Il me semble que l'on n'a pas vu le même show, tout le monde. Soit vous jouiez à la x-box en même temps, soit vos problèmes personnels avec la puissance américaine - qui n'a rien d'immaculée ni d'innocente, mais là n'est pas le sujet - ont obscurci votre jugement. Là n'est pas le sujet, en effet : le sujet, c'est de mettre en scène la guerre.
Que lit-on dans vos posts ? Une histoire de jeunes gens héroïques, "intelligents et beaux", faisant "un carton chez l'ennemi en subissant un minimum de pertes" ? Poussant plein de gens "à vouloir faire la guerre" ?
- Intelligents, je ne sais pas où vous avez vu ça, le gros des troupes est tout à fait ordinaire, et même les protagonistes centraux n'ont rien de particulièrement brillant - dans la limite du raisonnable, étant conseillé d'écrire des personnages un minimum charismatiques et attachants pour de viles raisons dramaturgiques, excusez le pragmatisme. Deux d'entre eux manquent de devenir foux, Leckie dans hôpital de blessés de guerre et le fils de bourge face à l'horreur d'Okinawa...
- Un minimum de pertes ? Vous avez fumé ? Les deux séries s'y prennent de la même manière que Saving private Ryan : d'entrée, c'est une boucherie tant côté allemands/japonais que côté yankees. Un autre des protagonistes principaux y passe, d'ailleurs. Les autres, en effet, ne meurent pas. Mais là aussi, excusez leurs modèles d'origine d'avoir survécu. Oui, c'est comme ça que ça marche en général : ceux qui survivent peuvent rapporter l'horreur de la guerre, puisque du côté des morts, c'est un peu plus dur. Et ces morts, on les voit bien, pas seulement en arrière-plan.
- Les spectateurs voulant faire la guerre après avoir vu le show : well, étant donné que pleins de gens y meurent, que les protagonistes perdent à moitié la boule face à l'horreur des massacres, la radicalité des ennemis, l'insalubrité, etc., ou face à leurs propres crimes, étant donnés les démembrements, les amputations, les morts solitaires sur le champ de bataille (surtout dans The Pacific, qui n'est pas centrée sur le même groupe du début à la fin)... non, je doute que ça donne envie au spectateur lambda d'aller faire la guerre. J'espère que vous différenciez vouloir "jouer à la guerre" sur son écran pour évacuer le stress de la journée et satisfaire son besoin de sensations fortes dans ces sociétés modernes un peu oppressantes. Les soldats de l'époque n'avaient pas de séries télé de ce genre, ni de jeux vidéos célébrant la tuerie pixellisée. Les médias ont servi l'armée dès le début des festivités précisément pour supporter l'effort de guerre, excusez du besoin.
- Parce que le fait que les USA aient attendu d'être réellement menacés pour venir s'impliquer en Europe, et qu'ils aient tiré leur hégémonie politique, militaire et culturelle de cette page de l'histoire, n'a rien à voir avec les pauvres gars qui se trouvaient sur place. Et parmi ceux-là, au risque d'irriter le cynisme de certains, il y avait des vrais gars courageux, des démonstrations d'héroïsme (il en a fallu, même si ça se faisait en général sur une sorte de coup de folie), et surtout, une bonne dose de solidarité. Parce qu'en fait, euh, s'il n'y en avait pas, ils mourraient tous. C'est plutôt simple. Et vous savez quoi ? Si vous trouvez qu'actuellement, en Europe, c'est la merde, pensez bien que sans leur intervention, ce serait encore pire - à moins qu'un de vous n'adhère au national-socialisme ou au bolchévisme. Sait-on jamais.
Ainsi, "propagande" y aurait-il... peut-être. Mais dans ce cas, il s'agit d'une propagande qui corrobore la plupart des documentaires et des témoignages d'anciens combattants, étrangement - et non, tous n'ont pas été lobotomisés ou contrôlés par une conspiration américano-sioniste visant à contrôler le monde. Private Ryan n'est pas exempt de critiques réelles à ce sujet, mais c'est parce qu'il n'évitait pas l'écueil de la lourdeur, avec ses drapeaux et son sentimentalisme bien plus marqués que dans les deux séries. Personne ne viendra me dire que la Thin red line de Malick, réalisateur incorruptible, possessif et bohème s'il en est, est une célébration de la guerre ; pourtant, bizarre !, on y trouve des gens bien, de l'héroïsme, tout ça. Entre autres. Si c'est de la propagande, alors Pretty Woman aussi, parce que Richard Gere il a vachement la classe, et Julia Roberts, elle est très sexy. Halte au sketche. Bien à vous.