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L'Avare avec Michel Bouquet

 


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L'Avare avec Michel Bouquet

n°988
Gab76
Profil : Wannabe
Posté le 19-02-2007 à 16:05:48  profilanswer
 

J'étais, en compagnie d'une poignée d'amis, au Théâtre de la Porte Saint-Martin le mercredi 24 janvier 2007 à 20h pour la représentation de L'Avare mis en scène par Georges Werler. Un grand succès du théâtre privé cette saison. Ce fut à la hauteur de nos espérances!
 
 
 
Comment jouer, qui pourra encore jouer l'Avare après Michel Bouquet? Il n'est pas une réplique, une mimique, un brisement de la voix éraillée, un larmoiement dans l'oeil qui ne soit juste dans l'interprétation que propose l'éblouissant comédien octogénaire de l'une des plus extraordinaires créations moliéresques.
 
 
Ce soir-là au Théâtre de la Porte Saint-Martin, l'orchestre bruisse des rumeurs de la ville: il semblerait qu'on ne voit que Bouquet, qu'il est seul en scène ou peu s'en faut. Au lever de rideau, on constate que ce n'est pas tout à fait exact: Benjamin Egner est très bon dans le rôle de Valère, Sylvian Machac très beau dans celui de Cléante, gandin exalté et bondissant, souvent mesquin mais attachant dans sa jeunesse. Tous deux impriment un vrai rythme à la pièce, tout comme les interventions hautes en couleur de Maître Jacques (Jacques Echantillon) et de Frosine (Juliette Carré, truculente en mère maqurelle bohémienne) réjouissent une salle aux applaudissemnts déjà acquis. En dépit d'une Mariane (Marion Amiaud) décevante, poupée corsetée qui articule plus qu'elle ne joue, en dépit d'un décor qui laisse perplexe (des murs décatis nimbés de lumière) et d'un espace scénique restreint, intimiste, étouffant presque, on est séduit.
 
 
Seulement, il y a Michel Bouquet. L'espace, l'atmosphère en sont comme transformés. La mise en oeuvre de la vision de L'Avare du metteur en scène Georges Werler ("Plutôt qu'un carcatère, nous avons voulu que l'avarice soit une fatalité", Théâtral Magazine, n°10, décembre 2006) repose entièrement sur ses épaules. Epouvantable et magnifique, il ne cesse d'arpenter la scène en tressautant, cancrelat obsédé par les bruits à l'entour et par son livre de comptes. Les comptes: il en salive. Tout-puissant au sein d'une famille et dans une maison où règnent les faux-semblants, il va devenir peu à peu une épave qui vide tout autour de lui, qui abolit toute communication et se mure dans une monomanie qui se concentre sur un objet: la fameuse cassette volée. Jusque-là il nous effrayait et nous amusait à la fois, par ses projets farfelus de mariage avec une jeunesse qu'il voulait contraindre, par la main-mise sur la destinée de sa fille, par l'exécrable pouvoir de l'argent qu'il brandissait à tout propos; mais tout semblait bénin, anodin et presque ronronnant.
 
 
Tout d'un coup, l'inquiétude de Bouquet/Harapgon nous taraude, sa pathologie nous heurte. On se rappellera le temps suspendu, la tête qui tourne lentement et l'ahurissement du regard malade au terme de l'ultime quiproquo: à Valère l'assurant de son amour pour sa fille Elise, il répond, hébété, d'une voix sourde, très loin déjà: "Brûler...pour ma cassette?"
 
 
"Harpagon est à la fois monstrueux et séduisant. Sa passion le sacralise." déclarait Michel Bouquet au Figaro avant la reprise parisienne de L'Avare au début du mois de janvier. Puisqu'il est question de sacre du personnage, il est bon et il est grand qu'un tel talent se soit mis patiemment, minutieusement, jusque dans les détails les plus infimes, au service d'une telle création. Quelle leçon de théâtre! Au bord de la folie, répugnant, fascinant, "de tous les humains l'humain le moins humain" (Acte II scène 4), mais passionné comme seul un humain l'est, Harpagon reste essentiellement comique, et il faut un Michel Bouquet pour demeurer drôle et savoir montrer l'abîme dans cette vie qui s'émiette, divague, expire, toujours en parlant d'or.
 
 
 
 
 
 
 
 
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Message édité par Gab76 le 20-02-2007 à 19:02:27
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