Reprise du message précédent : J'ai souvent eu un vague sentiment de danger devant les sculptures de Serra.
C'est peut-être du à toutes ces histoires que j'ai pu entendre autour de son travail ; ces histoires de gens morts écrabouillés sous les plaques, de plancher qui s'infléchissent, on est des fois pas loin de la rupture, de la catastrophe …
Le désir de "promenade", de contemplation est en quelque sorte perturbé par une envie de fuir ou du moins de m'éloigner. De fait, ça m'implique (physiquement) que je le veuille ou non. Je trouve qu'il y' a une grande tension dans ses œuvres. C'est pas quelque chose de serein …
Il faut quand même rappeler que c'est techniquement très pointu, on fleurte souvent avec les limites du matériaux et de la gravité. D'ailleurs, les métallos sont en général très "admiratifs" des travaux de Serra ; métallos que Serra considère comme étant son premier public.
les métallos sont en général très "admiratifs" des travaux de Serra ; métallos que Serra considère comme étant son premier public.
j'ai lu ça aussi dans le texte de Bellet dans le monde, et je dois dire que cela ma va ... droit au coeur.
si j'ai "tenu" si longtemps à la régie des expositions c'est exactement pour ça : la proximité physique avec les oeuvres, et ce dans la durée, est une expérience unique dans le rapport à l'art.
quand le régisseur a fini de déballer, retourner, déplacer et accrocher les tableaux, il est le seul à visiter l'exposition quatre à cinq fois par semaine (aucune direction ne peut prétendre à cela, et encore moins les services dits de communication).
et c'est très intéressant : tel Steinbach tout doré et entré dans le bâtiment avec mille précautions s'avère transparent dès le deuxième jour, et tel autre petit collage d'un inconnu éclaire à lui tout seul et longtemps après la salle qui l'abrite.
les bonnes oeuvres se révèlent, doucement, elles font leur petit travail, tranquillement, on s'en souvient, on leur sourit.
pour avoir longtemps travaillé pour un peintre qui pratique sa peinture sur des murs souvent publics, j'ai toujours et vraiment apprécié les réactions et les remarques des artisans qui pouvaient se trouver là. le mieux évidemment, c'est lorsque la première réaction est le dédain et la dernière le sourire.
je comprends que cotoyer une sculpture de Serra puisse engendrer quelque crainte; et je n'y vois rien de négatif, au contraire (la vie est aussi un combat n'est-ce pas?); mais je ne crois pas que cela tienne seulement aux masses engagées : pour moi, la question du poids est une anecdote qui s'oublie très vite), en revanche, l'affaire de se retrouver confronté à des formes qui engagent à formuler un point de vue personnel c'est (de nos jours aussi) une vraie situation dramatique.
jamais, au cours de notre scolarité, nous n'avons été invités (sinon formés) à faire l'avance d'une proposition qui débute par :
je pense que.
Pour la question du poids :
Je pense au contraire que cette question est vraiment centrale dans le travail de Serra. Je reprends en exemple une image que tu as montré :
Les plaques sont en appui les unes par rapport aux autres (il n'y a pas d'artifices du genre point de soudure ou truc de ce genre …)
C'est une sculpture inconcevable sans le poids de l'acier (en polystyrène, ça marche pas …) qui lui confère sa stabilité mais ça sous-entend aussi que si l'équilibre des forces est rompu, la gravité terrestre rappelle tout le monde à l'ordre et dans les plus brefs délais !
Je vois ces volumes comme des formes statiques mais pas inertes, assez fragiles dans un sens …
Ce sentiment, je l'ai plus ou moins selon les sculptures et ça n'est pas proportionnel à la taille et au poids (par exemple, j'ai pas cette impression avec les courbes enveloppantes de clara clara … )
Pour "promenade", une bonne équipe de décorateurs aurait pu, par exemple, construire en contreplaqué de fausses plaques d'acier avec une disposition identique. Quelle aurait été la différence pour le spectateur ?
ps : on est au moins deux à lire le monde … je suis presque rassuré sur l'avenir du quotiden.
