Forêts, un spectacle écrit et mis en scène par Wajdi Mouawad, et joué avec force et bonheur par une troupe de comédiens tous excellents.
Difficile de faire le synopsis de la pièce tant ce à quoi l'on assiste est foisonnant. Imaginez cependant le long retour sur ses origines d'une adolescente québécoise qui cherche dans son histoire familiale, sur sept génération de femmes et de mères, une explication à son mal-être ; une longue et éprouvante traversée d'un siècle et demi d'Histoire, d'une guerre à l'autre, d'une atrocité à l'autre, d'une histoire d'amour à l'autre, de vie donnée en vie reçue sur un chemin jalonné par la folie et la mort.
Le trop n'est pas évité, et l'on pourrait dire que le spectacle qui nous est donné à voir est trop violent, trop hystérique, trop complexe et trop long, que la part de tragédie y est trop importante, que les rebondissements y sont trop nombreux, que l'on frise trop souvent le rocambolesque, que la mise en scène fait la part trop belle aux effets de style, que tout est trop dit et trop montré... si, de tout ce trop, l'on ne ressortait secoué, ébouriffé et finalement enthousiaste. Imaginez donc que soit condensée en un seul spectacle toute la tragédie des Atrides, que dans la même pièce Atrée contraigne son frère, Thyeste, à manger ses douze enfants, qu'Agamemnon, fils d'Atrée, sacrifie aux Dieux sa fille Iphigénie, qu'Egisthe, treizième enfant de Thyeste, séduit Clytemnestre, femme d'Agamemnon, puis qu'ensemble ils assassinent ce dernier à son retour de Troie, puis qu'enfin, pousser par sa soeur Electre, Oreste, fils d'Agamemnon et de Clytemnestre, tue sa mère pour venger la mort de son père...
Oui, cela pourrait être trop si le tout n'était servi par une mise en scène inventive et tendue, où rien n'est gratuit, où tout fait sens, et des comédiens tous parfaits, chacun au service des autres, du texte et du spectacle donné. Oui, il y faudrait surtout un grand metteur en scène... et c'est justement cela qu'est - entre autres choses - Monsieur Wajdi Mouawad (qui nous avait déjà enchanté il y a quelques années en nous présentant un Les Trois Soeurs aussi moderne que magistral).
J'ai été absorbé, avalé, digéré et puis recraché par chacune des forêts que j'ai traversée... et puis j'ai réalisé que ce n'était pas des forêts mais des jungles, profondes et obscures, sauvages... pas de celles où l'on s'en va en sifflotant chasser le champignon... et puis... et puis... j'ai compris combien cet accent circonflexe pouvait être trompeur... comme une fausse piste... et qu'il s'agissait, plutôt ou aussi, de ces forets qui creusent et percent et ouvrent des passages, créant du vide là où il n'existait que du plein et permettant à l'air de s'engouffrer, de circuler, d'insuffler... quoi ?... de l'émotion et du sens ? oui, certainement. et tant d'autres choses encore... conscience et compréhension... joie d'en avoir été, d'avoir participé de ce moment vivant de théâtre. car c'est en effet un grand bonheur quand il est à ce point évident que le théâtre est une oeuvre collective où chacun donne pleinement de lui-même.
j'en ai dit plus, mais pas nécessairement mieux, disons autrement, sur http://www.avoodware.com/blog/file [...] uawad.html...
Forêts : ABSOLUMENT IMMANQUABLE !
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