Sandra, c'est exactement que je voulais dire!
C'est marrant, parce que tu as évoqué l'extrême paradoxe qui anime cette conception. Car la mise en branle de la vie donne une forme temporaire (pour ne pas dire éphémère) aux éléments. Alors pourquoi nier la forme? A priori la forme ne devrait pas posée de problèmes d'inertie puisqu'elle n'est pas sensé stopper toute possibilité de dynamisme, de développement. Je pense que tu comprends déjà où je veux en venir mais je poursuis.
Or qu'est ce qu'il se passe avec Platon et sa conception des formes et du Beau? le philosophe en introduisant une notion délimitée dans la forme, celle de la beauté (par exemple), l'immobilise.
On se trouve donc face à deux conceptions de la forme qui peuvent effectivement renvoyer à Nietzsche : la forme agitée -Dyonisos-, toujours en mouvement, qui ne peut donc pas s'arrêter d'évoluer dans la pensée (le mouvement du DEVENIR) et la forme² autrement dit la forme figé -Apollon- : la forme de la forme, ou mieux l'avorton de la forme (celle qui conduit en effet à la haine de soi et surtout la haine de la différence, à la peur de l'évolution, etc.)
En résumé, derrière les questions de formes se posent celles du mobile (work in progress dirait-on en art) et de l'immobile. Il n'est pas injuste de dire qu'il est profondément anti-vitaliste (donc destructeur) de vouloir arrêter la forme sur des notions délimitées, qualidrillées et fatalement classificatrices (le beau, le laid, bien-formé, mal-formé, etc.) car c'est le propre de l'univers de s'étendre, d'évoluer, de créer, de bouger, de déployer des forces, etc.
Que faire pour ré-animer la forme? Il faut la mallaxer : comment faire la mallaxer? Il faut s'attaquer à la forme, tenter de la supprimer car vouloir éliminer la forme n'est pas destructeur mais au contraire créatif. C'est toute l'histoire de la modernité et de la post-modernité. Bien sûr, il y a eu des tentatives bien avant, mais le romantisme, le réalisme et l'impressionnisme officialise cette guerre faite à la forme. Cézanne et Picasso, les collagistes ont fait exploser la forme en même temps que les notions de beau, de laid (qui est secondaire dans ces oeuvres) et on produit de ce fait des oeuvres d'une extrême vivacité!
Tu vas sans doute me répondre les débris de formes restent des formes, mais ce qui nous importe dans ces "nouvelles" oeuvres, tu l'auras surement déjà compris, n'est plus le tableau fini mais le processus créateur qui a été pure déconstruction de la forme.
Et toi qui est passionnée par la philosophie, tu sais que dans la pensée, çà fonctionne exactement de la même manière. Pour produire une pensée dynamique, il faut déconstruire les systèmes de pensée traditionnels.
Stakabo, ton observation est très juste, seulement les formes ne sont plus les mêmes et je pense que tu seras d'accord avec moi.Je te propose (comme à tout le monde, Hazart, Sandra, ouimaisnon, ...) de prendre une oeuvre au hasard qui justifie ton propos, ainsi nos discussions seront peut être plus spontanées et surtout plus concrètes.
Message édité par @bstr@it le 11-06-2007 à 17:21:54