Message édité par ouimaisnon le 12-05-2008 à 08:33:51
hugo-b
Fammi Godeeeeere! Profil : Idole
Posté le 12-05-2008 à 11:10:29
d'accord.
la gravité est un élément essentiel dans la sculpture de Serra.
c'est juste le poids comme "menace", qui ne me touche pas.
d'autre part, j'entretiens quelque affection pour la pataphysique, et demeure (de mauvaise foi) convaincu que les corps lourds attirent les corps légers; qu'à ce titre les personnes de stature importante devraient faire l'objet d'une taxation particulière : leur potentiel de séduction étént plus important que celui d'un petit maigrichon.
etquedonc : si les sculptures étaient faite en cp ou autre, le public le "saurait" sans pouvoir dire pourquoi.
le programme monumenta est farci de conférences, dont une qui porte sur les notions de physique à l'oeuvre dans le travail de Serra; et j'ai quelque appétit pour cette conférence...
C'est peut être quand elles tombent que ses sculptures sont les plus intéressantes. Je le trouve un peu totalitaire ...Ses vidéos expérimentales me parlent peut etre plus, car il y a cette faille, ces doutes qui n'apparaissent décidément pas dans ses "plaques" .
… d'autre part, j'entretiens quelque affection pour la pataphysique, et demeure (de mauvaise foi) convaincu que les corps lourds attirent les corps légers; qu'à ce titre les personnes de stature importante devraient faire l'objet d'une taxation particulière : leur potentiel de séduction étént plus important que celui d'un petit maigrichon.
Si le Doc Faustroll s'en mêle … je rengaine mon fil à plomb.
C'est peut être quand elles tombent que ses sculptures sont les plus intéressantes. Je le trouve un peu totalitaire ...Ses vidéos expérimentales me parlent peut etre plus, car il y a cette faille, ces doutes qui n'apparaissent décidément pas dans ses "plaques" .
Je ne trouve pas ça totalitaire.
Non, pas du tout
du tout du tout du tout du tout du tout du tout du tout du tout du tout du tout.
C'est peut être quand elles tombent que ses sculptures sont les plus intéressantes. Je le trouve un peu totalitaire ...Ses vidéos expérimentales me parlent peut etre plus, car il y a cette faille, ces doutes qui n'apparaissent décidément pas dans ses "plaques" .
évidemment, tu ne penses pas ce que tu écris.
bienvenue tout de même!
bon, moreismore, je suis sûr que tu peux faire mieux.
et hop je l'attrape au vol avant qu'elle tombe au sol!
"Je pense que" cette installation est totalitaire phallocrate et un peu ennuyeuse... Je m'explique: j'en ai un peu marre de ces papis de la phénoménologie qui nous pondent finalement le même discours à chaque geste ...Cette petite video de Serra ( http://www.ubu.com/film/serra_lead.html ) nous raconte déjà la même chose à mon sens en 1968, le "vertige" en moins, mais quelle différence entre ce vertige et celui du Space Montain? Celui ci est plus "cérébral" car il se passe devant une forme rectangulaire? Alors ces histoires de gravité etc, n'y-a-t'il pas des théories scientifiques un peu plus "fraiches"?
En ce qui concerne le totalitarisme, j'ai vraiment cette impression non pas d'une ouverture mais plus d'un point de vue plus "perspectiviste" au sens d'un monde monoculaire( Clara Clara n'est elle pas plus une direction qu'une inivtation à la promenade?) ... Et, Serra ne serait il pas cet artiste ultime "iconifié" ( encore un néologisme...) par le plus totalitaire des artistes dans "Cremaster 3" comme modèle absolu? Quand à la phallocratie ? C'est pas difficile d'apercevoir mon point de vue?
