"Indigènes"... d'Afrique noire ? Du Maghreb ? D'Indochine ? Du Pacifique ? Et non, pas de généreuse généralité, mais une focalisation ratée. Un pur navet traitant d'un sujet pourtant sérieux, qui s'en retrouve donc déprécié.
Il n'y aucune réelle vérité historique : on se focalise plus sur ce que les soldats maghrébins ont subi comme vexations (c'est le mot) plus que ce qu'ils ont réellement fait. Les clichés sont nombreux (racisme latent, chefs faux-culs, inégalités...)
En effet, les grandes phases de la Libération présentées sont creuses et dénaturée :
la campagne d'Italie, n'est illustrée que par la prise d'un vulgaire nid de mitrailleuse ; l'Opération Dragon (Débarquement en Provence), vue à travers une amourette facile et ridicule est un ratage complet : pas de combat, aucun élément historique ;
la campagne d'Alsace, illustrée par la défense d'un modeste village par 4 pèlerins est aussi un bide.
En gros, l'objectif de ce film politique était de faire du bruit en grossissant le négatif et en ignorant le positif, en brossant une toile grossière de l'Histoire, pleine de vides, de ratés et d'incohérences.
Un film sur la IIe GM est sensé être un film historique, donc reposant sue des faits solides... pourtant, le scénario écarte des pans entiers d'une Histoire pourtant glorieuse :
La campagne de Tunisie (pays rallié en 1942-43 aux Nazis, il faut le rappeller), préambule à la campagne d'Italie, n'est pas présentée dans le film. De même, la prise du Mont Cassin (Monte Cassino) en Italie par le Corps Expéditionnaire Français (CEF) est sans doute le plus haut fait d'armes des troupes coloniales "indigènes" de cette guerre... et ce n'est pas montré, pas même évoqué !!!!! Une honte pour un film qui prétend faire valoir les droits de ces combattants !!! (Clin d'oeil ironique, c'est dans "l'Ennemi Intime" qu'une référence est faite au Mont Cassin.)
Notons justement un objectif politique qui est certes justifié dans un tel film. Mais le scénario évasif est tellement obsédé par l'engagement politique qu'il gomme toute crédibilité au scénario. La campagne d'Alsace, contre-attaque de l'armée française sur Strasbourg, avec des combats souvents durs, est éclipsée au profit d'un combat rappelant en tout point la bataille finale d"Il faut sauver le Soldat Ryan" :
"une bande de fantassins isolés se retrouvent à défendre un village paumé contre une troupe allemande supérieure en nombre et en équipement, et juste à la fin, il ne reste qu'un type paumé au milieu des morts avant l'arrivée des renforts"
En gros, crédibilité = 0. Comment des fantassins de Werhmacht, avec théoriquement cinq ans de combat dans les pattes, peuvent se faire massacrer aussi facilement ?
Ensuite, le rôle d'un soldat est attribué à Djamel Debbouze, presque manchot, juste parce qu'il est célèbre et adulé par certains. Ce qui augmentera l'impact du film, auprès des jeunes principalement. Personnellement, il est ridicule tellement sa personnalité et sa physionomie sont antithétiques au métier de soldat. Les autres acteurs sont corrects dans l'ensemble.
Enfin, et c'est pour moi non seulement une erreur, mais également du détournement et de la propagande : le chant "Les Africains". Il serait drôle de demander à M. Bouchareb, aux acteurs (qui ont chanté le refrain à Cannes) ou aux scénaristes de le chanter en entier et d'en donner la provenance. C'est un chant militaire écrit en 1915. Durant la IIe GM, c'est l'Hymne des Chantiers de Jeunesses de Vichy (hé oui) avant de devenir le chant du 7e Chasseurs D'Afrique (unité de cavalerie composés de métropolitains et servant en Afrique du Nord) en 1943. Ce régiment combattra en Italie, Provence et Alsace (tiens tiens, coïncidence ?). Il n'a AUCUN lien avec les troupes coloniales indigènes. C'est donc du détournement à fin de propagande : impact énorme sur public ignorant : qui s'en priverai ?
Un film de propagande bâclé sur un sujet très sérieux et très sensible, qui a au moins le mérite d'avoir fait bouger les choses, mais de manière très orientée. En bref, un film incomplet, peu crédible, manichéen en ce qui concerne les Français ("tous des pourris" ), voulant surtout arriver à un but politique par tous les moyens, en frappant fort et vite.