Serge Martin a écrit :
Film prétentieux et abject. Il montre l'état précis de "la pensée" en France qui veut soumettre les arts aux pseudo-philosophes subjugués par le nazisme comme Heidegger. Oui, ce film empêche de penser parce qu'il instrumentalise l'histoire et n'acoute même pas le contemporain dans sa compexité: il empêche de voir parce qu'il empêche d'écouter. Il sacralise la langue et en arrive à confondre notice technique et langage nazi, rage de dents et meurtre (Wittgenstein a pourtant bien signalé ce fait que les deux sont "irreprésentables" et donc que ce n'est pas cela qui en fait la spécificité), en faisant exactement comme ceux qu'il croit dénoncer: produire les signes de l'émotion, de la connaissance, de la souffrance, de la jouissance pour qu'on les reconnaisse immédiatement afin de ne pas penser avec du corps, avec autre chose que des icones - d'où l'esthétisme qui envahit tout le film, qui nous fait croire que l'art est condamné à dire l'irreprésentable, l'indicible. Ce film est justement obscène parce qu'il ne cesse d'assigner l'art à la représentation quand l'art n'a pas à représenter mais à dire la vie, vivre le dire, y compris avec l'innomable, l'abject, l'intolérable. Le paradoxe c'est qu'à la fin, un tel film qui a tout confondu fait la religion et donc la soumission à ce qu'il croit condamner quand il faudrait dissocier, écouter jusque dans les détails: mais chaque plan ici met les détails au registre du message, du transcendant, du sacré. Tout le contraire de ce que peut faire un film quand il travaille son éthique: détruire les images, les idoles. Oui, la "Schoah" sert les idôlatres du nazisme... C'est une catastrophe d ela pensée et de l'art. Heureusement, la vie de l'art continue ailleurs: voyez dans la salle d'à côté "Les méduses" par exemple. Beaucoup d'autres... Un seul regret: que certains acteurs aient mis leurs voix au service de cette entreprise déshistoricisante et manupulatrice. On les retrouvera ailleurs. Dernière chose: ce n'est pas un hasard si ce film nous raccroche avec "la musique" et si ses musiciens le sauveraient presque: les nazis (certains... ) aimaient la "bonne", la "grande" musique (Wagner... ) mais la "musique" n'est-elle pas facilement instrumentalisable et ce film est incapable de sortir de la fascination de la musique, de la "grande" musique. Aussi, il est scandaleux qu'il maltraite ainsi le flamenco, le fado et même la techno... qui peuvent souvent donner l'occasion de vivre l'art à condition de ne pas être des cache-misère. Mais la misère de la philosophie n'est pas d'aujourd'hui et la voilà au cinéma... Nous sommes avertis.
|