Tres belle vidéo effectivement... quant à Gréaud... j'ai rien vu de si affligeant depuis longtemps ... Serra plutôt que de nous proposer quelque chose de l'ordre de la réflexion, à mon sens c'est plus une direction et rien d'autre ... Et on est plus dans une manifestation d'une puissance écrasante qu'une légèreté colossale, le mot "totalitaire" est peut être un peu provocateur , mais on en est pas loin...
je regrette un peu, j'aurais (et de loin) préféré un avis intéressant, fut-il contre.
phalloctate : idem, cet adjectif vaut pour une attitude, un comportement, qui évidemment n'amuse personne. quand on s'intéresse à la sculpture, et qu'on aime à s'en amuser, on peut parler de priapique et rire un peu de toutes ces belles formes érigées qui en promettent et qui en racontent.
un peu ennuyeuse : c'est pas beaucoup, c'est moins que très ennuyeuse, c'est seulement ce que tu es capable de ressentir et d'exprimer.
un peu marre de ces papis ... ça c'est plus intéressant. Hors le fait que si j'avais affaire à un phallocrate totalitaire je m'ennuierais pas cinq minutes (chouette! un toy!); tu rappelles à bon escient qu'un artiste c'est quelqu'un qui conduit un travail. un travail ça n'est pas une suite opportune de petites idées : c'est une idée jugée (ou "intuitée" ) suffisamment intéressante pour être poursuivie afin d'en faire une pensée, ou une oeuvre.
à l'heure du marché conquérant et des espoirs diffusés par la bourgeoisie de voir quelque moucheron des classes moyennes faire des sauts de puces sociaux à coups émoussés d'insolence convenable, il est clair que cette notion s'est dissipée, diluée, perdue peut-être, au profit de quelques lignes dans la presse et autant de billets de banque vite consommés.
ce que te "raconte" Serra dans sa vidéo de 1968, il en a fait quarante ans d'un travail de sculpture engagé et exigeant et ça, c'est vrai, on ne l'enseigne pas tellement dans les écoles.
n'hésite pas à nous préciser les différences que tu sais entre "promenade" et Space Mountain.
Clara Clara n'est pas une direction, c'est un passage. je te laisse t'égosiller sur la très certainement rétrograde citation d'un philosophe disparu sur une frontière auquel on doit un ouvrage qui s'appuie sur une expérience parisienne.
non?
si?
monoculaire? j'ai déjà entendu des sornettes; celle-ci n'est pas mal; entre la directivité et le "monocularisme", rappelle-toi toujours de ne pas regarder le doit, mais ce qu'il désigne.
Je ne sais pas comment Serra a atterri dans Cremaster, je me suis pas tellement attardé sur Cremaster alors je vais pas m'attarder là dessus.
mais au fait, tu cites "hand catching lead".
quel rapport entre cette vidéo (qui n'est d'ailleurs pas une vidéo mais un film 8mm) et la sculpture installée au grand palais?
tu as l'air d'avoir une idée là dessus (Cette petite vidéo de Serra ( http://www.ubu.com/film/serra_lead.html ) nous raconte déjà la même chose à mon sens en 1968, le "vertige" en moins,)
quelle est cette "même chose" dont tu parles?
ça m'intéresse parce que je connais ce film, j'aime beaucoup ce film, mais je ne sais pas pourquoi il est si important.
en fait, j'en préfère un autre, de la même époque, mais n'ai pas trouvé d'images.
"Totalitaire" et "phallocrate" sont des termes fourre-tout, vidés de leur sens et qui permettent d'avancer une sorte d'avis critique multi-usages sur à peu près tout.
En revanche "Papis de la phénoménologie", c'est plutôt bien envoyé …
quoique tout aussi stérile … la phénoménologie appartiendrait-elle au passé ?
Si oui, qu'est-ce qui tendrait à la remplacer ?
"Et on est plus dans une manifestation d'une puissance écrasante qu'une légèreté colossale"
Je suis pas loin de partager ton avis, mais je me demande si c'est pas plutôt lié au dispositif "monumenta" qu'au travail de Serra.
Cette course au gigantisme, ça me réjouit pas trop.
hazart
casse pas des briques Profil : Habitué(e)
Posté le 13-05-2008 à 20:19:33
je ne sais pas s'il est question de gigantisme
(apres peut etre qu'il y en a une course)
je pense qu'il y a pas de totalitarisme alors que chez Kiefer...
