Une mise en espace wilsonissime. Rien n'ymanque: Les personnages en bleu et rouge, les effets de lumière réglés au quart de seconde, la musique répétitive dont la contagion atteint le texte, les étoffes qui montent et descendent, la chaise démesurée, et j'en passe. On attend Isabelle Huppert juchée à trois mètres de haut, mais cela n'a pas lieu. Bob W est toujours aussi esthétisant, ce qui nuit souvent à l'esthétique. Alors que sa démarche peut créer un sentiment d'interrogation sur notre monde (Einstein on the Beach), ou d'introspection mentale (La Maladie de la Mort), dans ce cas la magie n'opère pas. Le texte sulfureux de Heiner Muller, qui nous montre Valmont et Merteuil usés et aigris tentant une dernière fois d'exercer leur perversité sur eux-mêmes, est dénaturé par le procédé. Trois personnages peu identifiables apparaissent, dans lesquels j'ai cru discerner Valmont au quatrième âge (on a oublié qu'il est tué en duel avant la fin des Liaisons Dangereuses, mais Muller l'a oublié aussi), qui se souvient du bon temps de ses frasques avec la petite Cécile ou la Tourvel . C'est sans doute l'une des deux, ou les deux à la fois que nous interprète la jeune femme en vert. Mais on est loin de la réserve et de l'innocence: Scènes de provoc' puerile quand elle motre sa petite culotte par devant et par derrière, comportement sado-maso, fétichisme des chaussures à talon-aiguille... Isabelle Hupert, comme il se doit parfaite, fait penser à la statuaire grecque dans ses poses. Mais elle évoque surtout Marylin Monroe vue par Andy Waroll dans ses sérigraphies, la couleur et l'aspect répétitif de la pièce et du texte n'étant pas étrangers à cette impression. On a l'impression que Bob W n'a pas lu la pièce, ou qu'il ne l'a pas comprise, ou qu'il ne s'y interessait pas. Le dédoublement des personnage, où Valmont joue Merteuil et réciproquement (d'où le titre de la pièce) n'est pas clair du tout. Commentaires entendus à la sortie: C'était très beau, mais on n'a rien compris. Je partage cette opinion: C'est une oeuvre de plasticien, voire de chorégraphe, mais mas la mise en scène d'un texte.