Hello,
Voici un point de vue sur Les Illusions Comiques d'Olivier Py, que j'aimerais bien confronter à d'autres lectures !
Les Illusions Comiques d'Olivier Py nous offrent avant tout un outil de réflexion autour de sujets qui font chair avec le monde du théâtre, comme par exemple le poids de la gourmandise d'un dramaturge, le rôle potentiel de l'univers non-dramatique dans une oeuvre censée l'être, ou encore l'hégémonie du clin d'oeil chic aux happy few. Le tout dans une langue aussi torturée que celle de la phrase interminable qui commence ce commentaire, et par le biais d'une vision dogmatique du "théââââtre" qui serait bien difficile à priver de ses accents circonflexes.
Seulement, ce qui peut arracher des bravos, c'est le caractère extrêmement rusé de ce spectacle, puisque ces interrogations critiques ne naissent que durant la seconde partie de la représentation. On peut même considérer qu'en plaçant l'entracte juste avant la scène de "la classe de jeu tragique", Olivier Py serait parvenu à un bipartisme quasi-absolu, créant ainsi deux pièces presque indépendantes l'une de l'autre, comme en miroir.
En effet, quand la première partie plaide pour la jouissance du jeu, le bonheur de dire, d'avoir la saveur des mots dans la bouche, même lorsqu'ils sont triviaux ; Quand la première partie raconte l'histoire d'un poète-Py qui aurait découvert l'humilité et se serait lavé de l'orgueil que le succès charrie inévitablement ; Quand la première partie fait rire aux éclats, donne le droit d'un théâtre qui jouerait à ne pas se croire tellement sérieux...
Eh bien, quand la première partie fait tout cela, la seconde le défait.
Le spectacle s'acharne à tirer sur les fils d'un pull tricoté par la première partie, pour en défaire les mailles, voir de près comment celles-ci sont réalisées, et finalement tout détruire.
Ce qui dans la première partie avait pu approcher ce fameux rêve d'un "théâtre élitaire pour tous" (merci Monsieur Vilar), on gomme après l'entracte le "pour tous", peut-être pour faire plaisir aux abonnés de l'Odéon qui aiment bien comprendre les références culturelles du spectacle et se sentir privilégié du même coup.
La deuxième partie, donc, foisonne de citations à peine voilées de Rimbaud, Mallarmé et autres. L'effet 2 en 1 est radical : les gens cultivés sont très contents d'avoir reconnu les bons mots, et pour les autres, ça donnera toujours l'impression que le texte d'Olivier Py est fort joli.
A cela s'ajoutent des private jokes encore plus private, puisqu'il faut être un initié de Monsieur Py lui-même pour les comprendre. Au détour de certaines phrases se glissent des allusions sur la dramaturgie de Monsieur, ses oeuvres passées, ses travers (ouh-ouh-ouh quelle autodérision, quelle humilité de rire de soi au milieu de cet étalage narcissique !), son credo, et j'en passe.
Là encore, la technique du coup de bêlier dans la première partie opère : à l'image du poète qui est devenu modeste, se substitue celle du poète imbus de son oeuvre, qu'il impose d'ailleurs par la suite de façon particulièrement dogmatique.
La seconde partie est principalement composé de longs laïus sur le théâtre. Les multiples mises en abyme peuvent à la limite laisser le bénéfice du doute sur le degré de sérieux des propos, seulement le manque d'indice tranché fait franchement lever le sourcil au spectateur.
Cette fois, c'est le théâtre comme cérémonie jouissive qui est mis à mal, et on a le sentiment qu'en exposant ses grandes théories, en s'emportant dans les mots, Olivier Py nous livre là toute une réflexion qui n'a pas de portée dramatique réelle, et qu'on vouerait plutôt à reposer dans d'épais ouvrages consultables en bibliothèque.
On voit réellement Py s'entendre écrire à travers ces terribles tirades. On assiste à l'éclosion d'un texte dont le seul enjeu serait de flatter l'ego de son auteur.
Pourtant, parfois, c'est comme si un peu de grâce s'échappait, comme si elle suintait de tout ce discours dogmatique, esclave de modes qui n'auront plus d'empire sur la scène, d'ici dix ans. Il y a alors des phrases que l'on garde pour soi, tout simplement, parce qu'elles n'auront pas eu besoin de mots compliqués et alambiqués. Pour ma part, je ressors de ce spectacle en me disant que "le théâtre, c'est la chambre qui cherche les amants".
Cela résume bien toute la difficulté de ce spectacle : choisir ce qu'on y prend, ce qu'on en retient.
Les aspects positifs de la représentation sont très importants, ils sont bien loin d'être absents. Cependant, ils sont contrebalancés par des éléments négatifs (ou tout simplement contraires) qui équilibrent la balance. Le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide ? C'est un peu toute la question.
Pour une fois je préfère le remplir. Parce que la première partie m'a scotchée au siège, parce qu'il y avait Michel Fau, Philippe Girard, parce que j'aurais aimé être là sur cette scène, parce qu'il y a cette phrase très belle que je garde au chaud.
Seulement, en sortant de ce spectacle, après qu'on m'ait asséné durant trois heures des définitions du théâtre, je me demande à quoi ressemble justement ce théâtre, une fois déshabillé de toutes les couches artificielles qui le composent. Quel est le visage du théâtre atemporel et universel ?
Je rêve d'assister un jour à un talent vierge, un don de soi qui ne serait pas encore entâché, pas encore embarrassé de toutes les courbettes qu'on aurait pu lui faire...