Bref Serra impressionne et tant mieux si on parle de lui
je suis malheureusement depasse!
je continues a lire !
merci hugo !
pour le lien toroni !
je trouves cela encore plus abscons et sans aucune creation sf ss doute la premire fois !
cet "artiste " vit de son talent né d une seule idee !
je suis un primate et donc sans doute mal a comprendre!
pourtant , tous les jours de ma vie , je m interroges !
cet homme au pinceau , avec plein de sufisance , qu il se permet d avoir un "assistant " sinterroges t il encore ?
A VOUS LIRE !
encore !
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arretez de me jeter vos petites culottes !
si vous n etes pas droles , ne venez pas a mon enterrement !
marmitte
membre pro-éminent de flu Profil : Légende
Posté le 24-05-2008 à 18:54:51
Putaingue, j'y suis allé à Documenta
Un seul mot : Vertigineux
OUla oui troublé
CQFD
Tu aimes mon développement?
Tiens j'en ai un autre : J'en ai profité pour passer voir Clara/clara
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"L'obligation de produire aliène la passion de créer" un belge
hugo-b
Fammi Godeeeeere! Profil : Idole
Posté le 01-06-2008 à 23:36:51
eh bien moi aussi, je suis passé voir Clara Clara, en y arrivant par le Weiner (oui, il y a une pièce de Weiner aux Tuileries, mais le titre m'échappe) et j'en suis ressorti pas content mais pas content du tout, et frustré : les blacks vendent pas de Clara Clara miniature, c'est dommage, j'aurais bien aimé voir comment ils règlent le problème des deux éléments).
j'y reviendrai, mais il est tard, j'ai la flemme, et je vais me perdre un peu dans quelques tours de la belle partie de Civilization que j'ai en cours...
eh bien moi aussi, je suis passé voir Clara Clara, en y arrivant par le Weiner (oui, il y a une pièce de Weiner aux Tuileries, mais le titre m'échappe) et j'en suis ressorti pas content mais pas content du tout, et frustré : les blacks vendent pas de Clara Clara miniature, c'est dommage, j'aurais bien aimé voir comment ils règlent le problème des deux éléments).
j'y reviendrai, mais il est tard, j'ai la flemme, et je vais me perdre un peu dans quelques tours de la belle partie de Civilization que j'ai en cours...
chanceux...
Moi je suis arrivé par le côté louvre : c'est à dire qu'il y avait une sculpture de louise bourgeois. Et je pouvais voir l'arc de triomphe au loin
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"L'obligation de produire aliène la passion de créer" un belge
J4y suis pas encore allé
Et je ne connais pas physiquement les oeuvres de Bourgeois
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"L'obligation de produire aliène la passion de créer" un belge
hugo-b
Fammi Godeeeeere! Profil : Idole
Posté le 04-06-2008 à 11:21:51
bon, donc, je suis allé au jardin de Tuileries, tout guilleret à l'idée de traverser la fameuse et tellement légendaire sculpture de Richard Serra.
et là, évidemment, catastrophe :
il y a donc des artistes, ceux en particulier du post-minimalisme, qui doivent à Robert Morris (et donc au minimalisme, sinon ils seraient pas post) l'idée que la sculpture puisse être une proposition dont le centre se serait déplacé vers le spectateur.
Hein?
quand on remonte depuis le Louvre vers la Défense, quand on remonte sur cet axe qui historiquement fut celui du développement urbain de Paris, celui auquel Paris aurait bien voulu résister mais n'a jamais su le faire; on quitte la très ancienne résidence Royale, vers ce qui fut l'épicentre du débat politique en france jusqu'à la fin du XVIIIème, avant de passer (puisqu'on est en visite), sous cet étrange portique du carousel du Louvre.
c'est assez intéressant, parce que ça ouvre un lexique que j'aime bien.
Ce portique il est difficile de dire que c'est une architecture : c'est plutôt une image d'architecture : il n'y a jamais eu à cet endroit de porte défensive telle que celles qui longtemps cintrèrent la capitale, la façon en est largement plus ornementale qu'utilitaire, et l'ensemble est surmonté d'une statue allégorique. Cette sorte de pendentif vaut pour le seuil symbolique qui conduit des rigueurs du pouvoir (anciennement résidence royale, aujourd'hui temple eucuménique de la culture et du commerce) vers les frivolités démonstratives du jardin, et mieux que le jardin : du parc.
le parc est un parc "à la française", l'ordonnancement est géométrique, bassins et bosquet s'y succèdent avec la syntaxe la plus policée qui soit.
