mercredi 8 Novembre en collaboration avec a bruit secret
http://www.kokeko.net/prog_08_11_06.htm
Outsiders enchanteurs
- Aomori, Akita, du Nord du Japon, et du coeur de nulle part -
(dans l'ordre des parformances)
Aki Onda
Kan Mikami
Kazuki Tomokawa (premier concert à Paris !)
L'Imprimerie 168 (ass. Kill Oh What)
168 rue de Crimée 75019 Paris Métro 7 Crimée
accès au fond de la cour
19h30, 10€
Kazuki Tomokawa (guitare, voix)
Le folk français n'en parlons pas, mais même le folk anglo-saxon n'a jamais donné un chanteur aussi brûlé, Kazuki Tomokawa est un chanteur populaire au Japon, paradoxalement sa musique reste tranchante comme un fil de rasoir, la voix insoumise aux règles du chant policé, dans l'écart et l'éclat. Tomokawa sort régulièrement du chant pour le cri, tripes balancées dans le song, chant qui invoquerait " le théâtre de la cruauté ", Artaud je sais on en a mis à toutes les sauces, mais c'est d'engagement dans la perte que je parle ici pour Tomokawa. Tomokawa est la figure jumelle de Kan Mikami, sans aucun doute d'une allure plus distinguée, dandy écorché jouant depuis les années 70, où le folk portait la contestation étudiante. Sa musique est moins influencée par les chansons enka que celle de Mikami peut l'être, elle n'a pas cette proximité avec le blues, le trivial. Sa voix transgresse le velours des arrangements, le satiné des cordes, elle s'arrache à cet écrin acoustique, tendant à l'extrême ses chansons, les brûlant. Tomokawa ne ressemble à aucun autre chanteur, sa musique est un pur moment d'épiphanie et d'angoisse. Mais entre ses chansons poisseuses de mélancolie noire et de violence, Tomokawa raconte à son auditoire des blagues et des anecdotes sur la vie quotidienne, son tragique et son fatum, descendant avec méthode des théières de saké. Beckett comme une ombre.
Tomokawa est né dans la préfecture d'Akita. Après plusieurs emplois comme garçon d'hotel, manager d'une équipe de basket, journalier, il commence à jouer dans des clubs de Tokyo. En 1970 il prend son nom d'artiste : Kazuki Tomokawa. Influencé dans un premier temps par les poèmes de Chuya Nakahara et les textes de Osamu Dazai, il commence par écrire des chansons pour la troupe de théatre d'avant-garde Hamidashi Gekijo. Il émerge avec le mouvement de protest folk à la fin des années 60, quand la jeunesse de Tokyo s'embrase contre une société qui les aliène. Il disparaît de la scène folk plusieurs années pour se consacrer à la peinture avant de réapparaître dans les années 80 sur le label indépendant PSF (label culte producteur du free japonais de Kaoru abe, Motoharu Yoshizawa, Masayuki Takayanagi et de la scène psychédélique la plus barrée avec High Rise, Keiji Haino, Fushitsusha, Ghost .) Il a joué avec Motoharu Yoshizawa, Keiji Haino, Toshi Ishizuka et Masato Nagahata (Pascals). Tomokawa est peintre, poète, essayiste, acteur (il a joué pour Miike et Wakamatsu)
"Tomokawa's music is as violent and cathartic as anything in the underground rock or free jazz canon. For anyone at all still concerned with the possibilities of words, voice, and acoustic communication, Tomokawa is an unparalleled contemporary touchstone. There is more truth and beauty in any one of his songs than in most singer-songwriter's entire repertoires." - Alan Cummings
Kan MIKAMI (guitare, voix)
Il n'est pas nécessaire de comprendre le japonais pour aimer la musique de Kan Mikami, il y a quelque chose qui force le langage et le sens, qui touche à l'universel, le blues. Pas un blues revivaliste, ni même folkloriste ou exotique, l'esprit seul, son mood poignant. Kan Mikami est un guitariste / songwriter, qui a eu son heure de gloire dans les années 70, chanteur engagé comme Dylan pouvait l'être, signé sur une major Columbia, l'époque était à la contestation radicale étudiante, il a incarné la contestation d'une génération avec une poignée d'autres folksingers. Il disparaît pour réapparaître 10 ans plus tard dans les clubs underground de Tokyo, enregistrant plus de 10 albums solo pour le label culte de la musique indépendante japonaise PSF (équivalent d'un label comme ESP). Kan Mikami a joué avec les grands irréguliers de l'improvisation, du folk et du rock japonais, avec Keiji Haino et Toshi Ishizuka dans le groupe Vajra, Masayoshi Urabe, Kazuki Tomokawa ou le contrebassiste aujourd'hui disparu Motoharu Yoshizawa. Il fait ses études dans la région de Goshogawara à Aomori, avant de bouger pour Tokyo et y découvrir les mouvements étudiants, le rock, le jazz et la musique contemporaine. La musique de Kan Mikami n'est pas ce blues d'importation apporté avec l'occupation américaine, mais sa propre vision de cet idiome, travaillé par la forme populaire de la musique enka.
Songs noirs, parce qu'il s'agit ici de chansons, comme la musique populaire a aujourd'hui oublié d'en faire, libres dans leurs formes, portant leurs violences et leurs beautés, enka blues électriques déchirés, malmenés, rudimentaires, on entendrait pour un peu le fantôme de Blind Willie Johnson ou de Blind Willie McTell frôler les cordes de la guitare et de la voix de Mikami. Son jeu de guitare est percussif et brutal, on songe à un Derek Bailey qui se prendrait pour Charley Patton. Mikami introduit des sujets jamais abordés avant lui dans la musique japonaise, à travers un humour noir proche du surréalisme et de dada. L'autre aspect remarquable de l'art de Mikami est sa voix unique, entre violence, cris et mélancolie poisseuse. Mikami est également écrivain et acteur (il a joué notamment chez Oshima et Terayama).
- textes Tomokawa et Mikami par Michel Henritzi
Aki Onda (cassettes, dispositif électronique)
Si Kan Mikami et Kazuki Tomokawa sont enracinés dans leurs régions du nord du Japon, il est difficile de situer Aki Onda. Il a vécu dans différentes villes et a traversé des sphères musicales telles que hip-hop, free jazz, musique pop, électronique, électroacoustique... Son compagnon de route est désormais un magneto-cassette qui lui permet de conserver des bribes de son errance. Ses cassettes dorment généralement plus d'un an, et c'est en les amplifiant et les mixant qu'il les réveille. Sa technique lo-fi délivre un son infiniment cru, tantôt chaleureux tantôt saignant, faisant resssurgir comme un souvenir que l'on croirait nous appartenir.
Producteur et compositeur autodidacte de musique électronique. Depuis ses débuts au sein du groupe Audio Sports avec Eye Yamatsuka et Nobukazu Takemura, il a sorti des albums solos auxquels collaborent des musiciens aussi variés que Blixa Bargeld de Einsturzende Neubauten et la chanteuse Linda Sharrock. Il a également travaillé dans le laboratoire de Jon Appleton dans le New Hampsher. Installé à N.Y., il commence sa série des « Cassette Memories », journaux intimes sonores qu’il enregistre avec un simple magneto-cassette depuis une quinzaine d’années, soit une montagne de cassettes qu’il rejoue et traite électroniquement. Il joue avec Jacques Berrocal, Dan Warburton, JF Pauvros, Alan Licht, Loren Mazzacane Connors, est également membre de Synapse avec Ikue Mori et Haco.