En fait Marden, le festival de Nancy du théâtre universitaire n'existe plus. Il a été effectivement, a l'époque de Jack Lang un véritable laboratoire du théâtre, et représentait la recherche en art vivant à une échelle effectivement mondiale. Il a été depuis largement supplanté par Avignon à l'échelle nationale, et par bien d'autre à l'échelle mondiale, a disparu, et est aujourd'hui remplacé par une initiative miteuse et élitiste du Théâtre de la Manufacture appelée "Passages".
De la même manière, on s'est interrogé dans le cadre de ce travail de recherche à la légitimité de Charleville en tant que "festival le plus grand" ou "le plus représentatif", ce qu'il a incontestablement été des années durant. Mais ce statut lui est aujourd'hui disputé par des villes plus estampillées "de culture" (ou par ailleurs, un festival ne sera jamais aussi visible qu'à Charleville, tant il est vrai que dans cette dernière le festival semble tout envahir lorsqu'il a lieu!) qui veulent lui faucher l'UNIMA et d'autres truc (comme Strasbourg, qui se pique de marionnettite aigüe en invitant trois troupes et demi annuellement, dans le cadre d'une prog en salle très bobo, ou Paris, où rien ne se voit car il y a trop de tout).
Nos conclusions sur Charleville sont très claires : oui c'est le plus grand, le plus important et le plus représentatif qui soit. Mais il y a un problème : la région est radine, file une somme dérisoire et du coup tout le staff est amateur et bénévole, les Marionnettistes se plaignent souvent des conditions d'accueil et de représentation (jour qui filtre lors d'un spectacle nécessitant le noir total par exemple ou pire : cette année, "le bal des fous" installé à côté d'un immeuble en démolition, donc bruit constant de marteau piqueur, absence de point d'eau courante et les bénévoles présents de dire (entendu pour de vrai!) "de toutes façons c'est gens là doivent pas se laver beaucoup" ).
La plupart des pros ont un amour incroyable pour Charleville, mais il arrive que certains (de plus en plus nombreux) se disent qu'au vu des conditions, ils ne vont jamais revenir. C'est chouette et populaire, Charleville, le problème est que la Marionnette se professionnalise plus vite que le festival, et ce côté "foire à la cochonaille" ne colle plus. Ce n'est pas une histoire d'ambiance, mais d'organisation.
Je ne voulais vexer personne en disant "auto proclamé", ça n'a rien de péjoratif en soi, ce que je voulais juste dire c'est que ça n'allait pas de soi, que le statut était disputé, pas forcément définitif, et pour dire ça il fallait d'abord se demander "mondial l'est-il vraiment". Question de rigueur, pas de mauvais esprit.
Quant à cette histoire de Bergamote : ben oui mais la bergamote est un truc traditionnel, dont la recette n'évolue plus, alors quel en est l'acteur majeur, on s'en fout. Tandis que la Marionnette est une forme puissamment émergente (meme si elle existe depuis des millénaires) d'Art Vivant. Donc, ce qui se fait dans le monde, par qui, et du coup les endroits où les artistes du monde se croisent, en quoi ils se reconnaissent, tout cela acquiert une importance. Charleville contribue-t-elle aujourd'hui aussi efficacement qu'hier au murissement d'une discipline qui est encore méconnue et néanmoins puissamment contemporaine?