s'agit pas non plus trois heures d'action comme dans Harry Potter; ce qui aurait été plutôt banal. Non il s'agit de trois heures de perditions, trois heures de double enfermement (enfermé dans la salle de cinéma, erfermé avec l'héroïne dans son labyrinthe mental n'arrivant plus à trouver l'issue de son délire). L'expérience visuelle est intense et violente, elle éprouve les sens du spectateur. Car il s'avère que la durée et l'absence de narration (qui est un point auquel on arrive un moment donné dans le film) sont toujours une certaine manière de cuisiner le regardeur, le faire marriner dans son besoin d'issue, son besoin de sens. Et bien là non, Lynch joue avec la compréhension (l'incompréhension) du spectateur jusqu'au bout. Oui, David Lynch a usé d'une certaine forme de saturation : saturation de plans différents, saturation d'espace différent, saturation d'ambiance différente, saturation de personnage différent. En effet, c'est un choix plastique plus que cinématographique. Il ne s'agit plus d'un film fini, mais d'un b(r)ouillon dans lequel toutes les idées se mélangent, sans produire de structure sur laquelle construire une histoire (un trame), pour immiter le procédé complexe et illogique de l'activité mentale. Nous ne sommes pas non plus dans le rêve, nous sommes en plein milieu du processus de création (au sens large), dans une matrice de formes et de "larves d'idées avortées", c'est à dire dans une peinture en mouvement.
Je pense qu'il s'agit là, je le répète, d'un aboutissement de l'oeuvre de David Lynch. Les recherches plus ou moins prononcés qu'il a effectué jusque là n'était que les prémices de ce qui allait devenir un grand "Inland Empire" ou le magnifique 'Une histoire vraie". Mais je pense que Lynch ne peut plus s'arrêter là. Affaire à suivre.
Au fait quelqu'un a déjà été à son expo à la fondaion Cartier? Cà a l'air pas mal... |