Bassin?
outre (et panse aussi?) l'aisance que ces bidets procurent, un bassin c'est exactement le type d'accessoire dont on peut faire inlassablement le tour sans jamais en atteindre le centre (après l'âge de huit ans j'entends). C'est peut-être justement parce qu'il n'est pas sans effets désastreux au moins sur la mise de l'aventurier, que la difficulté à rejoindre le centre du bassin a été compensée par le généreux architecte, en disposant tout autour du bassin des trucs dont on puisse encore faire le tour.
ça donne un jeu satellitaire de statues disposées tout autour des bassins, et pourquoi pas, le long des allées (le problème des sculpteurs nombreux, jaloux et prolixes c'est que...).
Le pouvoir, pour ne pas dire le possédant, puisqu'il est quand même un peu mandaté, a donc souhaité disposer dans le parc quantité de statues (ces images dont on peut faire le tour) évoquant par leur mines allégoriques les vertus essentielles à masquer les vices courants.
une statue c'est bien ça : quelle qu'en soit la face, elle est la continuité diverse de sa voisine, on en peut faire le tour sans cesse et elle tourne encore : un petit angle, une petite rotation d'un corps que le sculpteur (fidèle larbin des autorités vieillissantes) s'esquinte à faire tourner en une narration circulaire. une statue ce serait comme le cinéma si on devait tourner autour de l'écran pour lire la scène, une statue c'est un livre dans un globe.
grisé de tournis, le passant s'avance donc dans l'allée, épuisé par les heures d'observation attentive passées à étudier dans les moindres détails telle sculpture dont pourtant l'image complète lui échappe encore. que n'a-t'il pas pris son chevalet (Dalbe 134 euros) et son tabouret pliant (Nature et Découvertes 24 euros) ainsi que le petit matériel requis (Sennellier 1 235 euros) pour immortaliser (en s'imprégnant) ses très rigoureuses observations!
c'est donc tête basse et maugréant, un peu frustré de ne s'être pas donné l'occasion de briller par son talent graphique, que notre passant ne jette qu'un regard méprisant vers la gigantesque et inabordable buvette qu'un accapareur avait posée là.
est-ce là une sculpture? ces quidams qui choisissent, disposent et consomment en devisant gaiement? cette implantation favorable à l'aisance insouciante, bordée d'un cadre de treillis, flanquée d'un cartel hypocrite, hérissée de parasols bienveillants aux têtes blondes capricieuses et avides de sucres?
pas de confusion possible : la buvette n'est pas une statue, et pas une sculpture non plus.
(je sens que vous éprouvez une attirance hypnotique pour cette petite histoire, c'est en fait un effet connu du système d'exploitation windows auquel personne ne songe à remédier, enfin, passons, cette parenthèse se voulait récréative).
c'est sans doute pas suffisant, j'en rajoute :
ça va mieux, là?
ça donne de meilleures perspectives, et de perspective justement il s'agit.
ce passant qui a assez bon dos pour supporter ma petite histoire et qui remonte en maugréant depuis le Louvre vers la Concorde en serait à deux doigts (tout de suite?) de se demander si les égyptien l'ont effectivement si grosse ce qui au fond ne serait pas une vraie surprise, continentaux qu'ils sont mais ça n'a rien à voir.
c'est donc vers un gigantestque et très exotique priape trempé dans l'histoire de l'héroïsme individuel assis sur la nation qu'avance notre brave homme. encore un objet autour duquel on tourne, et même en voiture s'il vous plaît! Notre passant envie le Lillois qui ne sait pas qu'il a dans sa cité une exposition unique au monde de peintures de Felice Varini et qu'il peut visiter en voiture et avec la musique à fond mais je perds le fil.
Cet obelisque est un "drive around", l'automobile est son spectateur privilégié car l'atteindre à pieds ne peut pas se faire sans quelque témérité.
