Puis-je modestement apporter quelques unes de mes (possibles) interprétations à certaines des questions précédentes?
Moi, j'ai "ressenti" et compris le changement( progressif, d'ailleurs) de musique et l'arrivée des deux "nina simone" comme une façon symbolique de signifier le changement de monde et surtout d'époque, que vit cette famille qui vient d'une certaine façon du Moyen-âge, mais avec ses valeurs ancestrales profondes, d'enracinement, d'identité forte et réelle: on y vit "comme" on s'imagine vivre au moyen-âge, aujourd'hui, dans le grand dénuement( montagnes arides et stériles, pieds nus sales et durement habitués à la pierraille, vêtements uniques, déchirés,noirs de crasse et de sueur, croyances, vieilles femmes guérisseues, visinnaires etc).Et pourtant, là est la réelle identité , le profond enracinement de cette famille, là, dans ce dénuement, elle existe!
Quant au personnage de CH. Gainsbourg, elle est symboliquement la transition possible entre ce monde ancien et le nouveau; mais elle est aussi celle par qui l'ironie sur ce nouveau monde arrive: un nouveau monde qui croit pouvoir détecter l'intelligence de ces" postulants à l'Amérique"( et donc leur octroyer ou non les clés de ce prétendu paradis où le lait coule en rivière!) avec des "tests" prétendument scientifiques:" Quelle vision tellement moderne!", s'exclame le personnage de Charlotte G, plein d'ironie à peine sous-entendue, à la fin de sa propre épreuve de tests...
Les plans serrés de presque tout le film me semblent exprimer, plus que l'enfermement de ces gens ( car ils ont au contraire une liberté de ton et de réaction magnifique tout au long du film, la grand-mère, sublime tout particulièrement!) le fait qu'ils ne comprennent rien à ce qu'ils voient, subissent, vivent: on ne voit les choses, la ville, le bateau, les premières tentatives d'arnaque autour de ces emigrants, la tempête, qu'à travers le prisme forcément étroit de leur champ de vision et de perception: ils ne semblent donc rien maîtriser, une fois en route, et pourtant! quelle dignité! quelle force!
Jamais ils ne sont "à plaindre", jamais ce n'est "gnan-gnan" et geignard sur le thème de l'immigration! De même, on ne geignait pas sur Grazia et sa famille, dans Respiro.C'est d'autant plus riche de sens pour nous parler de celle d'aujourd'hui...
Voilà mes modestes propositions; j'ai adoré et n'ai jamais ressenti la moindre sensation de longueur.