WORRYTRAIN dans le numéro des Inrockuptibles à paraitre mardi :
Worrytrain Fog Dance, My Moth Kingdom [Own Records/Differ-Ant]
Musiques nouvelles - Un Américain compose la BO bouleversante et inconfortable de l'Apocalypse. En concert cette semaine.
Prelude for Piano and Malaria, For Auschwitz ou encore Ode to Faithful Kataclysm : les titres de cet album annoncent clairement (si l'on ose dire) la couleur. De toute évidence, la vague fluo et son cortège de musiques méga-fun n'ont pas atteint les rivages de l'Amérique où réside le compositeur Joshua Neil Geissler, alias Worrytrain. Fog Dance, My Moth Kingdom est un envoûtant requiem pour la fin des temps qui réunit toutes les nuances de noir, des plus douces (les mélodies pour piano, soeurs des compositions dépouillées de Max Richter ou des Rachel's) aux plus électriques (les insoutenables décharges bruitistes de Thundertrance Interlude ou Saturniidae), des plus satinées (les amples drapés de cordes de Achtung, God ou Soviet Passages) aux plus rêches (la dérive atonale d' Exorcism for Cello and Malaria). Cette musique n'a pas le coeur à rire : elle porte le deuil d'un monde en voie d'extinction, qui ne se remettra pas d'être sorti du ventre monstrueux du XXe siècle. Les amateurs de sons festifs n'y verront sans doute qu'un pénible catalogue d'incantations doloristes et fatalistes. Geissler est pourtant de ces témoins au regard perçant et à la sensibilité aiguë, que le spectacle de l'humanité laisse sans voix, mais pas sans réaction. Sans recourir au verbe, sa musique énonce cette vérité inconfortable mais porteuse d'espoir : c'est quand tout tombe en ruine que l'on peut croire enfin à des lendemains qui chantent. Richard Robert
Et dès maintenant sur Mouvement :
TRAIN D'ENFER
Worrytrain en concert à Paris
Nouvel épisode des soirées de concerts organisées par Fugues à Paris : la venue de l'Américain Joshua Neil Geissler, alias Worrytrain, pour un concert aux allures de requiem intimiste et post-apocalyptique.
Depuis 2002, le Chicagoan Joshua Neil Geissler officie sous le nom de Worrytrain. « Officier » n'est pas un vain verbe, tant la musique que compose ce multi-instrumentiste (violoncelle, mandoline, piano, soumis à de multiples retraitements) est empreinte d'une dimension à la fois hiératique et recueillie, d'un souffle spirituel qui transparaît tout au long des 15 morceaux de l'album Fog Dance, My Moth Kingdom, publié récemment par le label Own Records (Uzi & Ari, 31Knots…). 15 morceaux dont les titres – Prelude for piano and malaria, For Auschwitz, Hospitalized , Exorcism for cello and malaria, The trenches choir, Ode to faithful kataklysm… – parlent d'eux-mêmes, formant une sorte de messe pour un temps post-apocalyptique, un requiem sans liturgie, zébré d'éclats d'une ferveur hallucinée, parfois rageuse. Ce « rock » instrumental, qui n'a plus de rock que le nom, rapprocherait son auteur de quelques autres grands « chambristes » de la scène nord-américaine, de Silver Mt. Zion (pour la ferveur justement, et la dimension polyphonique) à Stars Of The Lid (par son côté hypnotique), en passant par les Rachel's. Worrytrain est ces jours-ci de passage en Europe, et notamment à Paris, à l'invitation des activistes de Fugues (lire ci-dessous le résumé des épisodes précédents) : nul doute que le cadre intime de l'espace Console contribuera à renforcer l'impression de mystère qui émane de cette musique. En ouverture, The Shooting Star Experiment Of Lights, autre « one-man-project » mené par l'Américain Kurtis, contribuera à installer ces paysages désolés, une dimension méditative et éminemment atmosphérique. David Sanson