Acte I, scène XVIII :
Caligula
Ecoute-moi bien , imbécile. Si le trésor a de l'importance, alors la vie humaine n'en a pas. cela est clair. Tous ceux qui pensent comme toi doivent admettre ce raisonnement et compter leur vie pour rien puisu'ils tiennent l'argent pour tout. Au demeurant, moi, j'ai décidé d'être logique et puisque j'ai le pouvoir, vous allez voir ce que la logique va vous coûter. J'exterminerai les contradicteurs et les contradictions.
Camus,Caligula
Pendant longtemps, j'ai boudé le théâtre car les places étaient trop chères. Depuis que l'opération de la place -26ans = 10 euros a été en place, je suis moins rétissante mais reste assez dure au niveau de la réalisation des pièces. Récemment, je suis allée voir une pièce de Camus qu'un copain m'avait conseillée par sa beauté. J'ai été tellement ébloui par la beauté de la pièce que je suis retournée la voir deux fois. Cette pièce, c'est Caligula, mise en scène par Charles Berling.
Dans cette pièce, on regarde, désemparé, pendant une heure trente se dérouler sur scène l'oeuvre d'un homme trop conscient de l'absurdité de la condition humaine. Fou, on le croit, mais c'est surtout un incompris des hommes du commun, excepté de Cherea. Cherea, un homme commun, ne cherche q'une chose : la paix, l'ordre sociale et le bonheur simple. Terre à terre, il est cependant conscient que Caligula a percé un vérité supérieure mais trop incompréhensible de tous. Il cherche à le tuer car Caligula tente de bouleverser l'ordre social, la paix sociale pour cette vérité. C'est cela qu'il trouve insupportable. Face à lui, un jeune homme, Scipion, se trouve condamné par la "folie" de caligula. Il incarne la jeunesse intelligente, le lyrisme raisonnable mais surtout l'innoncence. Autour de ces personnages gravitent des sénateurs orgueilleux et fiers, Caesonia, une femme amoureuse, acceptant la folie comme un fait, et un intendant, aimant son affranchi comme un chien aime son maître.
L'ensemble de la troupe qui a joué cette pièce a réussi à communiquer l'équilibre qu'il existe dans le jeu de caligula et les autres personnages. Caligula est fort mais désabusé. Sa forte présence est appuyée par celle des autres. C'est cet équilibre qui donne une harmonie à la pièce . Elle insiste bien sur l'unité des personnages entre eux et Caligula. Les comédiens ont réussi à jouer le rôle de "cadreurs" de la folie de Caligula par un jeu dynamique. Le souffle moderne est donné par un décor très coloré de teintes vives aggressives, rappelant la violence de la pièce, mais aussi par une mise en scène sobre et dépouillée.
Bien que cette pièce n'ait pas eu de nominations aux Molières, elle m'a marquée par sa puissance de transition émotionnelle.