Voilà une exposition de chez nos voisins les suisses nettement moins coincé du cul moraliste que chez nous en France (voir l'affaire Cousseau) : Six Feet Under - Autopsie de notre rapport aux morts.
J'en profite pour faire une dédicace au plus grand poète du 20ème siècle car, comme vous le savez, c'est Antonin Artaud qui est l'auteur de ce texte foudroyant L'art et la mort. Je rappelle au passage que son oeuvre est actuellement exposé à la BNF (voir expo Artaud).
Je parlerais uniquement de l'une des artistes qui est présentée à cette exposition de Berne et dont j'avais eu la chance d'avoir expérimenté une installation lors de son passage à Metz. Il s'agit de Teresa Margolles. En effet cette artiste sud-américaine était exposé au frac lorraine en 2005 (voici le communiqué).
Je peux vous dire que cette installation a suscité beaucoup d'émotions, je pense que vous l'aviez deviné.
- Pour ceux qui aurait la flemme de lire le communiqué, je rappelle qu'en fait l'artiste méxicaine a proposé une installation active où une goutte tombait régulièrement du plafond pour venir s'écraser sur le sol et formé petit à petit une flaque, et sur le cartel le spectateur qu'il s'agissait en réalité de graisse humaine. -
Certains ont été choqué et ont jugé cette oeuvre extrêmement violente et indécente, d'autres (comme moi) ont trouvé cela doux et très poétique. Bien sûr, soyons honnête, il est clair que ce type d'expression artistique produit un malaise et nous renvoie à notre propre finitude. Néanmoins la sérénité qui règnait dans cette espace donnait un aspect plutôt rassurant de la mort. Car contrairement à ce communiqué qui ne le signale pas, le cartel, lui, précisait que chaque goutte tombant sur le sol (dont le son était amplifié) chantait une mélodie discrète à la mémoire des victimes de mort violente (tout le monde sait, je pense, que le meurtre et la violence sont le quotidien des gens vivants dans les ghettos/bidon-ville d'Amérique du sud). Donc, si l'on veut, cette installation présentait la mort comme un retour à la paix, la fin d'une vie cruelle. Elle nie totalement l'idée d'immortalité de l'être que les religions véhiculent à l'instar des médias.
Rappelons au passage qu'il s'agissait d'une exposition de Teresa Margolles partagée dans deux espaces différents : le CAC de Bretigny et, vous l'aurez compris, le FRAC Lorraine de Metz.
Donc une autre installation, exposée à Bretigny, a été produite par l'artiste. En effet celle-ci a restauré le revêtement de sol avec du ciment dont le liant était l'eau qui a servi à la toilette funèbre des défunts. Le centre d'art contemporain se transforme donc en lieu de commémoration (non religieuse évidemment), puisque l'oeuvre est permanente. En effet le spectateur marche sur un sol qui symbolise son état corporel final, c'est à dire une disparition absolue.
Même si cette forme d'art est, il faut le dire, dérangeante, il a une présentation de la mort par ses oeuvres tout à fait poétique, réversant presque le coté terrifiant de la mort par cette idée vaporeuse de retour au calme, au silence. Ce travail, par son minimalisme, me renvoie un peu à la démarche de John Cage qui recherchait sans cesse le silence, et bien peut-être que Teresa Margolles l'a trouvé dans ce dialogue avec la mort...
Ceci étant dit, les oeuvres de l'artiste mexicaine ne se présentent pas toutes de manière aussi discrète. Puisqu'effectivement, une autre pièce dans l'oeuvre de Teresa Margolles a consisté à demander à la famille d'une victime, en l'échange d'un cercueil pour enterrer ce dernier, un morceau du corps mort qui rappellait un passage de la vie du défunt. C'est ainsi que l'artiste a exposé une langue humaine sur laquelle il y avait encore un piercing. La démarche est nettement plus violente, plus démonstrative. Mais on démeure néanmoins dans cet idée de rappel, d'une prédiction de l'état terminal du corps de tout un chacun, c'est à dire le cadavre.
Bonne soirée!
Message édité par @bstr@it le 27-11-2006 à 23:10:23