étrange place en effet que celle-ci où la carotte vint supplanter la raccourcisseuse d'un hygiéniste resté célèbre pour ses assemblages baroques.
C'est un crayon à l'inatteignable pointe qui vient succeder à toutes ces billes roulées qui furent le prix et le pas pris de la résistance des possédants aux dépossédés. Chaque année, on y voit passer des hordes de cyclistes honorés de ne plus trouver ici le col qu'ils y cherchent peut-être encore, ivres de molécules extraordinaires.
Notre passant se ressaisit : dans le contre-jour qui voit l'obélisque pénétrer sans hésitation des générations de passages triomphants et toujours béants à l'ouest la poussière du jardin scintille d'une rouille impénétrable : la silhouette horizontale de clara clara semble faire vaciller l'obelisque plein d'assurance. Un effet qui n'a rien d'optique et qui se révèle vite n'être pas un effet fout en l'air la belle cohésion à laquelle nous étions habitués depuis que Newton avait eu la gentillesse de s'occuper de l'ordonnancement du monde : ce truc est penché!
non, pas penché, oblique exactement, puisque reposant exactement dans la poussière du jardin. Ce truc est penché et je demeure droit, cette situation qui ne va pas sans réveiller un peu de l'orgueil dissippé de notre passant le conduirait presque à s'exprimer lui-même en sculpture s'il n'était là, debout, circulant, marcheur dans sa ville et inlassable arpenteur de son histoire. Droit et alerte, le voilà devenu un pendule renversé, la tête haute et toujours un peu en l'air, conduit par l'autorité de son imagination sur ses pas. l'auteur du dispositif étrange de la sculpture à laquelle il a désormais à faire aurait-il penché sa forme pour que lui, passant, retrouve un peu de dignité, de droiture, après toutes ces vertus travesties aux atours de courtisanes?
c'est bien possible. le passant serait la référence et non pas la cible. je suis le message et pas l'adresse. d'exister un peu plus me donne un meilleur souffle : je préfère la confiance à la leçon (ça m'émancipe mieux).
C'est bien joli tout ça mais par où passer? Vue d'ici, la sculpture est constituée de deux éléments dont la symétrie est remise en cause par les grâces de l'oblique précitée. Deux cintres comme adossés, trop grands pour être à l'échelle humaine, trop petits pour être à celle de l'architecture. l'échelle de la sculpture : plus que je ne puis prendre, moins que je puisse habiter, un entre-deux accessoire, un tournant entre mon corps et mon milieu.
ces deux cintres sont séparés d'une courte paire de mètres, et l'axe de l'ensemble est exactement placé sur celui, est-ouest et historique de la ville.
à gauche, au centre, ou à droite? à droite je devrais trouver le symétrique de la droite, à savoir une panse concave et accueillante, un fond de scène peut-être?
côté Jeu de Paume ou côté Orangerie? ni l'un ni l'autre et au but du premier coup?
notre passant hésite et se bouffe la lêvre intérieure. toutes ces sollicitations lui épuisent les synapses par des exercices auxquels Charles de Villeneuve l'avait peu habitué. perdu en considérations, notre passant est rendu distrait par ses pensées et manque de trébucher, butant contre une vilaine borne.
une, puis deux, et puis quoi encore? de part et d'autre, les accès au ventre de la sculpture sont interdits par de pauvres câbles misérablement suspendus à de vilaine tiges.
c'est que le pauvre pouvoir, celui que l'on croyait avoir laissé à la boutique Nature et Découvertes, celui que l'on savait avoir été raccourci quelques dizaines de mètres plus avant ce col d'acier, c'est que le pouvoir est revenu barbouiller l'univers des signes de son autorité.
le vieux râleur de son impuissance est d'abord venu, jolie vanité archaïque, nommer la chose, nommer le monstre : la première butée est une borne qui dénonce en le nommant l'auteur de la sculpture , et qui nomme en la nommant ladite sculpture, et qui paie en la possédant ladite sculpture. C'est ça, elle est d'untel, et c'est MOI qui la possède.
la borne est scellée, inutile de se massacrer les arpions à essayer de la déraciner, vaut mieux continuer de marcher...
...pour se heurter de nouveau à une de ces vilaines bornes, au design plus designé, une sorte de borne contemporaine, constituée d'un pli pas plus élancé qu'appuyé, et qui essaie vainement d'imposer une règle inutile, qui s'acharne sans énergie à vouloir interdire : interdire de toucher, interdire d'y mettre les doigts, interdire d'y poser la main alors qu'il s'agit d'abord d'une chose à traverser.
c'est à se demander où l'autorité puise-t'elle son inspiration pour pouvoir faire preuve d'autant d'humour. dans l'administration peut-être?
Cette sculpture a des cachettes : lorsque je sui à l'axe, je ne vois rien de ce qui se passe sur les côtés, et lorsque je me trouve sur ces côtés, je ne sais rien de ceux qui passent à l'axe.
là encore, le pouvoir a pensé à y mettre bon ordre : pas d'accès aux cavités : on les peut voir mais pas y aller. on peut les voir mais pas les entendre, il n'est autorisé que de traverser, de franchir, de circuler.
comme s'il n'y avait rien à voir.
l'histoire, enfin, le petit épisode sur lequel je m'attarde, pourrait se terminer sur le noir teeshirt d'un médiateur qui tourne et tourne lui encore mais à l'intérieur du grand palais.
mais j'ai de la visite et quelque problèmes de concentration depuis que la maison est éveillée.
je peux plus, j'y mets un terme, mais sentez-vous libres de reprendre place de la Concorde, au balcon de l'hôtel de Crillon par exemple.
je suis allé voir quelques-unes des conférences données à cette occasion au grand palais, et il y a deux choses qui m'ont frappé :
1 l'audience grand public : aucun artiste ni galerie ni commissaire parmi l'audience, à une demi exception près, éventuellement.
ce pour des confs plus ou moins pointues, souvent pleines de références pour lesquelles le public pas expert a du connaître quelques difficultés.
la fréquentation fut dans l'ensemble très moyenne, voire médiocre (j'ai jamais vu plus de 35 personnes à ces confs) pour des sujets et des intervenants de plutôt bonne qualité.
2 les conférenciers, même parisiens, ne vont pas aux conférences des autres : soit on est exposés, soit on est absent, ce qui finalement en dit assez long sur l'ouverture d'esprit et la curiosité des uns et des autres.
au reste : une bonne expo aujourd'hui c'est une expo dans laquelle le public peut faire des tas de photos. l'appareil photo numérique est devenu l'objet transitionnel par excellence : celui qui vient boucher nos silences et obstruer la perception. rappel : contrairement aux appareils de ce genre, nous avons DEUX yeux pour voir.
Ah tiens j'ai lu ton texte...
Intéressant.
Du mal à vori certaines envolées lyriques...
Et maintenant les types en noir du grand palais?? (J'étais étonné par leur nombre là bas)
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"L'obligation de produire aliène la passion de créer" un belge
hugo-b
Fammi Godeeeeere! Profil : Idole
Posté le 14-06-2008 à 14:41:43
ahlalalala, tous ces jeunes enthousiastes qui portèrent aux z'oreilles du public l'immense sculpture et qui vont maintenant retourner gentiment au chômage...
quelqu'un leur a fait croire que les teeshirts seraient "collector"...
hé bien ! je passe relever mon courrier car depuis le temps je pensais trouver la boîte débordante et c'est au-dessus qu'il y a plein de lecture et de pub.
bon alors ciao serra et hello boltanski !
au fait, clara clara était prémonitoire, sacré richard (serra, j'entends).
sinon, pourquoi oublier de sourire sur les photos ? ha j'avais pas compris que c'était un sourire....!
hugo-b
Fammi Godeeeeere! Profil : Idole
Posté le 14-06-2008 à 14:51:47
pasque je suis TIMIDE!
et que, comme tout le monde, j'essaie d'avoir l'air plus malin que tout le monde!
bon alors, ça vous branche de connaître le projet monumenta de Boltanski avant tout le monde?